Le Pays Basque et les Landes, côté terrainBayonne · Biarritz · Dax · Saint-Jean-de-Luz
Nature LandesPays Basque
Rue pavée de grès rose et porte fortifiée de Saint-Jean-Pied-de-Port

Saint-Jean-Pied-de-Port, dernière halte avant Compostelle

12 min de lecture

On franchit la porte Saint-Jacques, on remonte la rue pavée, et les sacs à dos s'alignent contre le grès rose. L'euskara des enseignes croise le coréen, l'allemand, le portugais. Demain, ce seront les Pyrénées et Roncevaux. Ce soir, la cité fortifiée sert à préparer le corps et la tête, là où trois des quatre chemins français se rejoignent avant l'Espagne.

On passe la porte Saint-Jacques, on remonte la rue pavée, et le ton change. Les sacs à dos s'appuient contre les façades de grès rose. Les enseignes en euskara croisent des conversations en coréen, en allemand, en portugais. Demain, la montagne, les Pyrénées, Roncevaux. Ce soir, on prend le temps. Saint-Jean-Pied-de-Port sert à plus qu'à dormir : on y mesure ce qui attend, on y prépare le corps et la tête, et trois des quatre chemins français s'y rejoignent avant l'Espagne. Dernière étape française, cette cité fortifiée au pied des Pyrénées se visite plutôt qu'elle ne se traverse.

Pourquoi Saint-Jean-Pied-de-Port est une étape à part

La confluence des chemins français

Trois grandes voies jacquaires françaises se rejoignent ici. La Via Podiensis (GR65) arrive du Puy-en-Velay après plus de 700 kilomètres ; la Voie de Vézelay a traversé le Limousin et le Périgord ; celle de Tours a longé la Loire avant de bifurquer vers le sud-ouest. Leur jonction se fait à Ostabat, quelques étapes en amont, et tout descend ensuite vers Saint-Jean. Depuis le Moyen Âge, la cité navarraise est le dernier point de rassemblement avant la traversée des Pyrénées. C'est de là que part officiellement le Camino Francés, et beaucoup de marcheurs commencent là plutôt qu'ailleurs. Des dizaines de milliers franchissent chaque année la porte Saint-Jacques, venus des cinq continents.

Un village basque chargé d'histoire

Fondée à la fin du XIIe siècle, la ville doit son existence à sa position : au croisement des vallées basques, au pied du passage vers l'Espagne. Ancienne capitale de la Basse-Navarre, elle a longtemps tenu un rôle défensif. Ça se voit encore. Ses quatre portes ogivales sont debout : la porte Saint-Jacques par laquelle arrivent les pèlerins, la porte Notre-Dame sous le clocher de l'église, la porte de Navarre qui ouvrait sur le marché médiéval, la porte de France. La citadelle, élevée dans les années 1620 puis remaniée après le passage de Vauban en 1685, domine la ville et rappelle la même vocation militaire. Le reste tient à l'architecture, d'une cohérence rare : les maisons de grès rose et blanc aux colombages sombres, les linteaux sculptés, les balcons en bois au-dessus de la Nive. On entend parler euskara au marché, les pelotaris s'entraînent au fronton, et la même rue accueille le monde entier venu marcher.

Préparer son départ depuis Saint-Jean-Pied-de-Port

Obtenir sa credencial et son premier tampon

Au 39 de la rue de la Citadelle, les Amis du Chemin de Saint-Jacques tiennent la permanence. C'est là qu'on obtient ou qu'on fait valider sa credencial, le passeport du pèlerin qui ouvre les auberges et donne droit à la Compostela à l'arrivée. L'accueil est multilingue. On y reçoit des conseils sur l'étape vers Roncevaux, la météo du jour, une orientation selon ce que vaut votre condition physique, et un coup de main pour trouver un lit si vous arrivez sans rien de réservé. En haute saison, la file s'allonge : venir en début de matinée épargne l'attente. Le premier tampon dans le carnet tient du rituel. Beaucoup ressortent de là avec des papillons dans le ventre.

