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Nature LandesPays Basque
Voie du train à crémaillère de la Rhune montant dans l'herbe rase

La Rhune, à pied ou en train à crémaillère

9 min de lecture

905 mètres, et la frontière espagnole passe sur le sommet. Les pottoks broutent au bord de la voie pendant que le train à crémaillère grimpe en chuintant. On monte par les sentiers ou dans un wagon en bois de 1924 ; dans les deux cas, le panorama à 360° entre océan Atlantique et Pyrénées attend là-haut.

Vous êtes au pied de la montagne. La silhouette de la Rhune découpe l'horizon basque, reconnaissable depuis n'importe quel point de la côte. Le chuintement métallique du train à crémaillère descend de la pente. Ça sent l'herbe rase et le pâturage, et les pottoks broutent en contrebas. Cette montagne de 905 mètres tient de la terre et de la mer à la fois, de la France et de l'Espagne, et se laisse gravir aussi bien par des familles que par des randonneurs entraînés.

Deux façons d'y monter. À pied, par l'un des sentiers qui convergent vers le sommet, ou assis dans les wagons en bois du train touristique. Les deux se valent, et beaucoup de visiteurs prennent l'une à l'aller et l'autre au retour, sur ce sommet où la frontière passe littéralement sous les pieds.

La Rhune, une montagne entre deux mondes

Un sommet pyrénéen tourné vers l'océan

La Rhune est le dernier grand sommet de la chaîne pyrénéenne avant l'Atlantique. Quelques kilomètres à peine la séparent de l'océan, et cette proximité entre la montagne et la mer fait tout le caractère du lieu. La frontière entre la France et l'Espagne coupe le massif en deux, invisible sur le terrain, bien réelle sur la carte.

En basque, elle s'appelle Larrun, le lieu des pâturages. Le nom décrit exactement ce qu'on a sous les yeux, ces étendues d'herbe rase qui recouvrent les flancs. Du sommet, la vue fait le tour complet, 360°, et embrasse à la fois la côte basque jusqu'à Saint-Sébastien et les sommets pyrénéens de l'intérieur. Sur le flanc nord, le tracé du train à crémaillère serpente comme une longue cicatrice métallique qui grimpe régulièrement vers le ciel.

Une montagne habitée depuis toujours

Les pentes sont parsemées de vestiges préhistoriques : cromlechs, tumuli, dolmens. L'occupation humaine remonte loin. Les bergers y mènent leurs troupeaux depuis des siècles, et la tradition pastorale tient encore. Les contrebandiers, eux, ont longtemps profité de cette frontière poreuse pour faire passer marchandises et personnes d'un pays à l'autre.

La faune y vit toujours. Les pottoks, ces petits chevaux à la robe sombre, occupent les hauteurs en semi-liberté. Les brebis manech à tête rousse ou noire paissent tranquillement, surveillées de loin par leurs bergers. Dans le ciel, les vautours fauves patrouillent en larges cercles, portés par les courants ascendants. La fréquentation touristique est forte et le caractère sauvage tient quand même : s'éloigner un peu du sommet suffit à retrouver le silence et la solitude.

Monter la Rhune à pied : les itinéraires de randonnée

Le sentier classique depuis le col de Saint-Ignace

C'est le plus fréquenté. Il démarre au même point que le train, au col de Saint-Ignace, sur la commune de Sare. D'où un avantage pratique : monter à pied et redescendre en train, ou l'inverse, selon la préférence et l'état des jambes.

Le parcours fait 5 kilomètres pour 700 mètres de dénivelé positif, soit environ deux heures de montée. Départ en forêt, dans une ambiance ombragée et fraîche même en plein été. Puis la végétation s'ouvre sur le pâturage et la vue commence à porter sur l'océan. Le chemin longe les rails par endroits, et il arrive qu'on croise un convoi en pleine ascension, rempli de voyageurs qui vous observent avec un mélange d'admiration et de soulagement de ne pas être à votre place.

Le balisage ne pose aucun problème : panneaux indicateurs et marques jaunes. Le niveau reste accessible à toute personne habituée à marcher, avec un effort soutenu mais régulier et aucun passage technique. Pour une première ascension, c'est l'itinéraire le plus rassurant. Le moins sauvage aussi, vu le monde qu'on y croise.

