Le Pays Basque et les Landes, côté terrainBayonne · Biarritz · Dax · Saint-Jean-de-Luz
Nature LandesPays Basque
Passerelle suspendue d'Holzarte au-dessus du canyon

La passerelle d'Holzarte, 150 mètres au-dessus du vide

9 min de lecture

Un pont de bûcherons construit en 1920, tendu à 150 mètres au-dessus des gorges d'Olhadubi. Une heure de montée depuis Logibar, quelques cordes fixes sur la fin, et le tablier se met à bouger sous les pieds. Entre 60 000 et 70 000 personnes le traversent chaque année, la moitié en juillet et en août, aux heures où le sentier ressemble à une file d'attente. Le reste de l'année, on passe souvent seul.

Deux ingénieurs italiens l'ont accrochée là en 1920, pour que les bûcherons cessent de contourner le canyon. Elle y est toujours. Soixante-sept mètres de tablier tendus à 150 mètres au-dessus des gorges d'Olhadubi, dans une partie de la Haute-Soule où le Pays Basque cesse d'être vallonné pour devenir franchement vertical, et où le sentier grimpe sous les hêtres avant de déboucher d'un coup sur le vide. L'ouvrage est aujourd'hui l'un des sujets de photo les plus repris du territoire basque.

La montée dure une heure. Elle se redresse par endroits, une portion est équipée de cordes, mais elle reste à la portée d'un marcheur ordinaire. C'est le dénivelé qui surprend, pas la distance.

Reste la question du monde.

En plein été, la fréquentation gâche une bonne partie de l'affaire : on traverse à la queue leu leu, coincé entre deux groupes, et le canyon finit en décor qu'on regarde de biais en attendant que ça avance. En choisissant son mois et son heure, on voit exactement le même paysage sans personne dessus.

Holzarte, un pont construit pour les bûcherons

L'histoire d'un ouvrage industriel devenu site touristique

En 1920, Lombardi et Morello, deux ingénieurs italiens, dessinent la passerelle pour l'aciérie de Tardets. Le calcul est strictement économique. Les bûcherons exploitent les hêtraies de l'autre côté des gorges, et chaque jour ils perdent des heures à contourner l'obstacle pour redescendre le bois. À l'échelle d'une saison de coupe, le détour coûte cher et ralentit toute l'exploitation forestière de la région.

Franchir les gorges d'Olhadubi d'un seul jet relevait de la prouesse pour l'époque. Les ouvriers y ont gagné plusieurs heures par jour. Le nom dit la position : « Holzarte », de holtze arte, signifie « entre les parois ».

Puis l'industrie forestière a décliné et les randonneurs ont remplacé les bûcherons. Des travaux de rénovation ont remis l'ouvrage à niveau et sécurisé sa structure. Aujourd'hui, 60 000 à 70 000 personnes la traversent chaque année, ce qui en fait l'un des sites les plus fréquentés de Haute-Soule.

L'architecture de la passerelle : 67 mètres de câbles au-dessus du canyon

Soixante-sept mètres de portée, 150 mètres de vide jusqu'au torrent d'Olhadoko Erreka, deux portiques en béton ancrés dans la roche, un platelage d'acier posé en 2021 à la place du bois d'origine. Tout le reste tient sur des câbles d'acier tendus d'une rive à l'autre. La structure n'a rien de sophistiqué. C'est ce qui frappe.

Le tablier bouge. Rien d'anormal : un pont suspendu travaille sous la charge et sous le vent qui remonte les gorges. Quand plusieurs personnes marchent en même temps, le mouvement s'amplifie un peu, et ça suffit à décontenancer les plus sensibles. L'ouvrage a été calculé pour ces sollicitations.

Le Département des Pyrénées-Atlantiques, qui entretient l'ouvrage, fait passer chaque année des cordistes professionnels. Ils inspectent la structure pièce par pièce, remplacent ce qui est usé, contrôlent la conformité aux normes. Le pont ferme quelques jours au printemps pour ces opérations, le plus souvent en mars. À retenir si vous visez le début de saison.

Comment accéder à la passerelle d'Holzarte

Le départ depuis Logibar : stationnement et premiers pas

Le départ est à l'auberge de Logibar, sur la D26, à environ 14 kilomètres de Tardets-Sorholus en direction du col de Larrau. Impossible de la manquer : c'est le seul bâtiment avant que la route ne grimpe vers les hauteurs. Un parking la jouxte. Il sature vite.

