Le mont Ursuya, la montagne de Hasparren qu'on gravit en une matinée
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L'Ursuya monte à 678 mètres au-dessus de Hasparren, et son sommet se trouve sur la commune voisine de Macaye. Depuis le quartier Celhay, à Hasparren, la montée directe fait 6,89 kilomètres pour 394 mètres de dénivelé et 3 h 05 de marche. Depuis Macaye, une voie plus courte règle l'affaire en 5,5 kilomètres et 285 mètres de montée. Le balisage est jaune dans les deux cas. Attention toutefois : les boucles balisées qui partent des églises de Macaye et de Mendionde contournent la montagne sans jamais atteindre le sommet.
Le sommet de l’Ursuya porte une borne en granit gravée par l’Institut géographique national, scellée en 1949, et le nivellement lui donne 678,58 mètres. C’est le chiffre à retenir. La montagne se voit de partout dans l’est du Labourd, elle domine Hasparren de près de six cents mètres, et pourtant sa borne sommitale est enregistrée sous le numéro de site 6436401, dont les cinq premiers chiffres sont le code Insee de Macaye.
Une montagne d’Hasparren dont le sommet appartient à Macaye
La limite communale passe à quatre cents mètres au nord du point culminant. Tout ce qui est en dessous, côté Hasparren, appartient à la grande commune de tanneurs et de chaussures ; le sommet lui-même, le cairn, la borne et le banc de bois qui l’accompagnent sont sur Macaye, village de 593 habitants dont l’église se tient à 236 mètres d’altitude, à moins de deux kilomètres à vol d’oiseau du point haut.
L’écart de relief explique la confusion. L’église Saint-Jean-Baptiste d’Hasparren est à 86 mètres, à cinq kilomètres au nord-est : depuis le bourg, l’Ursuya occupe tout l’horizon et personne n’a jamais eu l’idée de l’attribuer à quelqu’un d’autre. Les cartes basques l’appellent Urtsua ou Ursuia, la fiche géodésique de l’IGN retient Urtsumendi, et le nom vient de ur, l’eau.
Ce nom n’est pas une image. Le massif est fait de gneiss fracturé, une roche métamorphique sans porosité propre où l’eau circule dans le réseau des fissures, et les sources percent les pentes de tous les côtés. Une thèse soutenue en 2012 à l’université Bordeaux-III par Jessy Jaunat a mesuré ce fonctionnement : la perméabilité varie de 10⁻⁴ à 10⁻⁸ mètre par seconde selon l’endroit, et le temps de séjour de l’eau dans la roche s’étale de moins de dix ans à plus de cinquante. Ces sources alimentent en eau potable une bonne partie du nord du Pays Basque. C’est la raison des grillages, des regards en béton et des panneaux de périmètre de protection qu’on croise en montant.
Partir du quartier Celhay, à Hasparren
C’est l’accès classique, celui que l’office de tourisme du Pays Basque a balisé. On rejoint Hasparren par la D10 depuis Cambo-les-Bains et ses thermes, ou par la sortie 3 de l’A64 puis la D21. Dans la partie haute du centre-ville, au coin de l’école Sainte-Thérèse, une route de quartier part vers le sud : elle mène au quartier Celhay et se termine sur un parking situé juste avant la ferme Garatekoborda, à 292 mètres d’altitude (43.357827, -1.326618). La place y est comptée, une dizaine de voitures au plus.
De là, deux tracés montent, tous les deux jalonnés de traits jaunes.
Le plus court attaque directement : 6,89 kilomètres, 394 mètres de dénivelé positif, 3 h 05 de marche annoncées. Il suit une piste empierrée qui prend de la hauteur en larges lacets, passe sous les pylônes de télécommunication posés sur le replat à 585 mètres, puis termine par une pente d’herbe raide entre les affleurements rocheux.
Le second est la boucle Bidegaraia, publiée par l’office de tourisme : 10,8 kilomètres, 550 mètres de dénivelé positif, 3 h 30. Elle emprunte la même montée jusqu’au sommet, puis redescend côté Macaye entre genêts et lisières de chênes, traverse les hauteurs de Mendionde et rentre par un tronçon de la route Napoléon, la voie stratégique tracée entre 1808 et 1814 de Bayonne à Saint-Jean-Pied-de-Port, dont le pavage affleure encore par endroits. Au départ, au bord du chemin, la stèle des Évadés a été érigée en 1998 : elle rappelle les passeurs et les fugitifs qui franchissaient ces pentes vers l’Espagne pendant la Seconde Guerre mondiale.
La voie courte, depuis Macaye
Elle économise cent mètres de dénivelé et trois quarts d’heure. Depuis Louhossoa, on prend la D252 en direction de Mendionde sur environ trois kilomètres. Dans Macaye, à hauteur des restaurants Claverie et Ogibarnia, on tourne à gauche ; au carrefour suivant, celui des conteneurs à ordures, on continue tout droit, puis deux fois à droite jusqu’à la fin du goudron, là où trois pistes se rejoignent. On se gare sur le bord, sans bloquer le passage des engins agricoles. L’altitude est déjà de 398 mètres.
