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Nature LandesPays Basque
Pottoks paissant dans les fougères rousses d'une pente basque

Les pottoks, rencontre avec les chevaux semi-sauvages des montagnes

11 min de lecture

Sur les crêtes basques, une silhouette sombre se découpe dans le vent. Le pottok vit là sans box ni clôture, mais il a un propriétaire et un rendez-vous au corral une ou deux fois l'an. Le croiser sur les estives du Labourd tient de la chance. Où l'observer sans le déranger ? Comment se tenir devant lui ? Et pourquoi sa survie engage tout le pastoralisme basque ?

Une silhouette sombre sur la crête, une crinière épaisse en travers du vent : on comprend tout de suite qu'on n'a pas affaire à un cheval de pré. Sur les estives du Labourd et de la Basse-Navarre, ces petits chevaux vivent depuis des siècles entre liberté et présence humaine. Ils ne sont pas tout à fait sauvages. Domestiques non plus. Leur origine reste mal connue. Les croiser sur un sentier rappelle une époque où aucun cheval ne connaissait le box. Ce guide dit où les observer sans les déranger, comment se tenir face à eux, et ce que leur préservation engage pour le pastoralisme basque.

Le pottok, un cheval à part dans l'histoire des Pyrénées

Une longue présence dans les montagnes basques

Personne ne sait d'où vient le pottok. On l'a longtemps rapproché des chevaux gravés dans les grottes d'Isturitz et d'Oxocelhaya, mais la génétique a coupé court : comme tous les chevaux domestiques, il descend d'une lignée apparue dans les steppes eurasiennes autour de 2000 avant notre ère. Ce petit cheval trapu vit en altitude de longue date, et son pâturage a façonné le paysage autant que celui des brebis. Son nom vient de l'euskara « pottoka », « petit cheval ». Rien de plus. Les chercheurs le rattachent au tronc des races cantabro-pyrénéennes, aux côtés du landais, du mérens et de l'asturcón espagnol. La tradition orale raconte qu'on prélevait dans les troupeaux les bêtes utiles aux voyageurs ou au transport léger, sans jamais chercher à les domestiquer vraiment. Deux types de pottoks sont aujourd'hui distingués : celui de montagne, le plus petit et le plus proche de la souche d'origine, et celui de prairie, issu de croisements successifs pour obtenir des animaux plus grands et plus sportifs.

Ce que raconte sa morphologie

Tout, chez lui, dit la montagne. La taille d'abord, de 1,15 m à 1,32 m au garrot chez le type de montagne, jusqu'à 1,47 m chez celui de prairie, qui le laisse passer partout dans les terrains cassés. La robe ensuite : le stud-book français accepte le noir, le bai, le bai-brun, l'alezan et le pie, et refuse le gris. Le noir et le bai-brun signent le type de montagne. Les crins sont épais et fournis, ils tiennent la pluie et le froid. Mais ce sont les sabots qui frappent : assez durs pour encaisser le rocher sans la moindre ferrure. Le reste suit. Il tient le froid, il se nourrit de fougères, d'ajoncs et de bruyères là où d'autres chevaux maigriraient, il vit vieux. Côté caractère : intelligent, méfiant, curieux quand même, avec une personnalité qui ne se livre qu'à l'observation patiente. Il n'a pas la docilité du poney de club. Plutôt l'indépendance des bêtes qui n'ont jamais complètement lâché leur liberté.

Où observer les pottoks en liberté

Les massifs privilégiés du Pays Basque

Les troupeaux occupent des territoires précis, dans les vallées et sur les crêtes qui longent la frontière espagnole. La Rhune reste le massif le plus couru, accessible par le petit train à crémaillère qui grimpe au sommet. On les trouve aussi sur l'Ursuya, l'Artzamendi, le Baïgura, au col d'Ibardin, sur les crêtes qui dominent Espelette et Sare. Ces chevaux tiennent les estives entre 600 et 1 000 mètres, là où la montagne reste rude et les hommes rares. Les saisons décident du reste : plus visibles l'été, quand ils pâturent les hauteurs, ils redescendent l'hiver vers les vallées, un peu plus à l'abri. La rencontre ne se garantit jamais. Certains jours, on croise trois troupeaux. D'autres, pas un seul. Cette incertitude fait partie du jeu. Un pottok n'a pas d'horaire de représentation.

