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Nature LandesPays Basque
Rue pavée d'Hondarribia et ses balcons de bois peints

Hondarribia, la ville basque à vingt minutes de Saint-Jean-de-Luz

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Vingt minutes de route depuis Saint-Jean-de-Luz, et les façades changent de couleur. Hondarribia tient sur trois quartiers : une ville fortifiée sur la colline, un port de pêche aux maisons peintes, une plage. On y parle euskara au marché du samedi et on y mange le poisson débarqué le matin. Ce guide dit quoi voir dans cette ville du Guipuscoa, où boire un zurito et comment franchir la Bidassoa sans chercher une place de parking.

Le pont de Behobia ou la navette du port d'Hendaye : dans les deux cas, les façades rouge carmin, vert profond et ocre apparaissent sur la rive gauche de la Bidassoa avant qu'on ait posé le pied à terre. Vingt minutes plus tôt, on était à Saint-Jean-de-Luz. Hondarribia est une ville fortifiée du Guipuscoa, et elle a eu l'intelligence d'échapper au musée à ciel ouvert.

La ville tient l'embouchure de la Bidassoa depuis qu'elle est une place forte. Le poisson y est pêché le matin et servi le midi. Les remparts datent du XVIe siècle, les habitants parlent encore euskara au marché du samedi, et le patrimoine est resté intact sans que la vie locale s'en aille. Peu de destinations côtières y arrivent encore.

Trois quartiers, trois villes

Le Casco Antiguo, la ville fortifiée sur les hauteurs

Le quartier médiéval est perché sur une colline qui domine l'estuaire, derrière les remparts les mieux conservés du Guipuscoa. On entre par la Puerta de Santa María et ses armoiries monumentales. Derrière, les ruelles pavées montent et descendent selon une logique médiévale, bordées de maisons seigneuriales aux blasons sculptés et de balcons en fer forgé. Sièges militaires, garnisons royales, intrigues frontalières : la ville en a gardé le plan.

L'atmosphère n'a rien à voir avec celle du front de mer. Calme, presque solennelle. Sur la Plaza de Armas, ancienne esplanade des parades militaires et des corridas, le château de Charles Quint tient le haut du pavé. Il est devenu un Parador, hôtel de luxe : on n'y entre qu'en y dormant ou en y prenant un verre. La place, elle, ne demande rien.

La rue Nagusia traverse le cœur du Casco Antiguo jusqu'à l'église gothique Santa María de la Asunción, construite au XVe siècle et coiffée d'une tour baroque. Entrée libre en journée, pour l'orgue et le retable. C'est aussi sur cette artère que survivent quelques commerces traditionnels, des échoppes tenues par les mêmes familles depuis des générations plutôt que les boutiques à touristes qu'on trouve partout ailleurs.

La Marina, le quartier des pêcheurs aux façades peintes

Descendez vers le port, vous changez de ville. Les maisons du quartier de la Marina, le long des rues San Pedro et Santiago, sont rouge vif, vert émeraude, bleu océan, exactement les teintes des bateaux de pêche amarrés quelques mètres plus loin. La raison est pratique : les marins reconnaissaient leur maison depuis la mer.

Ici, on parle fort. En fin de journée commence le txikiteo, cette tournée des bars typiquement basque où l'on ne s'installe jamais vraiment. On reste au comptoir, un ou deux pintxos, un zurito de txakoli, on discute, on rit, on passe au bar d'à côté. Le cœur social d'Hondarribia bat dans ces rues-là, pas dans les pierres du haut.

Depuis le port, la vue porte sur Hendaye et les Trois Couronnes. Par temps clair, on distingue les villas de la côte française. À l'échelle de l'histoire, la frontière est toute récente, et la Bidassoa a longtemps servi de trait d'union plutôt que de ligne de séparation.

Le front de mer et la plage

Continuez vers le nord : la plage d'Hondarribia déroule une longue étendue de sable face à l'océan, avec ses installations balnéaires modernes. On est là dans l'Hondarribia contemporaine, celle des familles basques en villégiature, avec son paseo marítimo, ses clubs de plage et sa baignade surveillée en saison.

Glaciers, locations de paddle, ambiance estivale. Les visiteurs venus de France pensent à la vieille ville et au port, rarement à cette fonction de station balnéaire, qui existe pourtant depuis longtemps. Les trois quartiers se côtoient sans se mélanger, et il faut les parcourir tous pour saisir la ville.

Ce que l'histoire a laissé debout

Les remparts et les portes fortifiées

Pendant des siècles, Hondarribia a contrôlé l'embouchure de la Bidassoa, verrou stratégique entre la France et l'Espagne. Elle a subi de nombreux sièges, plusieurs menés par les armées françaises. Une armée franco-navarraise l'a occupée de 1521 à 1524.

