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Nature LandesPays Basque
Platelage de bois traversant les roseaux jusqu'à une cabane d'observation sur le marais

Le marais d'Orx, mille hectares de zone humide derrière la dune de Labenne

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Les sentiers du marais d'Orx sont ouverts en permanence et l'entrée ne coûte rien. La maison d'accueil, elle, ferme, et ses horaires changent trois fois dans l'année : c'est là qu'on loue une paire de jumelles pour 5 euros la demi-journée. Deux circuits partent du parking, 6,4 km aller-retour le long du Marais Barrage et ses quatre postes d'observation, 6 km aller-retour autour du Marais Burret, qui n'en compte aucun. Chiens et vélos restent à la voiture.

Le marais d’Orx occupe l’arrière d’un cordon dunaire, entre Labenne et l’autoroute, à vingt-cinq minutes de Bayonne. Le Conservatoire du littoral en possède 1 006 hectares ; 774 d’entre eux sont classés en réserve naturelle nationale depuis 1995. Sur le terrain, cela donne une cuvette de 3,5 kilomètres de long sur 1,5 de large, quatre casiers séparés par des digues, un peu plus de douze kilomètres de sentiers ouverts au public, et une station de pompage du Second Empire dont on peut monter le toit.

Ce que la visite coûte, et quand l’accueil est ouvert

Rien, pour l’essentiel. L’accès au circuit de visite, aux bâtiments d’accueil et aux expositions est gratuit, et les sentiers ne ferment pas : on peut y entrer à six heures du matin comme à la tombée de la nuit.

La maison Béziers, le bâtiment d’accueil au bout du parking, suit trois régimes horaires dans l’année. De novembre à mars, elle ouvre du lundi au vendredi de 14 h à 17 h, puis de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h les week-ends et pendant les vacances scolaires de la zone A. D’avril à juin, puis en septembre et en octobre, l’amplitude est la même tous les jours : 9 h à 12 h et 14 h à 17 h. En juillet et en août, elle passe à 9 h 30 - 13 h et 14 h - 18 h. Un garde y renseigne, une boutique et une exposition permanente occupent le rez-de-chaussée, un ascenseur mène au grenier de la mémoire sous la toiture.

C’est aussi le seul endroit où l’on trouve du matériel optique. Une paire de jumelles se loue 5 € la demi-journée, une longue-vue 10 €, pendant les heures d’ouverture uniquement. Les oiseaux se tiennent souvent à plusieurs centaines de mètres du sentier : sans rien pour grossir, une bonne partie de ce que le marais a à montrer reste hors de portée.

Les visites guidées durent 2 h 30 et sont conduites par les gardes, jumelles prêtées comprises. Comptez 10 € par adulte, 5 € pour les 6-16 ans, gratuit en dessous, et un forfait de 64 € jusqu’à huit personnes pour les groupes, puis 8 € par personne supplémentaire. La réservation passe par le 05 59 45 42 46. Carte bancaire et espèces, rien d’autre.

Deux circuits, quatre postes d’observation

Le circuit découverte du Marais Barrage part de la maison Béziers et fait 6,4 kilomètres aller-retour. Il alterne platelages en bois et digues. Le premier observatoire, celui des plumes, se trouve à cinq cents mètres du départ, au bout du marais pédagogique. Vient ensuite l’observatoire des pattes, posé à l’extrémité d’un platelage de trois cents mètres qui s’avance dans l’eau, puis celui des becs, orienté de façon à avoir le soleil dans le dos. Entre les trois cabanes, des palissades percées de meurtrières permettent de regarder sans se montrer.

Le quatrième poste n’est pas une cabane. Au bout du circuit, dans le secteur historique des pompes, une structure métallique montée sur le toit de la station de pompage porte une plateforme à dix mètres de hauteur. De là, on voit la quasi-totalité du site, les nids de cigogne compris. Beaucoup de descriptions du marais annoncent trois observatoires, d’autres quatre : les deux comptes sont exacts, selon qu’on inclut ou non cette tour.

