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Sphère blanche du radar sur la crête d'herbe rase de l'Artzamendi

L'Artzamendi, 926 mètres et une boule blanche entre Itxassou et Bidarray

9 min de lecture

L'Artzamendi culmine à 926 mètres sur la commune d'Itxassou, contre la frontière navarraise, et c'est le point le plus haut du Labourd. Sa boule blanche abrite un radar de l'aviation civile en service depuis 1996. Le col de Méhatché est à 716 mètres, une route goudronnée continue jusqu'en haut : il reste 210 mètres à monter, trois kilomètres aller-retour. Depuis Bidarray, la boucle fait 24 kilomètres pour 1 230 mètres de dénivelé et huit heures trente de marche.

Une sphère blanche posée sur une crête d’herbe rase, repérable depuis la plage d’Hendaye comme depuis la vallée de la Nive : l’Artzamendi se reconnaît avant qu’on sache son nom. Le sommet culmine à 926 mètres, sur la commune d’Itxassou, à quelques centaines de mètres de la frontière navarraise. C’est le point le plus haut du Labourd. C’est aussi l’un des rares sommets basques qu’une route goudronnée atteint jusqu’en haut, et ça change entièrement le calcul de la montée.

926 mètres, le point le plus haut du Labourd

Le sommet se tient à 43° 16′ 59″ N et 1° 24′ 30″ O, sur la ligne de crête qui sépare Itxassou de la vallée navarraise d’Aritzakun. Bidarray occupe le versant est, Itxassou le versant nord. La montagne ferme au sud le chapelet de collines du Labourd intérieur, celui qui part de l’Ursuya et passe par le Mondarrain.

Le nom se lit de deux façons. « Mendi » veut dire montagne en basque, là-dessus personne ne discute. Le premier élément est moins net : « hartz », l’ours, ou « artzain », le berger. Les deux lectures circulent depuis longtemps et aucune n’a pris le dessus. Les ours ont quitté le Labourd. Les brebis, non.

Du haut, la vue fait le tour complet. Au nord-ouest, la côte se déroule de Biarritz à Hendaye et l’océan occupe tout l’horizon. À l’est, les crêtes se relèvent par paliers jusqu’aux premiers hauts sommets pyrénéens, enneigés une partie de l’hiver. La Rhune et son train à crémaillère, 905 mètres, paraissent bas vu d’ici. Ils le sont, de vingt et un mètres. Deux tables d’orientation ont été posées près des bâtiments techniques.

La route du col de Méhatché, et jusqu’où elle monte

Depuis Itxassou, on prend la D249 puis la D349 en direction du Pas de Roland, la brèche ouverte dans le rocher au-dessus de la Nive. Au hameau de Laxia, la route qui suit le torrent continue tout droit ; celle du col part à gauche et grimpe aussitôt.

Ce qui suit demande de l’attention au volant. La chaussée fait la largeur d’une voiture sur de longues sections, sans accotement ni zone de dégagement régulière, avec des lacets serrés et des rampes qui atteignent 18 %. Croiser un autre véhicule oblige régulièrement l’un des deux à reculer sur plusieurs dizaines de mètres. Comptez une vingtaine de minutes depuis le Pas de Roland. Le revêtement, lui, est bon, refait sur les derniers kilomètres.

Le col de Méhatché, Mehatze en basque, se trouve à 716 mètres. Un parking de terre s’ouvre sur la droite, c’est le point de départ de presque toutes les marches du secteur. La route ne s’arrête pas là : elle continue jusqu’à la station du sommet, ce qui explique le surnom que les cyclistes ont donné à l’ascension, « l’enfer basque ». Depuis le pont sur la Latsa, côté Espelette, la montée mesure 14,2 kilomètres pour 817 mètres de dénivelé, 5,75 % de pente moyenne et 19 % au plus raide. Le kilomètre qui précède le plateau de Méhatché est celui que tout le monde retient.