Les fortifications en portent la trace. La Puerta de Santa María, entrée principale de la ville haute, exhibe un arc monumental orné des armoiries de la cité. La Puerta de San Nicolás, plus discrète, s'ouvre sur le versant nord. En suivant la Calle Tiendas et la Calle Ubilla, on fait presque le tour complet des remparts : comptez une bonne demi-heure de marche.

La lumière rasante du lever de soleil prend les pierres ocre et la brume remonte de la Bidassoa. Le meilleur point de vue pour photographier les fortifications se trouve sur le paseo Bidasoa, en contrebas du quartier historique.

Le château de Charles Quint et la Plaza de Armas

La forteresse est attestée dès 1200 et domine la ville depuis huit siècles. Charles Quint l'a fait agrandir au XVIe siècle, et la plate-forme d'artillerie comme la grande façade viennent de ces travaux. Résidence royale, puis Parador depuis 1968. L'intérieur se mérite, il faut y séjourner et en avoir le budget, ou prendre un verre sur la terrasse. La Plaza de Armas qui s'étend devant est gratuite.

Cette esplanade concentrait la vie militaire et festive de la ville : réceptions de l'armée, proclamations officielles, corridas. Des terrasses s'y sont installées, bienvenues après la montée depuis le port. Le lieu est central et pourtant calme, peut-être parce que ses dimensions imposent une certaine retenue.

Les façades qui la bordent tiennent ensemble : pierre blonde, balcons en fer forgé noir, blasons sculptés au-dessus des portes. Rien n'a été modernisé au bulldozer, et ça se voit.

L'église Santa María de la Asunción

L'église gothique du XVe siècle marque la silhouette d'Hondarribia, avec une tour baroque ajoutée trois siècles plus tard. Elle se visite librement, entrée gratuite, généralement ouverte en journée. L'orgue et le retable ouvragé donnent un bel exemple d'architecture religieuse basque.

L'édifice se dresse sur la rue Nagusia, l'artère qui traverse le Casco Antiguo d'un bout à l'autre. C'est le long de cette rue que se tiennent les derniers commerces traditionnels : la boutique de linge basque tenue par la même famille depuis quatre générations, l'atelier du potier qui travaille dans l'arrière-cour, la mercerie aux tiroirs de bois compartimentés.

La gastronomie, raison suffisante pour traverser la frontière

La calle San Pedro et ses bars à pintxos

S'il ne fallait faire qu'une chose à Hondarribia, ce serait le txikiteo dans la calle San Pedro. La rue concentre une densité de bars à pintxos qu'on ne rencontre pas ailleurs à cette échelle. La tradition maritime de la ville a créé une cuisine du produit de la mer, et ces comptoirs la servent à la chaîne.

Le txikiteo a ses règles. On ne s'assoit pas à table, on reste debout au comptoir. On commande un ou deux pintxos, jamais dix. Un verre de txakoli versé de haut, pour qu'il mousse légèrement. On mange, on boit, on parle à son voisin de comptoir, on règle, on passe au bar suivant. Les habitants connaissent cette chorégraphie sociale depuis l'enfance, et vous êtes invité à vous y glisser.

Au menu, les spécialités que vous rencontrerez : anchois de Getaria marinés, fondants, sans l'agressivité salée des anchois industriels. Croquettes de morue confite, crémeuses dedans et croustillantes dehors. Langoustines à la plancha, relevées d'ail et de persil, rien de plus. Txangurro, l'araignée de mer préparée à la façon traditionnelle. Quelques adresses sortent du lot, Ardoka, Gran Sol, la Hermandad de Pescadores, mais la concurrence est telle que les bars « ordinaires » tiennent eux aussi leur niveau.

Type de pintxo Produit phare Accord recommandé
Anchois marinés Anchois de Getaria Txakoli blanc frais
Fruits de mer Langoustines, txangurro Txakoli ou bière locale
Croquettes Morue, jambon Zurito (petit verre de bière)
Poissons grillés Merlu, daurade Txakoli ou vin blanc

Les produits de la mer en première ligne

La Cofradía de San Pedro, la confrérie des pêcheurs, a été fondée en 1361. Plus de six siècles de pêche ont façonné une cuisine du poisson et des fruits de mer qui tient encore, même si la flottille locale s'est réduite avec le temps.

Ce qui distingue Hondarribia des autres ports touristiques tient en une phrase : certains restaurants sont encore approvisionnés directement par les pêcheurs. Poisson de ligne ultra-frais, merlu ou daurade. Txangurro préparé dans sa carapace, avec un peu de pain, de tomate, d'oignon et de cognac. Marmitako, ce ragoût de thon qu'on mange plutôt en automne. La fraîcheur se sent au premier morceau, et elle se rencontre rarement ailleurs.