Le circuit du Marais Burret prolonge le premier vers le nord et ajoute 6 kilomètres aller-retour. Même structure de digues, même canal de ceinture, même plan d’eau au centre, mais aucun aménagement d’observation : la végétation des berges sert de seul camouflage. Le plan d’eau est colonisé par les herbiers aquatiques, ce qui change la faune. Les grèbes huppés y nichent en nombre, les hérons pourprés y chassent, les libellules émergent sur les rives. Bouclé en entier, l’ensemble représente treize kilomètres et environ cinq heures de marche, pour cinq mètres de dénivelé cumulé.

Le marais nord ne s’ouvre qu’accompagné. La réserve y conduit une randonnée guidée de neuf kilomètres, trois heures et demie, quelques dates par an seulement.

Le premier tronçon, le platelage de cinq cents mètres, a été construit pour les fauteuils roulants. La réserve a depuis restreint cet accès au seul marais pédagogique, en amont de l’observatoire des plumes. Un fauteuil est prêté gratuitement à la maison d’accueil, aux heures d’ouverture.

Chien, vélo, et la règle d’été qui ferme les sentiers

La réserve se parcourt à pied. Les véhicules motorisés, les vélos, les trottinettes et les draisiennes sont interdits sur les sentiers, y compris poussés à la main. Des arceaux à vélos attendent près de la maison d’accueil. Les chiens ne sont pas admis, tenus en laisse ou non.

Sortir des sentiers balisés est également proscrit, et pour une raison qui se vérifie sur place : la faune du marais fuit à cent mètres. Les organisateurs de sorties collectives sont priés de prévenir l’accueil de leur date de venue, pour éviter de croiser une visite guidée sur le même platelage. L’encadrement payant, lui, reste réservé au gestionnaire de la réserve. Le stationnement de nuit et le camping sont interdits aux vans et aux camping-cars sur le parking, entre 22 h et 6 h.

Reste la contrainte qu’aucune plaquette n’anticipe. En été, la préfecture des Landes relève le niveau de vigilance feux de forêt et interdit alors la fréquentation des espaces boisés du département entre 14 h et 22 h. La réserve applique la mesure à son circuit de visite et l’affiche en tête de son site. Le 4 août 2026, le département est passé en vigilance orange, troisième niveau sur cinq, sur l’ensemble de son territoire. Une visite estivale se cale donc plutôt le matin, ce qui tombe bien pour l’observation.

Dernier point de prudence, la D71 traverse le marais et supporte un trafic réel. Elle ne se marche pas.

Quel oiseau à quelle période

Deux cent quarante-sept espèces d’oiseaux ont été recensées sur le site, dont cent trente-sept migratrices. Le marais dépasse le seuil de 1 % de la population mondiale pour cinq espèces d’oiseaux d’eau, ce qui lui a valu son inscription à la convention de Ramsar en octobre 2011.

La spatule blanche est l’emblème de la réserve, et sa reproduction sur place est confirmée depuis 2005. Elle passe deux fois par an : de février à avril pour la migration prénuptiale, de juillet à octobre pour la descente d’automne, avec un pic en septembre. Le Marais Barrage est le bon secteur, et les matins de septembre le bon créneau.

L’hiver concentre les gros effectifs. Les comptages menés par les gardes donnent la mesure : 1 660 grues cendrées réparties sur les deux dortoirs de la réserve le 18 décembre 2025, contre 979 deux semaines plus tôt. À la mi-janvier 2026, les vanneaux huppés dépassaient les 2 500 individus et les canards pilets atteignaient le seuil Ramsar. S’y ajoutent les oies cendrées, les souchets, les sarcelles d’hiver, les colverts.

Le balbuzard pêcheur fait l’objet d’un suivi scientifique de longue date, caméra à l’appui sur un nid. Les premiers reviennent d’Afrique de l’Ouest et de la péninsule Ibérique à la fin de l’hiver : neuf individus étaient présents au comptage du 26 mars 2025, et le mâle bagué U18 est rentré le 18 mars 2026. Les hérons pourprés arrivent à la même charnière, quand les hivernants repartent.

Le marais ne se limite pas aux oiseaux. La cistude d’Europe, le lézard vert et le vison d’Europe y vivent ; les deux premiers se laissent voir au soleil, sur les berges et les platelages, dès les beaux jours et parfois en plein hiver. Le périmètre compte par ailleurs 537 espèces végétales et près de 481 hectares de plans d’eau.

