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Nature LandesPays Basque
Chaussures de trail crottées et sac d'hydratation posés sur une barrière de pâturage

Courses d'endurance au Pays basque : l'équipement par terrain

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Deux terrains se partagent les courses d'endurance du Pays basque, et ils ne demandent pas le même sac. Sur les crêtes du Labourd, le BK24 de Bidarray aligne 1 700 mètres de dénivelé en 24 kilomètres ; sur le littoral, le sol est plat, mais il n'y a ni abri ni source. Les règlements locaux imposent 1,5 litre d'eau au départ, une veste imperméable à capuche, un gobelet et une couverture de survie. Le reste se décide au terrain : il tombe environ 1 470 millimètres de pluie par an sur la côte basque, et l'herbe rase des pâturages glisse dès qu'elle est mouillée.

Une course d’endurance au Pays basque se prépare avec deux sacs en tête. Celui des crêtes du Labourd, où le dénivelé arrive vite et repart aussi vite, où la pente se prend dans l’herbe et se termine parfois dans le rocher. Et celui du littoral, plat, salé, sans un mètre d’ombre entre deux plages. Les deux tiennent dans la même région, à quarante kilomètres l’un de l’autre.

Le sac se fait en quatre décisions : les chaussures, choisies sur le rapport entre dénivelé et distance de la course visée ; le matériel que le règlement impose et que l’organisateur contrôle au dossard ; ce que la météo basque ajoute à cette liste ; la protection des mains, que presque personne n’anticipe. Reste à vérifier l’ensemble, ce qui prend une sortie de deux heures.

Ce qui se court au Pays basque, et sur quel terrain

Le calendrier tient sur neuf mois, de mars à novembre, et il est dominé par la montagne du Labourd et de Basse-Navarre.

Le plus gros rassemblement est l’Euskal Trails, à Saint-Étienne-de-Baïgorry, le week-end de l’Ascension : quatre formats, du Trail Gourmand en deux jours de 25 kilomètres à un ultra de 130 kilomètres pour 7 800 mètres de dénivelé positif, avec des départs échelonnés à partir de 5 heures du matin. Le BK Trail de Bidarray, organisé par les Baztandarrak le troisième week-end de juillet, part de la place du Fronton et grimpe sur Iparla, Irubela et l’Artzamendi : 45 kilomètres et 2 750 mètres pour le BK45, 24 kilomètres et 1 700 mètres pour le BK24.

La Course des Crêtes d’Espelette, elle, joue sur le nombre de formats. Sa 49e édition, les 3 et 4 juillet 2026, aligne un 30 kilomètres à 1 500 mètres de dénivelé, un 21 à 900, un 15 à 500, un 7 kilomètres non classé et une nocturne de 7,5 kilomètres limitée à 150 coureurs le vendredi soir. Plusieurs de ces courses affichaient complet des mois avant la date, sans liste d’attente ni réouverture.

Deux épreuves plus courtes valent d’être connues parce qu’elles montent droit. La Course de la Rhune, à Ascain, monte du bourg au sommet et redescend par le même versant : 12,5 kilomètres, 880 mètres de dénivelé, autour de 700 coureurs. La Skyrhune, sur le même massif, tient 1 700 mètres de dénivelé en 21 kilomètres, dont environ 80 % sur des sentiers d’un pied de large.

Enfin, l’Itsasuko Itzulia part d’Itxassou, site d’Ellizakopartia, le deuxième dimanche de septembre à 8 h 30. Son grand parcours de 28 kilomètres enchaîne l’Artzamendi, Iguzki, Bizkaïluze et le Mondarrain : ce sont exactement les sommets que les randonneurs du secteur montent en huit heures. Le 16 kilomètres coûte 18 euros, le 28 en coûte 30, et ce dernier se remplit d’abord.

CourseCommuneDistances et déniveléTerrain dominant
Euskal TrailsSaint-Étienne-de-Baïgorryde 2 × 25 km et 2 500 m à 130 km et 7 800 mcrêtes frontalières, départs de nuit
Course des CrêtesEspelette30 km et 1 500 m, 21 km et 900 m, 15 km et 500 m, 7 kmpelouses pâturées du Labourd
BK TrailBidarray45 km et 2 750 m, 24 km et 1 700 marêtes d’Iparla, passages exposés
Course de la RhuneAscain12,5 km et 880 mmontée sèche, pierre et fougère
SkyrhuneAscain21 km et 1 700 msentiers d’un pied de large
Itsasuko ItzuliaItxassou28 km et 16 kmMondarrain et Artzamendi, rocher au sommet

Le dénivelé du Labourd se lit en mètres par kilomètre

C’est le seul chiffre qui décide des chaussures, et il ne figure jamais en tête des pages d’inscription.