Un matin de juillet ou d'août, passé 9 heures, vous vous garerez le long de la route, plus ou moins loin. Arriver avant 8h30 règle le problème, la fin de journée aussi, et le sentier est du même coup bien plus tranquille. Aucun commerce sur place hormis l'auberge, qui sert des repas avant ou après la marche.

Le chemin part dans une forêt fraîche, le long du torrent d'Olhadoko Erreka. Les premières centaines de mètres sont douces, presque plates, avec le bruit de l'eau en fond. Ça ne dure pas.

Le sentier : 45 minutes à 1h de marche

2 kilomètres aller, 200 mètres de dénivelé positif. Sur le papier, une promenade. Dans les faits, la pente se redresse nettement sur la portion équipée de marches en bois et de cordes, le terrain reste accidenté, et par temps chaud l'effort se fait sentir.

On monte dans les hêtres, au-dessus de petites cascades, sous des falaises qui surplombent le chemin. Le décor se minéralise à mesure. Puis, au détour d'un virage, la passerelle apparaît, tendue dans le vide.

Comptez 45 minutes si vous marchez régulièrement, une heure avec des enfants ou sans habitude de la randonnée. Le retour suit le même chemin, un peu plus vite, mais la descente prend dans les genoux. Sur la journée, prévoyez 2h à 2h30 aller-retour, pauses comprises.

Traverser la passerelle : sensations et conseils pratiques

À quoi s'attendre une fois sur le pont

Le premier pas sur le tablier fait monter le pouls. Le balancement se sent tout de suite, surtout si d'autres traversent au même moment. Sous les pieds, 150 mètres de canyon, le torrent qui serpente en bas, les parois rocheuses de part et d'autre.

Le vent remonte les gorges et amplifie le mouvement par moments, ce qui déstabilise ceux qui appréhendent le vide. Trois choses aident. Regarder droit devant plutôt que vers le bas, avancer à son rythme sans se presser, respirer lentement. Faire demi-tour n'a rien de honteux. Certains passent en quelques secondes, d'autres mettent cinq minutes, et le seuil de confort de chacun se respecte.

La traversée prend environ deux minutes sans s'arrêter. Beaucoup s'arrêtent quand même, au milieu, pour la vue, pour les photos, pour rester un moment suspendus au-dessus du canyon.

Personne ne repart en courant.

Le bon moment pour visiter

Autant le dire : juillet et août transforment la passerelle en autoroute piétonne. Des centaines de personnes montent chaque jour, ça bouchonne sur le tablier lui-même, et il faut attendre son tour pour traverser. Coincé au milieu d'une foule compacte, on ne regarde plus beaucoup le paysage.

Mai, juin, septembre et octobre valent mieux. Météo généralement favorable, belles lumières, fréquentation supportable. En automne, les hêtres virent au roux. Vous avez de bonnes chances de traverser presque seul en montant tôt le matin ou en fin d'après-midi.

L'hiver, c'est faisable, avec des réserves : le sentier glisse, il peut être enneigé selon l'altitude et les conditions. Équipé et habitué à la randonnée hivernale, on trouve un site nettement plus sauvage et solitaire. Quelle que soit la saison, le matin et la fin de journée restent les créneaux les plus calmes.

Prolonger la randonnée : la boucle par les gorges d'Olhadubi

Le circuit complet via le cayolar d'Olhadubi

Une boucle de 6 heures, près de 14 kilomètres et 700 mètres de dénivelé positif, part au-delà de la passerelle. L'itinéraire monte vers le cayolar d'Olhadubi, une cabane de berger traditionnelle posée sur les hauteurs, puis redescend sur Logibar par le GR10.

Ça n'a plus rien à voir avec la visite de la passerelle. C'est une randonnée technique, pour marcheurs entraînés et équipés. Certains passages sont aériens et escarpés, notamment le long des gorges d'Olhadubi, où le sentier se faufile au bord du vide. La signalisation tient la route, mais par mauvais temps la vigilance s'impose.

Le cayolar d'Olhadubi marque le haut de la boucle, avec vue sur les montagnes alentour. Bon endroit pour déjeuner avant la descente. Le retour par le GR10 alterne hêtraies, pâturages d'altitude et passages rocheux, et donne une idée bien plus large de la Haute-Soule.

Le GR10 et les autres sentiers de Haute-Soule

La passerelle est sur le GR10, le sentier de grande randonnée qui relie l'Atlantique à la Méditerranée en traversant les Pyrénées, ce qui explique la présence, au milieu des visiteurs de la journée, de marcheurs au long cours qui traversent la chaîne et passent forcément par ici.