Pour comparer, le col d’Organbidexka donne à voir le même phénomène migratoire sous un autre angle, celui du passage en altitude : la page consacrée à l’observation des oiseaux migrateurs en Soule détaille les périodes de comptage. Plus au nord, la réserve naturelle du courant d’Huchet protège un milieu humide très différent, qui se visite en barque. Et le long de l’Adour, les barthes forment le second grand ensemble marécageux du secteur.

Comment on arrive au marais

L’adresse est celle de la maison Béziers, 1005 route du Marais, 40530 Labenne. Elle mérite d’être saisie en entier : les GPS envoient régulièrement les visiteurs sur des chemins agricoles qui ne mènent à aucune entrée. Un parking gratuit occupe l’entrée de la réserve, sans borne de recharge électrique ; les autocars stationnent au fond, le parking ayant une entrée et une sortie distinctes.

En voiture, comptez 25 minutes depuis Bayonne, 40 depuis Dax, 45 depuis Biarritz, 1 h 10 depuis Mont-de-Marsan et 2 heures depuis Bordeaux. L’aéroport de Biarritz est à 25 kilomètres.

Le train dépose plus près qu’on ne l’imagine. La gare de Labenne, sur les lignes Bayonne - Dax, se trouve à 3 kilomètres de la réserve, soit neuf minutes à vélo ou trente-cinq à quarante minutes à pied. Les arrêts de bus les plus proches sont au centre de Labenne, à la même distance.

À vélo, 2,5 kilomètres de pistes cyclables séparent le bourg de Labenne de la maison d’accueil. Le réseau se raccorde à la Vélodyssée, l’itinéraire cyclable qui longe toute la côte landaise. Le vélo s’arrête au parking : la suite se fait à pied.

Aucun ravitaillement n’existe sur le site. Eau, casse-croûte, chapeau et protection solaire se prennent au départ, d’autant que les digues n’offrent presque pas d’ombre. Des tables de pique-nique attendent près du secteur des pompes, au bout du premier circuit.

Pourquoi une station de pompage au milieu d’une réserve

Le marais s’est formé il y a environ trois millions d’années, quand un cordon dunaire a barré l’écoulement des eaux vers l’océan. Il en est resté un lac d’un millier d’hectares, entouré de cinq mille hectares de zones humides, et une réputation d’obstacle : Napoléon Ier, de passage à Labenne en 1808, décrète son assèchement aux frais de l’État.

Les travaux commencent vers 1840. En 1850, l’architecte qui donnera son nom à la maison Béziers acquiert les droits sur le site et le quadrille : sept kilomètres de rigoles, vingt kilomètres de canaux, quarante kilomètres de fossés. En 1863, sous le Second Empire, des pompes hydrauliques frappées de l’aigle impérial sont installées à l’initiative du comte Walewski. Le lac devient un polder d’un millier d’hectares, divisé en quatre casiers dont les noms servent encore à désigner les secteurs de la réserve.

La famille Coyola exploite ensuite le domaine à partir de 1913, pendant plus de cinquante ans. L’agriculture s’électrifie dans les années 1970, le maïs remplace le reste, puis les chocs pétroliers rendent le pompage impayable. L’exploitation s’arrête au début des années 1980 et l’eau reprend le terrain en quelques saisons.

Le Conservatoire du littoral rachète l’ensemble en 1989, avec le concours financier du WWF. Le classement en réserve naturelle nationale intervient par décret en 1995, sur 774 hectares. Le site rejoint le réseau Natura 2000, puis la liste Ramsar des zones humides d’importance internationale en 2011, sous le numéro 1955, pour 962 hectares.

Il reste de tout cela des vestiges bien visibles. Les pompes du Second Empire au bout du circuit découverte, les trois fermes napoléoniennes reconverties en gîtes, et au milieu de l’eau une construction trapue qui ressemble à un pigeonnier : une casemate allemande de la Seconde Guerre mondiale, ancien relais radio, dont les parcelles voisines supportaient les antennes. Les lacs landais qui s’échelonnent d’Hossegor à Léon racontent une histoire proche, celle d’un littoral où le sable a partout décidé où l’eau douce s’arrêterait.