Les meilleurs moments et conditions pour les apercevoir

Observer un pottok demande de la patience et un peu de préparation. Le petit matin et la fin de journée donnent les meilleures chances : les chevaux bougent, et la lumière rase le relief. Par temps couvert ou dans la brume, ils descendent parfois plus bas, vers les zones fréquentées. Le silence est votre meilleur allié. Un groupe bruyant fait fuir les troupeaux bien avant qu'on les aperçoive. Le GR10 et le chemin de Saint-Jacques traversent leurs territoires habituels. Pour mettre les chances de son côté sans déranger les bêtes, la sortie accompagnée par un guide nature reste la formule la plus sûre : ces gens connaissent les déplacements des troupeaux, les repèrent de loin, et apprennent à lire les indices de leur passage, crottins frais, zones de roulade dans l'herbe, sentes tracées par les allers-retours.

Le rôle des éleveurs et la gestion des troupeaux

Une idée reçue mérite d'être corrigée : les pottoks ne sont pas totalement sauvages. Ils appartiennent à des éleveurs qui les identifient et les rassemblent dans des corrals, une ou deux fois par an entre le printemps et l'automne, pour les vermifuger et les traiter contre les tiques. Cavaliers et chiens de montagne rabattent pendant des heures les troupeaux dispersés dans les estives. Suivent le tri, l'identification des poulains nés dans l'été, la sélection des animaux qui partiront à la vente, sur la foire d'Espelette de fin janvier ou sur celle d'Hélette en novembre. Cette gestion extensive tient l'équilibre : les pottoks passent neuf mois par an en liberté, entretiennent les estives par leur pâturage, et gardent un fil ténu avec l'homme. La race s'en trouve conservée sans perte des comportements naturels. Sans cette intervention minimale des éleveurs, le pottok aurait sans doute disparu, ou se serait dilué dans d'autres races.

Comprendre le comportement des pottoks

La vie en troupeau et l'organisation sociale

Un troupeau de pottoks, c'est une société. Un étalon, plusieurs juments, leurs poulains : l'unité de base est stable et compte jusqu'à une dizaine de bêtes. Entre les juments s'installe une hiérarchie discrète, souvent menée par une femelle d'expérience qui décide des déplacements. Les poulains passent la journée à jouer, se poursuivre, simuler des combats. Ces jeux sont leurs apprentissages. La vigilance collective impressionne : il y a toujours un adulte qui surveille les alentours pendant que les autres broutent. On croise aussi des étalons seuls, ou de petits groupes de mâles. Ces chevaux développent un attachement territorial très fort : ils savent où trouver l'eau l'été, où s'abriter l'hiver, quel versant nourrit le mieux d'une saison à l'autre.

Leur relation à l'homme : entre méfiance et curiosité

La relation du pottok à l'homme est ambiguë, et elle a des siècles derrière elle. Sur les secteurs très fréquentés comme la Rhune, les chevaux ont pris l'habitude des randonneurs et s'approchent par curiosité, surtout quand ils espèrent de la nourriture. Mais la méfiance domine encore. Approchez trop vite, trop près, et tout le troupeau détale. Cette semi-domestication ancienne leur donne un statut à part dans le monde équin : ils connaissent l'homme sans être apprivoisés. Le nourrissage par les visiteurs a modifié le comportement de certains individus. Sur les cols les plus fréquentés, des pottoks fouillent désormais les sacs à dos des randonneurs, et ils ont appris que l'homme apporte à manger. Notre comportement pèse directement sur ces animaux, y compris sur ceux qui vivent libres.