Du col au sommet, la voie courte

Entre le col et le sommet, il reste 210 mètres à monter. Trois kilomètres aller-retour sur le goudron, sans difficulté d’orientation ni de terrain : c’est la voie la plus courte et de loin la plus fréquentée, une heure environ, chaussures de ville comprises si le sol est sec. Ce n’est pas de la belle randonnée. Ça donne le sommet à des gens qui ne montent nulle part ailleurs, et l’argument tient.

La boucle depuis le col vaut mieux : six kilomètres, 322 mètres de dénivelé positif, deux heures quarante. Elle emprunte la route vers le nord-est jusqu’en haut, puis redescend plein sud à travers les pâturages. Cette moitié-là n’est pas balisée. On passe près d’un petit ouvrage de captage d’eau, on récupère des lacets qui longent une borda, et on retrouve le GR10 pour revenir au col. Le point bas du circuit est à 598 mètres.

Le terrain de la descente tient en trois mots : herbe rase, sol meuble, quelques pierriers. Rien d’exposé, aucun pas d’escalade. Par brouillard, en revanche, l’absence de marquage se paie cher, parce que les pâturages se ressemblent tous et que la pente ne renseigne en rien sur la direction à prendre.

Départ Distance Dénivelé Durée
Col de Méhatché, aller-retour par la route 3 km 210 m 1 h
Col de Méhatché, en boucle 6 km 322 m 2 h 40
Bidarray, aller-retour 18 km 1 050 m 6 h 30
Bidarray, en boucle 24 km 1 230 m 8 h 30
Itxassou, boucle avec le Mondarrain 24,5 km 1 306 m 8 h 30

Depuis Bidarray, la boucle de la journée

Autre versant, autre exercice. Le départ se prend au parking du fronton de Bidarray, à 140 mètres d’altitude. La boucle complète fait 24 kilomètres pour 1 230 mètres de dénivelé positif et huit heures trente de marche. En aller-retour par le même itinéraire, on tombe à 18 kilomètres, 1 050 mètres et six heures trente.

Un arrêté municipal du 1er juin 2021 interdit le stationnement le long de la voie communale n° 7, entre le pont d’Infernuko Zubia et la ferme Bernatenea, riverains exceptés. Les départs avancés que décrivent les topos plus anciens ne sont donc plus accessibles en voiture, et la marche s’allonge de deux heures à deux heures trente. Une bonne partie des traces GPX qui circulent datent d’avant l’arrêté et donnent des chiffres faux.

On suit d’abord le GR10 vers l’ouest, huit cents mètres de route, puis une piste part au nord-ouest vers la ferme d’Arruxia. Un quart d’heure après le départ, la grotte d’Harpeko Saindua, « le saint de la grotte », s’ouvre à 375 mètres au bord du sentier : une concrétion à silhouette humaine, suintante, où l’on vient encore en pèlerinage. Viennent ensuite le col d’Espalza à 630 mètres, le col d’Artzatey à 666 mètres avec sa borne frontière, le Menditipikobizkarra à 872 mètres, puis le sommet. Le retour redescend par le col de Méhatché et le col des Veaux.

Le GR10 est balisé blanc et rouge sur la première moitié du parcours. Après, plusieurs portions se font hors sentier, et un passage un peu aérien surplombe un ravin sans que la marche y devienne technique pour autant. Les fougères posent le problème le plus concret : en juin elles montent à hauteur de poitrine, gardent l’humidité de la nuit et masquent les trous du sol.

Depuis Itxassou, l’enchaînement avec le Mondarrain

L’office de tourisme du Pays Basque balise en jaune, depuis le bourg d’Itxassou, une boucle qui prend les deux sommets : 24,5 kilomètres, 1 306 mètres de dénivelé, huit heures trente. Elle grimpe d’abord au pic du Mondarrain, 749 mètres, redescend, remonte à l’Artzamendi, et rentre par le Pas de Roland et les gorges de la Nive.

Le dénivelé cumulé dépasse celui de la boucle de Bidarray pour une distance à peu près égale, et la raison est simple : le tracé perd puis reprend beaucoup d’altitude entre les deux sommets. Sur la descente de l’Artzamendi, des sections rocheuses et roulantes obligent à poser les pieds au lieu de laisser courir. C’est là que se font les chevilles tordues.