Vérifier son équipement et se ravitailler

Saint-Jean-Pied-de-Port est la dernière ville vraiment équipée avant Pampelune. Pharmacies pour les pansements et la crème solaire, magasins de sport pour ce qu'on a oublié, épiceries et supermarchés pour les provisions : les ajustements de dernière minute se font tous ici. Comptez 1,5 à 2 litres d'eau minimum pour l'étape de Roncevaux, plus des fruits secs et des barres énergétiques, de quoi grignoter pendant la montée. Les pavés de la rue de la Citadelle servent aussi de test : si le sac pèse déjà sur du plat, il pèsera autrement avec 1400 mètres de dénivelé. Enlevez le superflu. Vérifiez que les chaussures sont rodées, surtout pas de chaussures neuves, et que les bâtons de marche tiennent. Les boulangeries font des sandwichs pour le pique-nique du lendemain, à commander la veille au soir.

Choisir son hébergement pour bien récupérer

Sans réservation, l'hébergement tourne à la loterie. En haute saison, la ville couche des centaines de pèlerins chaque soir. Il y a des auberges de pèlerins de grande capacité, parfois 50 lits ou plus, des gîtes plus petits, des chambres d'hôtes, des hôtels. Sommeil léger et dortoir immense : mauvais accord. Les ronflements, les sacs qu'on prépare à 5h du matin et les conversations nocturnes suffisent à gâcher la nuit qui précède la montée. Certaines adresses ont une réputation d'accueil, et les Amis du Chemin comme les pèlerins croisés en amont les connaissent. Réserver quelques jours à l'avance règle la question.

Que voir et vivre à Saint-Jean-Pied-de-Port

La rue de la Citadelle et ses échoppes

L'artère pavée descend de la porte Saint-Jacques jusqu'à l'église et au pont, et toute l'animation jacquaire tient dedans. Boutiques de souvenirs avec coquilles Saint-Jacques, bâtons de marche et guides, magasins de produits basques (linge, espadrilles, conserves de piment), ateliers d'artisans locaux. Le défilé vaut le spectacle : des Américains en chapeau de cowboy équipés comme pour l'Everest, des Coréens qui photographient chaque façade, des Allemands en groupe qui comparent leurs itinéraires. Les langues du monde se mêlent aux enseignes en euskara. En levant les yeux, on trouve les linteaux sculptés des portes anciennes, les inscriptions en basque sur les façades, les balcons en bois chargés de géraniums. La rue dit assez bien la double identité de la ville, basque jusqu'à l'os et internationale par la force des choses. C'est le début d'un brassage qui vous suivra jusqu'à Santiago.

Le vieux pont et les berges de la Nive

Le vieux pont qui enjambe la Nive est l'endroit le plus photographié de la ville. Depuis ses arches de pierre, on voit les maisons à colombages qui bordent la rivière, façades blanches et rouges reflétées dans l'eau verte. C'est là que les pèlerins se font tirer le portrait, sac au dos, avant le grand départ. Les berges, elles, restent calmes quand la rue de la Citadelle s'agite. Au coucher du soleil, la lumière rosit le grès. On s'assoit, on regarde l'eau couler, on se dit que demain c'est la montagne. Cette pause-là compte autant que le reste.

L'église Notre-Dame-du-Bout-du-Pont et ses traditions

Au pied du clocher qui abrite la porte Notre-Dame, cette église gothique du XIIIe siècle voit passer presque tous les pèlerins. L'intérieur est sobre : vitraux colorés, retable doré, silence. Certains soirs, une bénédiction des pèlerins y est donnée. Même sans cérémonie, beaucoup entrent allumer une bougie ou s'asseoir quelques minutes. Des sacs à dos appuyés contre les bancs, des silences en plusieurs langues, une solidarité qui ne se dit pas : croyant ou non, le passage par l'église marque le départ mieux qu'un tampon.

L'étape vers Roncevaux

Deux itinéraires, deux ambiances

Deux chemins mènent à Roncevaux depuis Saint-Jean-Pied-de-Port, et ils ne se ressemblent pas :

Itinéraire Distance Dénivelé Caractéristiques
Route de Napoléon 25 km +1400 m Chemin historique panoramique via le col de Bentarte et le plateau d'Orisson. Spectaculaire mais exigeant. Pas d'ombre, exposition au vent. La route haute est interdite du 1er novembre au 31 mars par arrêté du gouvernement de Navarre.
Vallée de Valcarlos 24 km +1100 m Suit la D933 par Arnéguy puis la N-135 côté espagnol, avec des portions de sentier forestier. Plus ombragé, moins de dénivelé. Seul itinéraire autorisé du 1er novembre au 31 mars, moins spectaculaire mais beau.