L'ascension depuis Sare village

Pour qui veut avoir gravi la montagne, la vraie, le départ se prend au centre de Sare. Le sentier démarre près du fronton, au milieu du village classé parmi les Plus Beaux Villages de France.

C'est le parcours le plus long : 7 kilomètres et 3 heures de montée. Le plus varié aussi. On traverse le village, puis ça grimpe progressivement à travers prairies et sous-bois. Une partie du chemin emprunte le GR10, ce sentier de grande randonnée qui traverse les Pyrénées d'ouest en est. On croise nettement moins de monde que depuis le col, et l'immersion dans la nature est plus complète.

La dernière partie rejoint le sentier du col de Saint-Ignace pour la montée finale vers le sommet. C'est l'option de ceux qui viennent chercher l'effort autant que la récompense.

Les autres points de départ (Ascain, Olhette, col de Lizuniaga)

D'autres versants montent aussi, moins courus et tout aussi intéressants. Depuis Ascain, au nord-est, la montée est plus longue et ouvre une vue différente sur la vallée de la Nivelle. Le départ d'Olhette, au nord-ouest, suit le GR10 et voit passer moins de monde que le col. Au col de Lizuniaga, l'itinéraire de crête est très panoramique et très exposé au vent.

Ces chemins offrent des ambiances plus solitaires et font découvrir d'autres facettes du massif. Ils demandent un peu plus de préparation que les sentiers classiques : une carte IGN ou une application de randonnée donnent le détail des tracés.

Nos conseils pratiques pour randonner

Partez tôt le matin, l'été surtout : la chaleur et la foule arrivent ensemble, vers le milieu de la journée. Vérifiez la météo avant de monter. Le sommet peut se retrouver dans les nuages alors que la côte est au grand soleil, et l'inverse se produit tout autant.

Comptez un litre et demi d'eau par personne au minimum, il n'y a aucun point d'eau sur le chemin. Chaussures de marche obligatoires : le terrain est pierreux par endroits et devient glissant par temps humide. Une veste coupe-vent tient dans un sac à dos, et elle sert. En haut, le vent souffle fort même quand il fait beau en bas.

Au retour, un autre sentier change le décor. Sinon, le train, si les jambes réclament grâce. Attention quand même : les places ne sont pas garanties, surtout en haute saison. Renseignez-vous à l'avance sur les possibilités de réservation d'un billet descente uniquement.

Le petit train à crémaillère, une ascension d'un autre temps

Un train historique toujours en service

Inauguré en 1924, le train vient d'un projet de 1908, quand les villégiateurs fréquentaient assidûment les stations balnéaires basques. Les travaux ont commencé en 1912 et la Première Guerre mondiale les a interrompus. On l'a construit pour emmener ces visiteurs au sommet sans qu'ils marchent. Grande excursion mondaine.

Le système à crémaillère repose sur un troisième rail cranté au centre de la voie, dans lequel s'engrènent les roues dentées de la locomotive. Il grimpe des pentes de 25 %, des pourcentages hors de portée d'un train classique. Les voitures en bois sont d'époque.

L'engin transporte pour de bon : on monte réellement la montagne, à 8 kilomètres par heure, en 35 minutes, avec le paysage qui défile au pas devant les yeux. À la gare du col de Saint-Ignace, une exposition retrace l'histoire de la ligne avant le départ.

L'expérience du voyage en train

Le trajet part de la gare du col de Saint-Ignace. On s'installe dans les wagons, ouverts par beau temps, fermés en cas de pluie ou de vent fort. Le démarrage se fait en douceur. La montée est régulière, imperturbable, rythmée par le chuintement métallique de la crémaillère.

Forêt d'abord, puis zone de pâturage. Les vues s'ouvrent par paliers sur l'océan et la côte basque. Les pottoks lèvent à peine la tête au passage, ils ont l'habitude. À mi-parcours, sur la voie unique, on croise le convoi qui redescend : un évitement a été aménagé là pour ça.

La lenteur fait tout l'intérêt du trajet. Elle laisse le temps d'observer les détails du paysage, de sentir le vent qui se lève avec l'altitude, de voir l'océan s'élargir jusqu'à occuper tout l'horizon. Les enfants montent sans difficulté. Les personnes à mobilité réduite embarquent avec de l'aide, par deux marches d'une trentaine de centimètres, et le fauteuil doit être plié pour tenir à bord. Le train ouvre quand même le sommet à ceux qui ne peuvent pas marcher.