Les règles d'or pour une rencontre respectueuse

Les distances à respecter et les gestes à éviter

La première règle tient dans un chiffre : quinze mètres, la distance que la Communauté d'agglomération Pays Basque demande de tenir avec les animaux d'estive. On s'en éloigne encore dès que le troupeau compte des poulains, ou dès que l'étalon montre de l'inquiétude. Certains gestes sont à proscrire, même s'ils paraissent anodins :

  • S'approcher de face et vite : vous passez pour une menace
  • Tendre la main vers la tête, geste qui effraie la plupart des chevaux
  • Passer entre une jument et son poulain, ce qui déclenche une réaction défensive
  • Crier ou faire des gestes brusques, qui affolent le troupeau

Les signes d'agacement s'apprennent vite : oreilles plaquées en arrière, piétinement, hennissement d'alerte, coup de tête brusque. Chacun de ces signes est un avertissement à prendre au sérieux. Un pottok agacé mord ou rue, et on n'est pas devant un poney de centre équestre habitué à tout encaisser. Ce sont des chevaux semi-sauvages, qui défendent leur espace et leurs petits comme n'importe quel animal libre.

Pourquoi il ne faut jamais les nourrir

Le nourrissage pose des problèmes que la plupart des visiteurs ignorent. Côté santé, il dérègle un régime alimentaire calé sur la végétation de montagne. Pain, gâteaux, fruits : ce que les randonneurs bien intentionnés distribuent provoque des coliques, parfois mortelles chez le cheval. Le comportement suit. Nourris à la main, les chevaux perdent leur méfiance, deviennent agressifs pour réclamer, et transmettent l'habitude à leurs poulains. Sur les cols les plus fréquentés, ils fouillent les sacs à dos posés à terre. Reste l'effet écologique : au lieu de pâturer les secteurs qui en ont besoin, les bêtes se massent là où passent les humains. Elles vivent en montagne depuis des siècles et y trouvent tout ce qu'il leur faut.

Observer sans déranger : les bonnes pratiques

Quelques principes suffisent. Prenez des jumelles si vous voulez détailler la robe, l'expression, les interactions, plutôt que de vous rapprocher. Restez sur les sentiers balisés au lieu de couper à travers les pâtures. Si un troupeau bloque le chemin, deux options : contourner large en gardant vos distances, ou attendre qu'ils bougent d'eux-mêmes, ce qui vient en général assez vite. Les enfants demandent une attention particulière, parce que leur premier réflexe est de courir vers « les gentils chevaux ». C'est aux adultes de l'interdire et d'expliquer pourquoi on n'approche pas. Le respect de ces règles change la rencontre : au lieu de fuir ou de s'inquiéter, les pottoks continuent ce qu'ils faisaient. Vous les verrez brouter, se rouler dans l'herbe contre les parasites, les poulains se chercher entre eux. Leur vraie vie, celle d'avant votre arrivée.

Les menaces qui pèsent sur les pottoks et les efforts de sauvegarde

Une race qui a failli disparaître

Ça s'est joué à peu de chose. La population s'est effondrée au XXe siècle, sous une exploitation intensive. Abattage pour la viande de cheval, exportation vers les mines de France, de Belgique et d'Italie jusque dans les années 1950, contrebande dans les cols : les troupeaux ont été prélevés sans mesure. Les croisements anarchiques avec des races plus grandes ont dilué le sang du pottok de montagne. L'alerte part de Sare : Paul Dutournier, maire de la commune, fonde en avril 1970 l'Association nationale du Pottok avec les Haras nationaux, et la race est reconnue officiellement deux ans plus tard. Le type d'origine, lui, a continué de se raréfier. Michel Laforêt, ancien réalisateur animalier, a ouvert en 1993 une réserve privée à Bidarray et recensé deux ans plus tard 120 poneys conformes à ce type. En 2013, ils n'étaient plus qu'une vingtaine en France, pour 1 221 juments et 122 étalons enregistrés dans la race.