Le BK24 de Bidarray demande 1 700 mètres sur 24 kilomètres, soit 71 mètres de montée par kilomètre parcouru. La Skyrhune monte à 81. Le 30 kilomètres d’Espelette reste à 50, la Course de la Rhune à 70 sur une distance deux fois plus courte. Au-delà de 60, on ne court plus vraiment : on marche vite en montée, et on descend en freinant. C’est la descente qui casse les cuisses et fait perdre les ongles.

Le relief explique ce ratio. Ces sommets sont bas, 749 mètres pour le Mondarrain, 926 pour l’Artzamendi, 678 pour l’Ursuya, et on les attaque presque au niveau de la mer. Depuis le bourg d’Itxassou, on part de 60 mètres d’altitude pour finir à 749 : près de 700 mètres de dénivelé, avalés en trois kilomètres et demi de sentier. Aucun lacet, ou presque. La pente moyenne dépasse 20 % sur des sections entières.

Une chaussure de trail à crampons de 4 millimètres, taillée pour les chemins roulants, glisse dans ces descentes. Il en faut 5 à 6, avec une gomme tendre et un chaussant qui retient le pied à l’intérieur quand la pente approche les 30 %. Une paire trop grande suffit à faire perdre les ongles des gros orteils sur une seule descente de 700 mètres.

Ce qui glisse : herbe rase, fougère, flysch mouillé

Le Pays basque reçoit environ 1 470 millimètres de pluie par an sur sa frange côtière, avec un maximum autour de 185 millimètres en novembre et un minimum près de 70 en juillet. Ces chiffres ne disent pas grand-chose tant qu’on n’a pas couru dessus.

Ils donnent un sol qui reste humide longtemps après l’averse. Les crêtes du Labourd sont pâturées toute l’année par les brebis, les pottoks et les vaches betizu ; l’herbe y est rase, luisante, tondue au ras du sol. Mouillée, elle se comporte comme un carrelage en pente. On tombe plus souvent là, sur ces pelouses d’altitude qui ont l’air inoffensives, que dans le rocher ou dans la boue.

La fougère pose un autre problème. Elle monte à hauteur de taille en fin d’été et masque le sol : les pierres, les trous, les traces de sanglier, tout disparaît sous la frondaison. Les balises basses des sentiers y disparaissent aussi. Un coureur qui part sans trace GPS chargée sur sa montre s’expose à perdre le fil du parcours dès que le balisage passe sous la fougère.

Côté mer, la roche s’appelle le flysch : une alternance de bancs durs et de bancs tendres, empilés puis redressés, qui donne aux falaises leur aspect feuilleté. Sec, il accroche bien. Mouillé, les bancs marno-calcaires deviennent savonneux, et l’Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine rappelle que ces mêmes couches se réactivent après de fortes précipitations, jusqu’à provoquer des effondrements de falaise.

Les mains prennent autant que les jambes

Personne n’en parle, parce que le trail se raconte avec les jambes.

Sur le Mondarrain, les cinquante derniers mètres se franchissent en posant les mains sur le grès, entre les vestiges du château. La crête d’Iparla, que le BK45 emprunte, longe des à-pic sans garde-corps, et le vent d’ouest y pousse assez pour qu’on se rattrape au rocher. Le circuit du col de Méhatché tient la même corde sur cinq kilomètres. Ajoutez les ajoncs et les ronces qui bordent les sentes du Labourd, les bâtons tenus quatre heures d’affilée, une chute sur herbe mouillée où la paume touche le sol avant le reste du corps, et le compte y est.

La Fédération française d’athlétisme en a tiré les conséquences. Le règlement des championnats de France de trail impose une paire de gants aux concurrents du trail court comme du trail long, à côté de la couverture de survie et du coupe-vent à capuche. Le gant y figure au titre de la sécurité, comme le sifflet.

Le choix du modèle, lui, n’a rien d’évident, et il se pose dans les mêmes termes ailleurs qu’en montagne : les comparatifs qui expliquent quels gants pour un Hyrox pèsent une paume qui frotte pendant une heure, une adhérence qui doit tenir une fois humide, et une épaisseur qui ne doit pas supprimer la sensation. Pour les crêtes basques, ça donne un gant fin, coupe-vent, renforcé à la paume, avec des doigts qui laissent encore attraper une fermeture éclair. Les moufles chaudes ne servent à rien ici. Le froid sec est rare, le vent humide est permanent.