Informations pratiques pour prendre le train

Le départ se fait au col de Saint-Ignace, entre Ascain et Sare. Parking gratuit sur place, vite plein en haute saison : arrivez tôt, ou venez à plusieurs dans la même voiture.

Le train circule de la fin mars au début novembre. Les horaires changent selon le mois, et une météo trop mauvaise peut interrompre le service. Le site officiel fait foi avant de se déplacer. Les tarifs changent selon la formule, aller-retour ou aller simple, et selon l'âge, adultes ou enfants.

Le point le plus important : réservez à l'avance. La capacité est limitée, et le train affiche souvent complet en haute saison et le week-end. Les billets s'achètent en ligne ou sur place, mais sur place signifie une longue attente, voire l'impossibilité de monter le jour même. La réservation en ligne garde votre place.

Au sommet de la Rhune : que faire, que voir

Le panorama et la table d'orientation

Par temps clair, la vue fait le tour de l'horizon, et peu de sommets rendent ça à 360°. Au nord, l'océan Atlantique et la côte basque de Biarritz à Saint-Sébastien, avec les plages, les falaises, les villages blancs accrochés aux collines. Côté sud et est, les Pyrénées se déploient : le Pic d'Anie, les massifs de l'intérieur, les crêtes étagées jusqu'au fond. Vers le nord-est, la forêt des Landes s'étend à perte de vue.

Une table d'orientation met des noms sur les pics, les cols et les villages. Elle sert à comprendre la géographie du coin autant qu'à identifier ce qu'on voit. Un obélisque rappelle l'ascension de l'impératrice Eugénie, qui gravit la montagne à dos de mulet en septembre 1859 et lança la mode de l'excursion à la Rhune. Ce passage impérial a fait du lieu une destination pour la haute société.

Le temps d'en bas ne dit rien du temps d'en haut. Couvert sur la côte, dégagé au sommet. Ou l'inverse, brouillard en altitude et soleil sur les plages. La météo de montagne est capricieuse, c'est le jeu.

Les ventas et l'animation frontalière

Au sommet, les ventas : de petits commerces espagnols installés juste de l'autre côté de la frontière, qui passe littéralement là-haut. On y trouve de la charcuterie, des fromages, des souvenirs. L'habitude vient des écarts de prix historiques entre la France et l'Espagne ; aujourd'hui, le commerce est surtout touristique, et il fait partie de la visite.

Côté français, un bar-restaurant sert à boire et à manger face au panorama. Le sommet peut être très fréquenté en haute saison : trains bondés et groupes de randonneurs arrivent en même temps, et l'ambiance tourne à la fête foraine. Certains jours d'été, c'est la cohue. Ce monde fait partie du lieu, et la montagne assume son côté populaire.

Choisir entre la marche et le train : notre avis

Soyons honnêtes, les deux montées ne s'adressent pas au même public et ne procurent pas les mêmes sensations. Le train convient aux familles avec jeunes enfants, à ceux que la santé ou la condition physique empêche de randonner, à ceux qui veulent le sommet sans l'effort, et aux jours de mauvais temps où marcher perd de son charme.

La randonnée donne autre chose, une immersion plus complète dans la montagne. On sent l'effort, la progression, la fatigue qui monte et la satisfaction qui vient avec. On croise les pottoks de près. On entend le silence des pâturages. Arriver en haut par ses propres jambes ne se remplace pas.

La formule montée à pied et descente en train (ou l'inverse) règle la question : l'effort et l'immersion à l'aller, le confort et le spectacle au retour. Beaucoup font ça, et ils ont raison.

Critère À pied En train
Durée 2 à 3h de montée 35 minutes
Effort physique Soutenu Aucun
Accessibilité Bonne condition physique requise Tout public, PMR avec aide
Ambiance Immersion nature, solitude possible Conviviale, touristique
Réservation Aucune Fortement conseillée
Saison Toute l'année (hors neige) De fin mars à début novembre

La Rhune se monte par beaucoup de chemins, et cette diversité explique le monde qu'on y trouve. Chaussures de marche ou wagon en bois, le sommet est le même, la vue est la même, le vent aussi, et on se retrouve au bout de la chaîne pyrénéenne face à l'océan.