Le Pays Basque et les Landes, côté terrainBayonne · Biarritz · Dax · Saint-Jean-de-Luz
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Le rocher de la Vierge et sa passerelle de fer, à Biarritz

Biarritz, de ville impériale à capitale du surf

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Des palaces Belle Époque d'un côté, des planches de surf de l'autre. Biarritz a d'abord été un port de pêche basque, avant qu'une impératrice espagnole n'y installe sa résidence d'été et n'y attire toute l'aristocratie européenne. Un siècle plus tard, en 1956, un scénariste américain y posait la première planche. Récit d'une ville qui a changé deux fois de vie.

Sur la Grande Plage, les façades des palaces Belle Époque regardent l'océan pendant que des surfeurs en néoprène guettent la houle depuis l'aube. Biarritz porte deux histoires qui n'avaient aucune raison de se croiser. Une impératrice espagnole a fait d'un petit port basque une station mondaine, et des Californiens armés de planches ont réinventé la ville un siècle plus tard. Récit de cette métamorphose, des falaises de pêcheurs aux spots où le surf français est né.

Le village de pêcheurs avant la métamorphose impériale

La Biarritz des origines, entre océan et tradition basque

Un village blanc accroché aux falaises, 1 500 âmes dans les années 1840, qui vivent au rythme de l'océan. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, Biarritz reste un modeste port basque tourné vers la pêche à la baleine, pratiquée depuis le Moyen Âge et abandonnée au XVIIe siècle une fois les ressources épuisées. Les maisons de pierre aux contrevents verts s'alignent le long des ruelles qui descendent vers le Port Vieux. Le goudron, les embruns, les filets qui sèchent sur les façades. La vie s'organise autour de l'église Saint-Martin, bâtie au XIIe siècle et remaniée en 1541.

L'économie tient de la survie. Les pêcheurs se reconvertissent dans les guérites de plage et le sauvetage, pour les premiers établissements de bains de mer. Le territoire reste à l'écart des grandes routes commerciales, ce qui lui conserve sa langue et ses usages. Les falaises calcaires jaune-ocre, formées il y a des dizaines de millions d'années, tombent dans l'Atlantique sans transition. Rien n'annonce ce qui va suivre.

Victor Hugo et les premiers récits d'un littoral sauvage

Victor Hugo pose les premiers mots sur ce paysage. Lors de son passage en 1843, il décrit « ce village blanc à toits roux et à contrevents verts posé sur des croupes de gazon ». Les récits de voyageurs attirent l'attention sur la côte basque, à une époque où le tourisme balnéaire commence à peine en France.

Le littoral biarrot a de quoi séduire : du sable fin, un climat tempéré, une lumière atlantique particulière. Il faudra pourtant l'entêtement d'une femme pour que le village bascule. Une Espagnole qui n'a jamais oublié ses étés d'enfance sur cette côte.

L'impératrice Eugénie et la naissance d'une station impériale

Eugénie de Montijo et ses souvenirs d'enfance basque

Quand Eugénie de Montijo épouse Napoléon III, le 30 janvier 1853, cette noble espagnole garde de la côte basque une nostalgie tenace. Elle l'a découverte enfant, à partir de 1835, lors de séjours à Biarritz avec sa mère, la comtesse de Montijo. Les bains de mer, encore une nouveauté à l'époque, l'avaient marquée. De ce souvenir naît un projet : une résidence impériale face à l'Atlantique.

Son attachement au Pays Basque ne tient pas du caprice aristocratique : elle aime ce littoral, la culture locale, la lumière qui baigne ces paysages. Quand elle convainc l'empereur de choisir Biarritz pour villégiature, elle ne sait pas encore qu'elle va faire d'un village de pêcheurs la capitale européenne de l'élégance balnéaire.

La Villa Eugénie et l'afflux de l'aristocratie européenne

Le couple impérial achète des dunes au nord de la Grande Plage en 1854, et la Villa Eugénie y est livrée l'année suivante. Cette résidence impériale face à l'océan change la destinée du village du jour au lendemain. Napoléon III et Eugénie y reviennent chaque été jusqu'en 1868, et Biarritz devient le point de ralliement de l'aristocratie européenne : diplomates, têtes couronnées, industriels fortunés viennent chercher la faveur du régime.

La mutation va vite. Des villas élégantes poussent sur les hauteurs, des hôtels de luxe ouvrent, des promenades sont tracées le long de la côte. Le port de pêche devient une station mondaine où l'on prend les bains de mer, alors considérés comme un traitement médical. La Villa Eugénie s'appelle aujourd'hui Hôtel du Palais. Un incendie l'a ravagée en 1903, et elle a été relevée deux ans plus tard en brique rouge et pierre blanche.

L'arrivée du chemin de fer et l'essor de la Belle Époque

Le chemin de fer fait le reste. La ligne de Bayonne à Irun ouvre le 21 avril 1864, avec une halte à La Négresse, à trois kilomètres du centre. La station devient la villégiature préférée de la haute société française et européenne. Les architectes s'en donnent à cœur joie : casinos aux grandes baies vitrées, palaces, villas aux styles mélangés se succèdent le long du littoral.