Le GR10 traverse le secteur et fournit une autre entrée. L’étape d’Ainhoa au col des Veaux, 11,6 kilomètres pour 803 mètres de dénivelé et trois heures quinze, rejoint la route de la station d’Artzamendi et la suit sur environ un kilomètre jusqu’au col de Méhatché. L’aller-retour au sommet s’y greffe sans effort particulier, l’étape étant courte. Ceux qui poussent le même jour jusqu’à Bidarray comptent sept heures.

Le radôme, les meules et les cromlechs

La boule blanche abrite un radar de la direction générale de l’aviation civile, en service depuis 1996, qui affiche les vols du Sud-Ouest et de l’Ouest sur les écrans de contrôle. L’installation n’est pas née là. En 1963, une route est percée jusqu’au sommet ; en 1964, les services radioélectriques demandent à la commune la cession ou la location des onze hectares communaux du sommet, afin d’y bâtir en dur une station hertzienne, les essais menés sur la liaison France-Portugal ayant été concluants. Le téléphone entre les deux pays est passé par cette crête avant que les satellites ne reprennent le trafic.

Sous le sommet, le grès rose a été exploité à partir de 1771. On en a tiré des meules de moulin, des lauzes, des dalles, des linteaux, des pierres à aiguiser, des pierres de pressoir et des bornes. Les attelages de bœufs descendaient les pièces jusqu’à Cambo-les-Bains, d’où elles partaient vers les moulins de Bayonne et de Dax. Environ 150 meules restent sur le terrain, sur l’Artzamendi et le reste de la commune d’Itxassou, beaucoup inachevées, abandonnées à l’endroit précis où la pierre a cassé. Elles affleurent dans l’herbe et on marche dessus sans les voir.

Le col de Méhatché et le secteur d’Arluxeta portent des cromlechs, ces cercles de pierres basses posés à l’âge du bronze et du fer, accompagnés de tumulus. Ils se repèrent mal : quelques dizaines de centimètres au-dessus du sol, souvent noyés dans la fougère. Le col qu’on traverse en voiture pour aller marcher est aussi un cimetière de trois mille ans.

Quand y aller, et ce que le terrain réserve

L’automne tient la corde. Les fougères sont couchées, l’air est lavé, la route sèche, et la lumière rase donne au grès rose sa couleur. Le printemps offre des pentes vertes et des poulains. Juin est le pire mois pour les itinéraires longs, à cause des fougères hautes et mouillées et des tiques qu’elles abritent. L’été additionne la chaleur sur des crêtes sans un arbre et l’affluence sur une route où l’on ne se croise pas. En hiver, la neige et le verglas prennent la montée bien avant le col, sur une chaussée étroite et sans dégagement.

Aucun point d’eau potable sur les parcours, quel que soit l’itinéraire. Un litre et demi par personne au minimum, deux sur les boucles longues. Le vent souffle presque en permanence au sommet, y compris quand la vallée est immobile, et un coupe-vent sert même en juillet. Le brouillard remonte vite et avale la crête en quelques minutes ; sur les portions non balisées, ça devient un problème d’orientation, pas une déception de panorama.

Les pottoks pâturent en liberté sur toutes les pentes, les vaches betizu également. On ne les nourrit pas, on ne les approche pas, on contourne un troupeau qui barre le sentier. Au sud du col, les falaises des Peñas d’Itsusi abritent l’une des plus anciennes colonies de vautours fauves des Pyrénées, et le percnoptère y est observé sans y nicher. Le circuit qui y mène depuis le col de Méhatché fait 5,24 kilomètres pour 290 mètres de dénivelé, deux heures de marche, et longe des à-pic sans garde-corps. Avec des enfants, ce n’est pas le jour pour lâcher la main. Le reste du massif se marche comme n’importe quelle montagne basque : chaussures montantes, une carte, et de quoi se couvrir.