Le littoral n’est pas la version facile

Vingt-cinq kilomètres séparent Bidart de Hendaye par le sentier du littoral, que les marcheurs font en six à sept heures. Le profil est presque plat. C’est ce qui trompe.

Le vent souffle de face ou de trois quarts sur la moitié du tracé, et il refroidit un coureur trempé de sueur en quelques minutes d’arrêt. Entre deux escaliers de falaise, il n’y a ni bois ni couvert : un après-midi de juillet à découvert consomme plus d’eau qu’une montée à l’ombre des hêtres. Et l’eau ne se trouve nulle part. Sur les crêtes, on croise des sources et des abreuvoirs de bergerie ; ici, entre deux villages, rien.

Un point bloque, et il vaut mieux le connaître avant de tracer une sortie longue sur la carte. Par arrêté préfectoral du 9 novembre 2021, le sentier du littoral est fermé entre la sortie de Ciboure et l’entrée du domaine d’Abbadia, sur les communes de Ciboure, Urrugne et Hendaye, après l’effondrement d’octobre 2020 et une étude du Cerema concluant à un risque fort. Un itinéraire provisoire, ouvert le 10 août 2023 en retrait des falaises depuis la maison de la Corniche basque à Asporotsttipi, rétablit la liaison. Ceux qui veulent enchaîner d’une traite prennent la ligne 26 du réseau Txik Txak entre l’arrêt Plage de Zokoa, à Ciboure, et Asporotsttipi.

Le matériel que les règlements imposent

Les organisateurs basques contrôlent au retrait du dossard, et parfois au départ. Une pièce manquante interdit la ligne de départ, sans remboursement.

Le règlement du BK45 donne la liste type de la région : couverture de survie de 1,40 mètre sur 2,10, sifflet, 1,5 litre d’eau minimum au départ et à recharger à chaque ravitaillement, réserve alimentaire, veste imperméable et respirante à capuche, téléphone portable chargé et allumé, casquette ou équivalent, gobelet personnel, bande adhésive élastique et chaussures de trail. Le gobelet n’est pas un détail administratif : Espelette a supprimé les gobelets jetables, et un coureur sans récipient ne boit pas au ravitaillement.

Un litre et demi pèse un kilo et demi. Sur le BK45, le rechargement est imposé aux huit points de ravitaillement, situés aux kilomètres 5,5, 9, 14, 19, 28, 33, 37 et 45 : on ne court donc jamais léger sur cette épreuve, même entre deux points rapprochés.

Les barrières horaires font le reste du travail de sélection. Sur le BK45, parti à 7 heures, il faut être passé à Meaka au kilomètre 14 avant 9 h 45, à Arritzakun au kilomètre 28 avant 12 h 30, à Mehatxe au kilomètre 33 avant 14 heures et à Astolepo au kilomètre 37 avant 15 h 15. Un coureur qui perd dix minutes à chercher sa veste au fond de son sac pendant l’averse perd une partie de sa marge sur la barrière suivante.

Dans le sacCrêtes du LabourdSentier du littoral
Chaussurescrampons de 5 à 6 mm, gomme tendrecrampons de 4 mm, semelle plus rigide
Eau1,5 litre, sources et abreuvoirs de bergerie en secours1,5 litre, rien entre deux villages
Vesteimperméable respirante à capuchecoupe-vent avant tout, le vent est permanent
Gantsfins, renfort de paume, doigts libresutiles d’octobre à avril
Repèrestrace GPS chargée, balises noyées sous la fougèrebalisage continu, pas d’orientation à faire
Le restecouverture de survie, sifflet, gobelet, bande adhésiveprotection solaire, aucun couvert sur 25 kilomètres

Vérifier son équipement en une sortie

Le contrôle se fait sur le terrain, pas sur la table de la cuisine, et il tient en une sortie de deux heures un jour de pluie.

On charge le sac exactement comme le jour de la course, eau comprise, et on monte un raidillon connu. Quatre choses se vérifient toutes seules. La veste sort-elle du sac sans le vider, en courant, gants aux mains ? Le sac tient-il en place en descente au lieu de ballotter ? Puis trois cents mètres d’herbe mouillée en pente : les chaussures accrochent, ou il faut freiner de côté à chaque appui. Enfin la montre, quand le sentier disparaît sous la fougère : la trace s’affiche, ou elle est restée sur le téléphone.

Un sac qui passe ces quatre points est prêt. S’il échoue sur l’un d’eux, il échouera au même endroit le jour de la course, à ceci près qu’une barrière horaire attendra au kilomètre 14.