Le reste de l'année, la météo et la condition physique décident. Les Amis du Chemin donnent leur avis la veille, en fonction des conditions du moment. Brouillard, vent violent ou neige : la Vallée de Valcarlos s'impose, pour des raisons de sécurité.

Préparer la montée : conseils pratiques

La Route de Napoléon passe pour l'une des étapes les plus difficiles du Camino Francés. Partez très tôt, avant 7h en été, pour éviter la chaleur. Prévoyez 1,5 à 2 litres d'eau minimum, les fontaines sont rares. Emportez de quoi grignoter, fruits secs et barres énergétiques. Chapeau et crème solaire contre le soleil, et une veste coupe-vent dans le sac même en plein été, parce que le col de Bentarte se prend le vent et le froid sans prévenir. Le rythme fait le reste : partir trop vite se paie plus haut, alors gérez l'effort et faites des pauses. Les 3-4 premiers kilomètres sont raides, jusqu'à 20% de pente, et les cuisses en feu à ce stade n'ont rien d'anormal. Le refuge d'Orisson, à 8 kilomètres, permet de couper l'étape, sur réservation obligatoire. En haut, les panoramas sur les Pyrénées paient l'effort.

L'arrivée à Roncevaux

Après des heures de montée, on passe la frontière espagnole, le paysage bascule et la collégiale apparaît au loin. Épuisement et euphorie en même temps, avec la fierté d'avoir passé cette première épreuve symbolique et un soulagement franc. C'est souvent là que le pèlerinage devient concret : marcher 25 kilomètres avec 1400 mètres de dénivelé et un sac sur le dos, on ne savait pas forcément qu'on en était capable. Le soir, la bénédiction des pèlerins à la collégiale réunit tout le monde. Le dortoir, plus de 100 lits, fabrique une solidarité entre gens qui ont vécu la même journée. Cette étape-là reste en mémoire longtemps après.

Vivre l'ambiance jacquaire à Saint-Jean-Pied-de-Port

Les rencontres et la communauté des marcheurs

Passé la porte Saint-Jacques, on cesse d'être seul sur son chemin pour entrer dans une communauté internationale de marcheurs. Les terrasses de cafés, le soir, bruissent de conversations en plusieurs langues : « How heavy is your backpack ? », « ¿Cuántos kilómetros mañana ? ». On y étale ses doutes, on échange des conseils, on compare son équipement avec un mélange de fierté et d'inquiétude. Derrière les comptoirs, quelques anciens du Chemin lisent la météo de montagne mieux que personne et distribuent leurs tuyaux aux pèlerins attablés. Ces premières rencontres tiennent souvent tout le Chemin : on se retrouve à Pampelune, on partage un repas à Burgos, on s'attend à León.

La gastronomie basque : dernier festin avant l'effort

Avant les Pyrénées, il y a la cuisine basque. Au menu des tables de la rue d'Espagne : piperade, axoa de veau, fromage d'Ossau-Iraty AOP et son goût de noisette qui divise, jambon de Bayonne, gâteau basque, cidre ou vin d'Irouléguy. Rue de la Citadelle, certains menus pèlerins tiennent la route, d'autres sont des attrape-touristes. Les petites adresses où l'on entend parler euskara ont des habitués, et c'est le meilleur indice qui soit. Le corps vous remerciera demain, vers le kilomètre 15, quand la fatigue arrivera.

Rejoindre Saint-Jean-Pied-de-Port : accès et transport

En train depuis Bayonne

Le train depuis Bayonne reste le plus simple. La ligne SNCF Bayonne-Saint-Jean-Pied-de-Port via Cambo-les-Bains met un peu plus d'une heure, avec plusieurs allers-retours quotidiens. Pour qui arrive en TGV à Bayonne depuis Paris, Bordeaux ou Toulouse, l'enchaînement se fait sans effort. La gare de Saint-Jean se trouve à 10 minutes à pied du centre historique, fléchage vers la porte Saint-Jacques à l'appui. De mai à septembre, les trains se remplissent de pèlerins : mieux vaut réserver son billet. Les horaires bougent selon les périodes, le site SNCF fait foi. Le trajet longe les vallées basques et donne déjà à voir.

