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La villa Arnaga et son jardin à la française, à Cambo-les-Bains

Cambo-les-Bains, la Villa Arnaga et les thermes

12 min de lecture

Cambo tient en deux morceaux : un village basque en bas, un quartier thermal Belle Époque en haut. Entre les deux, la Villa Arnaga, le « poème de pierre et de verdure » qu'Edmond Rostand s'est fait bâtir à partir de 1903. Et une source sulfureuse, la seule du Pays Basque, exploitée depuis l'Antiquité. Deux villages, deux époques, un bourg qui ne ressemble à aucun autre du territoire.

Cambo-les-Bains ne ressemble à aucune autre commune du Pays Basque. Accrochée aux premiers contreforts des Pyrénées, la Nive qui serpente en contrebas, c'est la seule station thermale du territoire. Réduire le bourg à ses eaux sulfureuses serait pourtant passer à côté du reste. Le bourg abrite aussi l'une des demeures les plus curieuses du territoire, la Villa Arnaga, le « poème de pierre et de verdure » d'Edmond Rostand. Curistes en peignoir d'un côté, visiteurs venus pour l'architecture néo-basque de l'autre. Le rythme, lui, reste celui d'une villégiature d'un autre temps qui a survécu. Nous sommes venus plusieurs fois, à différentes saisons.

Cambo-les-Bains : une station thermale pas comme les autres

L'unique station thermale du Pays Basque

Entre l'océan et la montagne, Cambo est le seul endroit du Pays Basque où jaillissent des eaux thermales. La source Honorine sort du sol au bord de la Nive, dans un Pays Basque intérieur creusé de grottes et de rivières souterraines. Sa composition a été analysée dès le début du XVIIIe siècle, et le premier établissement de bains date de 1761 : c'est lui qui a fait d'un village pastoral une destination de cure.

Le bourg se divise en deux entités qui racontent cette histoire. Cambo-le-Bas, c'est le vieux quartier au bord de la Nive : maisons labourdines à colombages rouges, ruelles étroites, la gare. Cambo-le-Haut, c'est le quartier thermal, sorti de terre au début du XXe siècle. En montant vers les thermes, on quitte un Pays Basque immémorial pour un décor Belle Époque, avec ses villas néo-basques aux proportions généreuses, ses allées bordées d'hortensias, ses jardins à l'anglaise. Ce contraste architectural ne doit rien au hasard. À cette époque, le thermalisme devient mondain : l'aristocratie européenne vient « prendre les eaux » autant pour soigner ses rhumatismes que pour fuir la canicule parisienne.

Le climat a fait le reste. Protégée des vents d'ouest, douce presque comme la Méditerranée même en hiver, la commune a attiré des artistes et des intellectuels en quête de repos. Edmond Rostand est de ceux qui ne sont jamais vraiment repartis.

Les vertus des eaux sulfureuses

L'eau de Cambo sort à 22 degrés, sulfurée, sulfatée, calcique et magnésienne, avec du cuivre et du zinc à l'état de traces. Elle traite les affections rhumatologiques et les troubles des voies respiratoires, les deux orientations thérapeutiques agréées de la station, reconnue station climatique dès 1886. En pratique : arthrose, séquelles de traumatismes articulaires, bronchites chroniques, affections ORL récidivantes.

L'établissement thermal actuel, redessiné à la fin des années 1990, occupe un parc de 12 hectares qui descend en pente douce vers la Nive. On y vient pour des cures de trois semaines, prescrites par un médecin et partiellement remboursées. L'ambiance n'a rien de médicalisé. Les curistes marchent dans les allées ombragées, lisent sur les bancs face aux Pyrénées, papotent à la sortie des soins.

Un institut de beauté et de bien-être ouvre l'eau thermale à ceux qui ne suivent pas de cure. Massages, enveloppements, soins du visage à l'eau sulfureuse : de quoi passer une journée dans le parc sans ordonnance.

Venir pour une cure ou simplement découvrir

La cure classique dure trois semaines et suppose une prescription. Votre médecin traitant dira si vos pathologies relèvent des orientations thérapeutiques de Cambo. Quelle période choisir ? Mai-juin ou septembre-octobre : le climat tient, les jardins sont au mieux, et il reste du temps pour la région entre deux soins. Juillet-août, à éviter si possible. Les thermes restent ouverts, mais la région est saturée de vacanciers.