La ville gagne son surnom de « Reine des Plages » et rivalise avec Nice ou Deauville. Un art de vivre mondain s'installe, avec ses promenades quotidiennes sur les planches, ses thés dansants, ses soirées au casino et ses bains de mer ritualisés. L'héritage architectural de ces années dessine encore le visage de la ville. Une autre révolution attend, océanique celle-là.

L'été où les premières vagues ont été prises

Peter Viertel et le tournage qui a tout changé

Septembre 1956. Une équipe de cinéma américaine débarque à Biarritz pour tourner « Le Soleil se lève aussi », adapté du roman d'Hemingway. Dans l'équipe, Peter Viertel, scénariste installé en Californie, s'est fait envoyer une planche des États-Unis. Entre deux prises, il regarde l'océan depuis la Côte des Basques. Ce qu'il voit l'électrise : des vagues longues qui déroulent avec une régularité rare.

Ses premières sessions intriguent les Biarrots. Il tombe, se relève, glisse trois secondes sur les rouleaux atlantiques. Personne ne comprend ce qu'il fabrique. Mais l'image reste. Viertel repart pour Hollywood en laissant sa planche sur place, cassée sur les rochers de la Côte des Basques. Ce détail va déclencher la naissance du surf français.

Georges Hennebutte, premier surfeur français

La planche abîmée atterrit dans l'atelier de Georges Hennebutte, artisan biarrot familier des stratifiés, surnommé « Géo Trouvetout ». Il la répare et en relève les mensurations exactes, chaque courbe, chaque épaisseur. Ces relevés serviront à fabriquer les premières planches françaises. Avant ça, Hennebutte essaie l'objet réparé et devient le premier Français à surfer les vagues de la Côte des Basques.

La culture surf californienne rencontre le tempérament basque. Hennebutte ne se contente pas de surfer : il bidouille, il modifie, il recommence. En 1958, il met au point le leash, cette attache qui relie la planche à la cheville du surfeur. Il ne dépose pas de brevet. Pour l'instant, il faut convaincre d'autres Biarrots de se jeter à l'eau.

La génération des pionniers et l'enracinement du surf

Les « Tontons Surfeurs » et les premières planches françaises

L'été 1957, quatre hommes se retrouvent régulièrement sur la Côte des Basques : Peter Viertel, revenu à Biarritz, Georges Hennebutte, Jacky Rott et Joël de Rosnay. Ces pionniers fondent le surf français et fabriquent à la main, l'hiver suivant, les premières planches françaises, en contreplaqué puis en balsa, dans des ateliers de fortune. On adapte les techniques californiennes aux vagues atlantiques, on essaie avec ce qu'on trouve sur place, on rate, on recommence.

Ces « Tontons Surfeurs », comme on les appellera plus tard, ne courent pas après la gloire. Ils surfent, c'est tout. Chaque session ressemble à une exploration, chaque vague prise à une victoire. Ils font de la Côte des Basques leur laboratoire. Ils échangent leurs trouvailles, se transmettent les gestes, inventent les premières règles de priorité sur les vagues. Une petite communauté se forme.

La création du premier surf-club de France

Le Waïkiki Surf-Club ouvre le 16 septembre 1959, premier club de surf français. Lamarque, Barland, Plumcocq et Etchepare le fondent et donnent un cadre à une pratique jusque-là informelle. On s'organise pour partager les spots, on transmet les techniques aux nouveaux venus, on fabrique le matériel à plusieurs. La Côte des Basques devient le cœur de cette culture naissante.

L'esprit du club suit celui des pionniers : pas de compétition acharnée, plutôt le plaisir de glisser ensemble. On se retrouve à l'aube pour les meilleures conditions, on surveille la météo, on apprend à lire l'océan comme les vieux pêcheurs basques savaient le faire. Le surf s'enracine dans le territoire, et il va bientôt changer l'image de Biarritz.

Quand deux cultures apprennent à cohabiter

Le choc entre l'élégance aristocratique et la culture surf

D'un côté, les estivants en tenue de plage chic prennent le thé sur les terrasses des palaces. De l'autre, des garçons en maillot de bain usé traînent d'étranges planches vers l'eau. La rencontre des deux mondes se passe mal. Les codes bourgeois de la station se heurtent à une culture jeune, décontractée, qui ne respecte aucune convention.

Les regards perplexes, parfois hostiles, des habitués en disent long. Comment cette activité bruyante, physique, presque sauvage, aurait-elle sa place dans l'élégance feutrée de la « Reine des Plages » ? Les deux camps finissent pourtant par se découvrir une passion commune : l'océan Atlantique, sa puissance, ses humeurs.

La transformation progressive de l'identité biarrote

Au fil des décennies, Biarritz absorbe le surf sans renier son héritage impérial. Cette double identité devient sa marque sur la carte du tourisme européen. Les palaces Belle Époque font face aux spots de vagues, les combinaisons néoprène croisent les tenues habillées sur la promenade de la Grande Plage, et plus personne ne s'en étonne.