En voiture ou en bus

En voiture, on arrive de Bayonne par la D932 puis la D918, une cinquantaine de kilomètres et près d'une heure de route, ou de Pau par la D933, une centaine de kilomètres. Le centre historique est piéton ; plusieurs parkings attendent en périphérie ouest, payants en saison. Reste la question du véhicule quand on part à pied : le laisser à Saint-Jean et revenir le chercher par le train ou le bus depuis Pampelune ou Logroño, ou passer par une société de transport de bagages jacquaire. Des lignes de bus régulières relient aussi Bayonne à Saint-Jean, moins pratiques et moins fréquentes que le train. L'office de tourisme et les Amis du Chemin renseignent sur les retours.

Saint-Jean-Pied-de-Port hors saison jacquaire

Le village quand les pèlerins sont moins nombreux

En automne et en hiver, la ville redevient un village basque. Le décor ne change pas, l'ambiance oui : moins de monde, moins d'agitation, plus de tranquillité. Des boutiques jacquaires ferment, la vie locale reprend la place. Le marché du lundi matin retrouve ses habitués, avec les producteurs, leurs fromages, leur charcuterie, leurs légumes de saison. Les conversations au café se font en euskara. On croise des visages qui reviennent, on discute avec les habitants sans se presser. La montée à la citadelle se fait sans la foule. Les berges de la Nive changent de couleur sous la lumière d'automne, puis sous la neige. C'est la version intime de Saint-Jean, et beaucoup la préfèrent.

Randonnées et découvertes autour de Saint-Jean

Pour qui ne fait pas Compostelle, ou veut prolonger le séjour, les environs donnent de quoi marcher : le col d'Arnostéguy, la forêt d'Orion, les crêtes qui dominent la vallée, le sentier vers le col d'Urdanzia. Le relief basque se prête à ça, avec ses ondulations vertes, ses villages accrochés aux pentes, ses troupeaux de brebis en estive. Saint-Jean fait aussi une bonne base pour aller voir Saint-Étienne-de-Baïgorry et ses vignobles d'Irouléguy, Bidarray et son pont Noblia, Ainhoa et son architecture labourdine. Le reste s'improvise : pêche à la truite dans la Nive, VTT sur les chemins de montagne, patrimoine rural de vallée en vallée. Le Pays Basque intérieur se laisse explorer loin de l'agitation de la côte.

Conseils pratiques pour réussir son passage à Saint-Jean-Pied-de-Port

Quand arriver et combien de temps rester

Arriver la veille du départ pour Roncevaux suffit, l'avant-veille laisse le temps de souffler, de revoir l'équipement et de s'habituer à l'ambiance jacquaire sans stress. Arriver le matin et repartir l'après-midi même vers Roncevaux tient de la mauvaise idée : trop dur physiquement, et le passage perd tout son intérêt. La saison de pointe court de mai à septembre. Mai-juin et septembre offrent les températures les plus tenables, juillet et août remplissent les dortoirs, réservation impérative. L'hiver est calme, mais la Route de Napoléon est fermée du 1er novembre au 31 mars, et la Vallée de Valcarlos elle-même se complique sous la neige. Au choix, le printemps ou le début de l'automne.

Budget et services sur place

Comptez 15 à 25 euros le lit en auberge de pèlerins, à partir de 50 euros la chambre privée. Un repas au restaurant va de 15 à 30 euros selon le standing, et les provisions achetées au supermarché font baisser la note. Les services sont là : distributeurs automatiques, pharmacies, médecin, kinésithérapeute (utile en cas de bobos avant le départ), laverie, office de tourisme, bureaux de change pour ceux qui arrivent de l'étranger sans euros. C'est la dernière ville complète avant Pampelune. À Roncevaux, il reste une petite boutique et le bar-restaurant de l'auberge. Prévoyez large pour les deux ou trois premiers jours de marche.

État d'esprit avant le départ

À Saint-Jean-Pied-de-Port, l'excitation se mélange à l'appréhension. L'étape de Roncevaux fait peur, et derrière elle attendent près de 800 kilomètres pour qui va jusqu'à Santiago. Le Chemin n'est pas une course, et chacun le fait à son rythme. Écoutez votre corps. Faites des pauses quand elles s'imposent, et laissez tomber la comparaison avec le voisin : certains marchent 35 kilomètres par jour, d'autres 20, les deux font le Chemin. Ce qui restera, ce sont les rencontres et ce que vous aurez vu en marchant. Ça commence ici, porte Saint-Jacques, sac au dos, le regard tourné vers les Pyrénées.