Sans être curiste, on peut visiter le parc thermal librement ou réserver un soin à la journée à l'institut. Le stationnement se fait sans difficulté à proximité. Pour déjeuner, restez sur le haut : la terrasse du Bellevue, boulevard des Terrasses, donne sur la vallée de la Nive, et on y a mangé une piperade qui nous a réconciliés avec ce plat trop souvent massacré dans les pièges à touristes.

Si vous logez dans le bourg, tout se fait à pied. Sinon, comptez 5 à 10 minutes de voiture entre la Villa Arnaga, le vieux village et les thermes.

La Villa Arnaga : le rêve basque d'Edmond Rostand

L'histoire d'un coup de foudre

Tout commence par une pleurésie, contractée pendant les répétitions de L'Aiglon, créé le 15 mars 1900 avec Sarah Bernhardt dans le rôle-titre. Edmond Rostand a 32 ans, Cyrano de Bergerac a triomphé trois ans plus tôt, il enchaîne les succès au théâtre, fréquente le Tout-Paris et vit à cent à l'heure. Sa santé fragile le rattrape. Son médecin lui ordonne du repos et un climat doux : direction Cambo-les-Bains.

Il loue la villa Etchegorria à l'automne 1900 et tombe amoureux du Pays Basque. La lumière qui change sur les montagnes, la douceur de l'air, le vert profond des pâturages, la vie locale au ralenti. Il guérit, rentre à Paris, et l'Académie française l'élit le 30 mai 1901, à trente-trois ans. C'est au sommet de sa gloire qu'il tranche : quitter la capitale et s'installer à Cambo pour de bon.

L'acte d'achat est signé le 15 juillet 1902 : 15 hectares sur un éperon face aux Pyrénées, au confluent de la Nive et du ruisseau Arraga, dont Rostand tire le nom d'Arnaga, « lieu de pierre » en basque. Le programme ? Un « petit Versailles basque », une demeure qui mêlerait l'architecture traditionnelle du Labourd et la grandeur d'un château français. L'architecte Albert Tournaire mène le chantier de 1903 à 1906, assisté du Bordelais Pierre Ferret. La famille emménage en juin 1906.

Architecture néo-basque : quand Versailles rencontre le Labourd

La première fois qu'on découvre la Villa Arnaga depuis l'allée d'accès, on est saisi par un sentiment d'étrangeté. La demeure est monumentale, avec ses façades blanches à colombages rouges : une ferme basque, mais en version XXL, comme si un enfant avait agrandi le modèle à l'échelle 300 %. Rostand et Tournaire ont donné là son manifeste au style néo-basque, apparu une dizaine d'années plus tôt, réinterprétation aristocratique de l'architecture vernaculaire.

Les proportions restent gigantesques pour une « maison de campagne ». Des galeries à arcades courent sur la façade, les étages avancent en encorbellement sur des pans de bois, et le toit à pans inégaux reprend celui des fermes labourdines, à une tout autre échelle. Tout est surdimensionné, théâtral, ce qui va bien à un homme qui vivait le monde comme une scène. Au-dessus de la porte d'entrée, une plaque porte ce quatrain de Rostand : « Toi qui viens partager notre lumière blonde et t'asseoir au festin des horizons changeants, n'entre qu'avec ton cœur, n'apporte rien du monde et ne raconte pas ce que disent les gens. »

L'anachronisme est assumé. Elle surgit au milieu de la campagne basque comme un manifeste, un rêve de pierre absent de tous les cahiers des charges d'alors. Le néo-basque a essaimé ensuite sur toute la côte, de Biarritz à Saint-Jean-de-Luz, jusqu'à devenir l'un des styles qui signent le Pays Basque du XXe siècle.

À l'intérieur : quarante pièces entre théâtre et intimité

Entrer dans la Villa Arnaga, c'est entrer dans le cerveau d'Edmond Rostand. Chacune des quarante pièces est un décor, et le style change à chaque porte. Le grand hall est traité à l'anglaise, avec la frise peinte par Gaston La Touche. La salle à manger joue le Louis XVI : faux marbres, miroirs dissimulés dans les volets, quatre médaillons en trompe-l'œil consacrés aux éléments. Le fumoir, lui, est chinois, comme la mode exotique de la Belle Époque le voulait.