Le circuit fait 5,5 kilomètres pour 285 mètres de montée, 2 h 25, balisage jaune. Il commence sur une piste qui grimpe vers une bergerie, s’adoucit un moment sur des replats pâturés, puis se redresse franchement pour rejoindre la ligne de crête et le sommet. Le point bas de la boucle est à 380 mètres, ce qui veut dire qu’on ne redescend jamais vraiment.
Reste un piège qui coûte des heures. Les deux itinéraires que l’office de tourisme a balisés au départ des villages, Urtsua-Ursuia depuis l’église de Macaye (12,2 kilomètres, 480 mètres de dénivelé, 4 h 15) et son équivalent depuis la place de la Poste à Mendionde, quartier Lekorne (13,1 kilomètres, 510 mètres, 4 h 15), font le tour de la montagne sans monter dessus. Ils passent au col d’Iramalda à 397 mètres, au col de Mokorreta à 435, longent l’éperon de Mokorreta où subsistent les traces d’un camp protohistorique vers 453 mètres, et redescendent. Le balisage jaune, sur ces deux boucles, mène partout sauf en haut.
Ce qu’on a sous les pieds
Rien de technique, aucun passage de mains, aucune arête. La difficulté de l’Ursuya tient à trois choses : la pente terminale, l’exposition et l’orientation.
La pente d’abord. Les derniers deux cents mètres de dénivelé se font sur de l’herbe rase et de la fougère, entre des dalles de gneiss qui affleurent, avec des passages où l’on pose la main sur le sol pour s’aider. Mouillée, cette herbe glisse ; la descente y demande plus d’attention que la montée, et des semelles qui accrochent.
L’exposition ensuite. Passé les premiers lacets sous les châtaigniers, il n’y a plus un arbre. Le versant est entièrement ouvert, ce qui fait le charme de la montée et son inconvénient : par une journée de juillet sans vent, on cuit du départ au sommet, et il n’existe aucun point d’eau aménagé sur le parcours.
L’orientation enfin, qui est le vrai sujet. Le massif est un réseau de sentes pastorales qui se croisent et se ressemblent, tracées par les brebis autant que par les marcheurs. Le balisage jaune existe, mais il s’espace dans les parties herbeuses où rien ne le porte : ni poteau, ni rocher bien placé. Quand la brume monte de la vallée de la Nive, ce qui arrive vite au printemps et en automne, les repères visuels disparaissent d’un coup et la carte au 1:25 000 devient nécessaire. Le sommet reste à deux heures de marche au plus de tous les départs, ce qui limite les conséquences, mais tourner en rond une heure dans le brouillard à 600 mètres n’a rien d’agréable.
Le sommet, et ce qu’on voit depuis là
Le point haut est un dôme d’herbe, pas une pointe. On y trouve un grand cairn, la borne géodésique en granit gravée IGN, un second repère en tube de fer scellé dans le rocher voisin à 678,37 mètres, et un banc de bois. Il n’y a ni abri, ni croix, ni chapelle, ni table d’orientation : ceux qui montent pour lire les sommets sur une plaque de fonte en seront pour leurs frais.
Le panorama, en revanche, tient ses promesses parce que la montagne est isolée et que rien ne la masque. Au nord s’ouvrent le val de l’Adour et la forêt des Landes, plate jusqu’à l’horizon. À l’ouest, la côte se déroule de Hendaye à Capbreton, avec Bayonne et Biarritz posées sur la ligne du rivage. Au sud-ouest se dresse la Rhune et son train à crémaillère, puis, en se tournant vers le sud, le pic du Mondarrain et l’Artzamendi, et les crêtes d’Iparla derrière. À l’est, le Baigura occupe le premier plan. Par temps clair, la chaîne apparaît en arrière-plan et le pic du Midi d’Ossau se détache à plus de quatre-vingt-dix kilomètres.
Les pentes sont pâturées toute la saison. On y croise des brebis manech, quelques chèvres, et des pottoks en liberté qui ne s’écartent pas beaucoup quand on passe.
La saison, l’écobuage et les troupeaux
Le meilleur moment se situe entre avril et juin, puis en septembre et octobre : la lumière porte loin, l’herbe n’est pas encore brûlée, et la chaleur reste supportable sur un versant sans ombre.
L’hiver pose une contrainte que peu de guides mentionnent. Dans les Pyrénées-Atlantiques, l’incinération des végétaux sur pied, l’écobuage, est autorisée du 15 octobre au 31 mars, avec une prolongation possible jusqu’au 30 avril par dérogation du maire lorsque la météo a empêché les mises à feu. Les éleveurs brûlent les landes à fougère pour rouvrir le pâturage, les chantiers sont déclarés en commission communale, et une pente en cours de brûlage ne se traverse pas. Un versant noirci et fumant au-dessus de soi n’est pas un décor : c’est un chantier en activité qu’il faut contourner.
Le reste relève des règles de la zone pastorale, et l’office de tourisme les rappelle sur chacune de ses fiches. Les chiens se tiennent en laisse, les barrières se referment derrière soi, les troupeaux ne se contournent pas par le milieu. La fiche de l’itinéraire de Macaye signale des chiens agressifs à hauteur de la ferme Mehaka. Enfin, puisque l’eau qui sort de ces pentes finit dans les robinets du Labourd, les périmètres de captage grillagés ne se franchissent pas, même quand un sentier semble y mener.
Pour situer cette montée dans le reste des sorties de la région, voir les itinéraires à pied et à vélo des Landes et du Pays Basque.