La Haute-Soule ne s'arrête pas à Holzarte. Les gorges de Kakuetta, à une demi-heure de voiture, sont fermées au public jusqu'à nouvel ordre. Le pic d'Orhy culmine à 2017 mètres, premier sommet à dépasser 2 000 mètres depuis l'Atlantique, et se gravit par une randonnée d'altitude. La forêt d'Iraty, l'une des plus vastes hêtraies d'Europe, se parcourt à tous les niveaux.

Informations pratiques pour bien préparer sa visite

Équipement et sécurité

Rien de technique ici, mais quelques indispensables. D'abord des chaussures de randonnée qui accrochent, parce que le sentier est caillouteux, inégal, et qu'il glisse pendant des heures après une averse. Les baskets et les chaussures de ville restent dans la voiture.

Prévoyez au moins un litre d'eau par personne, plus s'il fait chaud, parce qu'il n'y a aucun point de ravitaillement sur le parcours. Un vêtement de pluie sert même en plein été, le temps tournant vite en montagne et une averse pouvant tomber sans prévenir. Une collation, fruits secs ou barres énergétiques, tient la faim jusqu'au retour.

Respectez les barrières et les panneaux d'information. Ne vous approchez pas du bord des gorges ailleurs que sur la passerelle : les parois sont instables et le risque de chute est réel. Avec des enfants, surveillance permanente, sur le tablier comme dans les passages escarpés du sentier.

Accessibilité et public

Le sentier n'est pas praticable en poussette, ni accessible aux personnes à mobilité réduite. Pente, marches, passages rocheux : rien ne le permet. Pour les enfants, comptez 6 ou 7 ans minimum, à condition qu'ils aient déjà l'habitude de marcher, et vous connaissez leur endurance et leur rapport au vide mieux que personne.

Les chiens sont tolérés, en laisse obligatoirement, pour leur sécurité comme pour les autres randonneurs et la faune locale. Certains supportent mal le balancement et le vide sous les planches, et la situation devient vite délicate.

Restent les fermetures. Elles tombent quelques jours au printemps, pour la maintenance. Si vous venez de loin, vérifiez avant de partir auprès du Département des Pyrénées-Atlantiques ou de l'office de tourisme du Pays Basque.

Caractéristique Détails
Distance aller 2 km
Dénivelé positif 200 m
Durée aller-retour 2h à 2h30
Niveau Facile à modéré
Longueur de la passerelle 67 m
Hauteur au-dessus du vide 150 m
Fréquentation annuelle 60 000 à 70 000 personnes

Autour de la passerelle : découvrir Larrau et la Haute-Soule

Le village de Larrau, porte d'entrée de la Soule montagnarde

Larrau a cette allure de bout du monde qui va avec la Haute-Soule. Le village est accroché à flanc de colline, sert de départ à plusieurs randonnées, et vit encore de l'élevage : les cayolars, ces cabanes de bergers, parsèment les hauteurs environnantes.

L'architecture est celle de la montagne basque. Murs de pierre et toits d'ardoise à forte pente, faits pour évacuer vite la pluie et la neige. Aucune grande attraction touristique, et c'est ce qui fait l'attrait de l'endroit. Une église romane, quelques maisons groupées autour d'elle, un fronton juste à côté.

L'auberge de Logibar, à l'écart du village, au départ de la randonnée, sert une cuisine de terroir : produits locaux, recettes traditionnelles de la Soule. C'est l'adresse pour finir la journée avant de redescendre vers la vallée.

Les gorges de Kakuetta, fermées le temps des travaux

À une demi-heure de voiture de Larrau, sur la commune de Sainte-Engrâce, les gorges de Kakuetta faisaient l'autre grande visite de la Haute-Soule. Deux kilomètres de canyon parcourus sur des passerelles métalliques, une cascade de vingt mètres, une grotte ornée de concrétions. Même décor qu'à Holzarte, gorges profondes, végétation dense, parois verticales, mais un parcours ouvert à un public bien plus large.

Le site est fermé au public jusqu'à nouvel ordre. La commune l'a décidé après un accident mortel, et les risques d'éboulement sur ces parois calcaires ont ouvert un chantier de sécurisation de plusieurs années. Le tracé prévu passera en hauteur, au-dessus du canyon, avec des belvédères.

Reste Holzarte, le matin, quand il n'y a personne.