Le bureau de Rostand serre la gorge davantage. Face à une fenêtre ouverte sur les Pyrénées, il y a écrit Chantecler, sa pièce sur le coq qui croit faire lever le soleil. Sa table de travail est là, ses manuscrits sous verre, des photos de famille. Le monument redevient une maison habitée.

La visite sort quelques trésors : le portrait à l'huile de Sarah Bernhardt en Aiglon, accroché dans le bureau, l'épée qu'elle portait dans le rôle, la robe de Roxane dessinée par Christian Lacroix, le César de Gérard Depardieu pour Cyrano de Bergerac. Le musée n'a rien de froid. Les cartels racontent l'humour de Rostand et ses amitiés célèbres.

Un conseil : prenez la visite guidée. Les guides connaissent mille histoires qui ne figurent sur aucun panneau. Ils font revivre Rostand, sa famille, l'époque où Arnaga recevait le Tout-Paris en villégiature basque. Comptez une bonne heure pour l'intérieur, sans se presser.

Les jardins : quinze hectares et deux partis pris

L'intérieur impressionne, les jardins d'Arnaga emportent tout. Rostand les a composés en deux volets qui se tournent le dos : à l'est, tout au cordeau ; à l'ouest, tout en désordre calculé.

Côté est, sur tout le plateau, s'étend le jardin à la française : parterres géométriques dessinés au cordeau, topiaires taillées au millimètre, miroir d'eau et canal qui file vers un grand bassin à jets. Versailles à échelle humaine. Nous y avons traîné longtemps, au printemps, depuis la terrasse surélevée qui domine l'ensemble et tient la perspective jusqu'à la montagne.

Derrière la maison, côté ouest, le jardin à l'anglaise prend le contre-pied : allées sinueuses, pelouses, bosquets d'azalées et de rhododendrons sous de grands arbres. C'est le jardin des promenades rêveuses, celui où l'on s'égare volontairement.

Le domaine a compté aussi une roseraie, un potager, un verger et des vignes. Ils ont disparu, et les jardiniers ont replanté à l'identique ce qui pouvait l'être : les broderies de buis devant la terrasse est, les pelouses en spirale, les vases de métal couverts de lierre.

Reste la pergola à colonnade qui ferme le jardin régulier, couverte de glycines, point d'orgue de la visite. En mai, les grappes mauves pendent au point de faire disparaître les colonnes. On a eu la chance de la voir à cette période, et on comprend qu'elle soit l'un des décors les plus photographiés du Pays Basque.

Depuis la pergola et la terrasse haute, la vue file sur la Rhune, la montagne qui ferme l'horizon. Le domaine porte les labels Jardin remarquable et Arbres remarquables de France. L'été, des concerts et des représentations théâtrales animent les jardins. Du Rostand, souvent.

Comptez au moins 1h30 pour la villa et les jardins. C'est aussi la durée que recommande le musée. Mieux : venez en fin d'après-midi, quand la lumière devient dorée et que l'air se calme. La billetterie ferme une heure avant le site, ce qui fixe l'heure limite d'arrivée.

Organiser sa visite : conseils pratiques

Horaires, tarifs et meilleures périodes

La Villa Arnaga ferme pendant tout l'hiver. La saison s'ouvre le 1er avril et se termine dans les premiers jours de novembre, avec une fermeture hebdomadaire le lundi. En juillet et en août, la villa ouvre à 10h du mardi au dimanche ; le reste de la saison, à 11h en semaine et à 10h le week-end. Le site officiel publie la grille à jour d'une année sur l'autre.

La grille comprend un plein tarif adulte, des tarifs réduits pour les 12-18 ans, les étudiants, les demandeurs d'emploi et les visiteurs handicapés, un tarif enfant à partir de sept ans et la gratuité en dessous. Un billet jardins seuls existe aussi. La billetterie en ligne évite la queue en haute saison.

Le meilleur moment ? Mai-juin, sans hésiter : les jardins sont en pleine floraison, les glycines de la pergola et les azalées du jardin anglais ensemble, et la fréquentation reste modérée. Septembre tient la comparaison, avec ses lumières dorées et les premières couleurs d'automne dans le jardin à l'anglaise. Juillet-août offre un spectacle végétal somptueux, mais il y a du monde. Dans ce cas, arrivez dès l'ouverture le matin.