La ville a fait dialoguer ses différentes couches d'histoire au lieu d'en choisir une. Les shapers façonnent leurs planches à quelques rues des monuments classés. Cette proximité géographique résume assez bien la singularité biarrote.

Biarritz aujourd'hui, entre mémoire et océan

Les lieux de mémoire de l'époque impériale

Pour comprendre le Biarritz aristocratique, il faut marcher. L'Hôtel du Palais, ancienne Villa Eugénie, domine la Grande Plage de ses façades de brique rouge. Le Casino municipal et ses baies vitrées Art déco, le phare de la pointe Saint-Martin qui sépare les falaises escarpées des plages immenses, les villas Belle Époque aux architectures mélangées : ces monuments racontent la métamorphose impériale.

Monument Date À ne pas manquer
Hôtel du Palais 1855, reconstruit en 1905 Façade face à l'océan, salons historiques
Casino municipal 1929 Architecture Art déco, baies vitrées
Phare Saint-Martin Allumé en 1834 Vue panoramique sur la côte
Église Saint-Martin XIIe siècle, remaniée en 1541 Témoignage du village originel

Un parcours à pied relie ces sites, en longeant la côte du phare jusqu'au Port Vieux. Chaque bâtiment ouvre sur une strate d'histoire, une époque où Biarritz recevait les têtes couronnées d'Europe. Cette architecture n'a rien de muséal. Elle est habitée, fréquentée, mêlée au quotidien de la ville.

Les spots de surf qui ont fait l'histoire

La Côte des Basques reste le berceau, là où Peter Viertel a surfé les premières vagues françaises. Cette plage coincée entre les falaises se surfe de la marée basse à la mi-marée. À marée haute, l'eau vient buter contre la falaise, le sable disparaît et la sortie de l'eau devient délicate. La Grande Plage, face aux palaces, accueille une pratique plus familiale et touristique. Marbella, un peu au sud, attire les surfeurs confirmés qui cherchent des vagues creuses. Milady, encore plus au sud, reste surveillée l'été et ouverte à tous les niveaux.

  • Côte des Basques : le spot historique, idéal pour apprendre à marée basse
  • Grande Plage : accessible et centrale, parfaite pour observer la scène surf
  • Marbella : vagues puissantes, réservée aux surfeurs expérimentés
  • Milady : surveillée l'été, praticable en famille comme à l'apprentissage

La géographie du surf se prolonge vers les plages d'Anglet, en une continuité de spots. Chaque plage a son caractère, ses habitués, ses horaires. Pour regarder les sessions sans entrer dans l'eau, les gradins de la Côte des Basques à l'aube font le meilleur poste d'observation.

La culture surf ancrée dans le quotidien

Le surf se pratique ici tous les jours, et il se transmet de génération en génération. Les écoles accueillent les débutants, les shapers locaux entretiennent un artisanat exigeant autour de la fabrication des planches, les événements rythment les saisons sans virer à la foire commerciale.

La Cité de l'Océan, ouverte en 2011 au sud de la ville, raconte le rapport des Basques à l'Atlantique, de la pêche ancienne aux débuts de la glisse. Plus au nord, Hossegor prolonge cette culture sur la côte landaise. Reste que le meilleur moyen de saisir cette culture, c'est de traîner dans les cafés fréquentés par les surfeurs locaux, de regarder les sessions du matin et d'écouter les conversations, qui reviennent toujours à la météo et à la prochaine houle.

Vivre l'expérience biarrote au fil des saisons

Quand venir pour éviter la foule

Soyons francs : août n'est pas le bon mois. Les plages sont saturées, les restaurants doublent leurs prix, et se garer tient de l'exploit. Septembre et octobre valent mieux. Le climat reste doux, l'océan garde une température acceptable, la fréquentation redescend. C'est aussi le moment où les surfeurs locaux reprennent possession de leurs spots.

Le printemps offre un autre visage de la ville. La nature se réveille, les sessions repartent après l'hiver, la lumière atlantique retrouve sa douceur. Les halles se remplissent de produits frais, les terrasses aussi, sans être bondées. L'automne reste le secret le mieux gardé des habitués.

Au-delà des clichés

Pour toucher à cette double identité biarrote, il vaut mieux sortir des parcours balisés. Levez-vous à l'aube et installez-vous sur les gradins de la Côte des Basques : les premières sessions se déroulent pendant que la ville dort encore. Déjeunez là où les locaux déjeunent, pas dans les établissements à cartes plastifiées face à la mer.

Visitez les halles un matin de marché. Longez la côte à pied, du phare jusqu'au Port Vieux, sans presser le pas. Arrêtez-vous pour regarder les surfeurs depuis les différents points de vue. Ces moments-là disent l'esprit du territoire mieux que n'importe quel itinéraire Instagram. Biarritz se mérite : il faut ralentir, observer, laisser le lieu se découvrir. C'est là qu'on comprend pourquoi une impératrice espagnole et des surfeurs californiens sont tombés amoureux du même endroit.