Le rôle écologique des pottoks dans l'entretien des estives

La valeur patrimoniale n'est pas seule en jeu. Les pottoks tiennent une fonction écologique dans l'écosystème montagnard basque : en broutant fougères, ajoncs et broussailles, ils maintiennent les milieux ouverts et freinent l'enfrichement des estives. Moins de végétation combustible, donc moins d'incendies, et une mosaïque de milieux qui fait vivre plus d'espèces. Leur disparition fermerait vite le paysage : en quelques décennies, les landes ouvertes passeraient en forêt dense, et tout l'écosystème avec. Les pottoks mangent ce que les brebis délaissent, ce qui complète la gestion pastorale au lieu de la concurrencer. Ce constat a changé le regard porté sur eux. D'animaux sans rendement économique évident, ils sont devenus des acteurs reconnus de la gestion du territoire, au même titre que les troupeaux de brebis.

Les actions de préservation en cours

La sauvegarde s'organise sur plusieurs fronts. Le registre généalogique sépare un livre A, réservé aux poneys de race pure, et un livre B, ouvert aux croisements qui comptent au moins la moitié de sang pottok, ce qui assure la traçabilité des naissances. Des subventions poussent les éleveurs à garder des troupeaux de montagne, moins rentables que des races commerciales. Les programmes de reproduction sélective cherchent à conserver les caractères du type montagne, le plus menacé des deux. Le pottok figure sur la liste des races menacées d'abandon pour l'agriculture, ce qui ouvre à ses éleveurs une prime dédiée. Les associations de protection multiplient les campagnes de sensibilisation, des documentaires racontent son histoire au grand public. Une collaboration transfrontalière existe avec le Pays Basque espagnol, où vivent aussi des troupeaux. En parallèle, des débouchés se développent : équitation de loisir pour les enfants, que sa petite taille et son caractère rendent possible, attelage, médiation équine. Reste à développer ces usages sans puiser dans le noyau sauvage de la montagne.

Randonner sur les terres des pottoks : itinéraires conseillés

Balades accessibles pour toute la famille

Plusieurs circuits approchent l'univers des pottoks sans demander une grosse condition physique. Le tour de la Rhune par le petit train à crémaillère reste le plus facile : la montée se fait assis, et les chevaux sont presque toujours là sur les pentes du massif. Comptez une demi-journée, aller-retour et observation au sommet compris. La balade du lac de Xoldokogaina, au départ du col d'Ibardin, tient en deux heures environ sur un parcours facile, avec de bonnes chances de croiser un troupeau tôt le matin. Le col de Lizarrieta, où l'on arrive en voiture, ouvre des sentiers courts que les pottoks pâturent régulièrement. La bonne période court de mai à octobre, quand les chevaux occupent les hauteurs et que la météo tient. L'été offre la meilleure visibilité et la plus grosse fréquentation. À chacun son arbitrage.

Randonnées plus engagées en territoire pottok

Pour les marcheurs confirmés, les massifs basques ouvrent des itinéraires plus sauvages, où les pottoks vivent loin de tout aménagement. La traversée du massif des Trois Couronnes, au-dessus d'Irun côté espagnol, coupe des estives que presque personne ne fréquente. Les crêtes d'Iparla demandent 1000 mètres de dénivelé positif et rendent en panoramas et en rencontres équines ce qu'elles prennent en effort. Le circuit des cols au départ de Bidarray enchaîne plusieurs sommets sur une journée pleine, en traversant les territoires de plusieurs troupeaux. Ces sorties se préparent sérieusement : équipement de montagne, météo consultée, cartographie précise. Ces espaces demandent une vraie autonomie. Vous êtes chez les pottoks, loin des zones aménagées. La première fois, un guide apporte deux choses : la sécurité, et surtout la lecture du paysage, le repérage des indices de présence que seule l'expérience donne.

Itinéraire Niveau Durée Dénivelé Période optimale
Tour de la Rhune (train) Très facile 3h 0 m Mai à octobre
Lac de Xoldokogaina Facile 2h 150 m Mai à octobre
Col de Lizarrieta Facile 1h30 100 m Avril à novembre
Massif des Trois Couronnes Difficile 7h 800 m Juin à septembre
Crêtes d'Iparla Difficile 6h 1000 m Juin à septembre