Combiner thermes et villa : une journée idéale à Cambo

Notre journée type à Cambo-les-Bains tient en quatre temps.

Matinée à la Villa Arnaga : arrivez à l'ouverture, quand la lumière du matin prend les jardins de biais. L'intérieur d'abord, comptez 1h avec la visite guidée, les jardins ensuite. Vous ressortez deux heures plus tard.

Déjeuner dans le bourg : autour de la mairie et de l'église, quelques adresses servent une cuisine du terroir loin des formules touristiques. Les terrasses sont ombragées, l'ambiance paisible, et on y croise autant de curistes en balade que d'habitants.

Après-midi détente aux thermes : si vous avez réservé un soin à l'institut thermal, c'est le moment. Sinon, le parc de l'établissement se promène librement, 12 hectares, un banc face aux Pyrénées, du calme et de la verdure. L'entrée est gratuite, et c'est l'un des plus beaux parcs de la région.

Fin d'après-midi dans le vieux bourg : vers 17h-18h, poussez la porte de l'église Saint-Laurent et de ses galeries de bois sculpté, datées de 1609. Le jardin qui l'entoure ouvre sur la vallée de la Nive et sur le quartier du Bas Cambo, en contrebas, où les maisons labourdines racontent le Pays Basque d'avant la station thermale. Si vous restez plusieurs jours dans la région, profitez-en pour explorer les villages voisins : Espelette est à 6 km, la Bastide-Clairence et ses maisons blanches à colombages rouges à une vingtaine de kilomètres. Vers Hasparren, la vallée de la Nive ouvre encore d'autres paysages.

Cette combinaison tient les deux fils du bourg : le patrimoine et le bien-être. On saisit ce qui a retenu Rostand ici. Rien n'est loin : 5 à 10 minutes de voiture entre les points d'intérêt, aucun trajet qui fatigue.

Ce qu'on a aimé, et les quelques réserves

Nous avons visité la Villa Arnaga à plusieurs reprises, et il y a toujours un détail qui surprend. L'échelle de la demeure, d'abord : on s'attend à une grande maison, on découvre un château. Les pièces intimes comme le bureau de Rostand serrent le cœur, on y sent l'écrivain, ses rêves et ses angoisses. Et les jardins en fin de journée, quand la lumière rasante fait ressortir tous les reliefs des topiaires, sont ce qu'on garde en mémoire.

Deux ou trois points pratiques. La villa est un musée : le pique-nique est interdit dans les jardins, ce qui déçoit parfois les familles. En haute saison, la visite devient dense, avec beaucoup d'informations d'un coup ; prenez votre temps et laissez tomber l'idée de tout retenir. Ce qui compte, c'est l'atmosphère du lieu, et de comprendre pourquoi Rostand a passé ici ses années les plus heureuses.

Ne sautez pas le vieux Cambo après la villa. C'est dans le Bas Cambo, avec ses maisons labourdines et ses ruelles tranquilles, qu'on retrouve le Pays Basque d'avant Rostand, celui qui continue sa vie quotidienne loin de l'agitation touristique. Le contraste entre les deux Cambo fait l'identité du bourg : une station thermale Belle Époque greffée sur un village pastoral basque, sans que l'un ait jamais effacé l'autre.

Site Temps de visite recommandé Meilleure période Ce qu'on a préféré
Villa Arnaga (intérieur) 1h à 1h30 Toute saison d'ouverture Le bureau de Rostand face aux Pyrénées
Jardins d'Arnaga 45 min à 1h Mai-juin (floraisons) La pergola de glycines en mai
Parc thermal 30 min à 1h Septembre-octobre (calme) La vue sur les Pyrénées depuis les terrasses
Vieux Cambo 30 min Toute l'année Les ruelles tranquilles loin de l'agitation

Cambo-les-Bains demande une journée complète, au minimum. Le village ne se traverse pas en coup de vent. On y prend le temps : celui d'une cure, d'une visite, d'une pause dans un parcours plus vaste. Rostand a habité Arnaga de 1906 à sa mort, en 1918. Un siècle plus tard, ce qui l'a retenu tient toujours, quelque part entre les allées de la Villa Arnaga et les vapeurs des thermes, entre les montagnes et la vallée de la Nive.