Le txakoli et les cidreries des environs

Le txakoli est ce vin blanc légèrement pétillant qu'on sert en le versant de haut, pour l'aérer et révéler ses arômes. La région le produit sous l'appellation Getariako Txakolina, dont l'aire couvre tout le Guipuscoa depuis 2007.

Le conseil qu'on donne toujours : un zurito de txakoli avec les pintxos plutôt qu'une bière. L'acidité légère et la fraîcheur du vin s'accordent avec les anchois, les fruits de mer et les préparations iodées. Évitez juste d'en boire comme de l'eau. Il est plus alcoolisé qu'il n'y paraît.

À une vingtaine de kilomètres vers l'intérieur, du côté d'Astigarraga, se trouvent les sagardotegi, les cidreries traditionnelles. De janvier à avril, c'est la saison du txotx : on déguste le cidre directement au tonneau, debout dans la cave, avec le menu qui va avec, omelette de morue, côte de bœuf grillée, fromage de brebis. Réservez, les places partent vite.

Comment s'y rendre et s'organiser

Les accès depuis la France

Rejoindre Hondarribia depuis le Pays Basque français ne pose aucune difficulté, et vous avez deux options. En voiture, comptez quinze minutes depuis Hendaye par le pont de Behobia (N-1). La route est directe, bien indiquée, et elle vous laisse continuer vers le reste du Guipuscoa si vous voulez pousser plus loin.

La navette maritime part du port d'Hendaye : dix minutes de traversée sur la Bidassoa, des départs toutes les demi-heures en haute saison, toutes les heures le reste de l'année. C'est l'option qu'on préfère. Pas de stationnement à chercher, et une mini-traversée que les gamins adorent, les adultes aussi. Les horaires bougent selon la saison, vérifiez avant de partir.

Stationnement et déplacements sur place

Soyons honnêtes : se garer à Hondarribia est compliqué, surtout en juillet-août et les week-ends de printemps. Le centre historique est quasiment inaccessible en voiture, ruelles étroites et circulation restreinte, et les places aux abords sont rares et payantes.

La solution la plus sûre reste le parking de l'Alameda, à quelques minutes à pied du centre. Comptez quelques euros pour la journée. Il existe aussi un grand parking près de la plage, plus éloigné, qui se remplit vite en saison. Venir en semaine, arriver tôt, ou prendre la navette maritime : le problème disparaît.

Une fois garé ou débarqué, tout se fait à pied. La ville est petite, quinze minutes suffisent pour rejoindre n'importe quel point depuis le centre. On flâne, on s'arrête, on repart au gré des découvertes.

Quand venir, et quand éviter la foule

La période compte si vous ne voulez pas être noyé dans la masse. Le printemps, avril-mai, offre le meilleur compromis : les balcons fleurissent, les températures sont douces, les restaurants sont ouverts sans être bondés. La lumière de fin d'après-midi sur les façades colorées de la Marina fait le reste.

Septembre marche aussi, notamment autour du 8, quand se déroule l'Alarde (on y revient plus bas). Octobre et novembre valent pour la tranquillité : l'affluence retombe et la ville est presque à vous, même si certains restaurants réduisent leurs horaires ou ferment quelques jours par semaine.

Juillet-août, c'est la saturation les week-ends. Les visiteurs espagnols affluent, Hondarribia est très prisée des habitants de l'intérieur, les terrasses débordent et les prix montent. Si vous n'avez pas le choix, venez en semaine. Un jeudi soir de juin, on a Hondarribia presque pour soi, avec tous les restaurants ouverts.

L'hiver, beaucoup de restaurants ferment ou passent en horaires réduits. Vous croiserez surtout des habitants, vous entendrez parler euskara au marché, vous verrez la ville dans son quotidien hivernal. Moins touristique, et pas moins intéressant.

L'Alarde, le Jaizkibel et l'arrière-pays

L'Alarde du 8 septembre

Chaque 8 septembre, l'Alarde d'Hondarribia commémore la victoire de la ville sur les troupes françaises en 1638, après soixante-neuf jours de siège. Des centaines d'habitants défilent en costumes d'époque. La fête n'a pas été montée pour les touristes, elle est ancrée dans l'identité locale.

Le protocole est précis : défilé militaire traditionnel avec tambours et fifres, tirs de salve impressionnants, défilé des cantinières. La Plaza de Armas sert de théâtre central. Arrivez tôt si vous voulez une place, en gardant en tête que l'événement appartient d'abord aux habitants d'Hondarribia.

Ces dernières années, l'Alarde a connu une controverse sur la participation des femmes au défilé militaire, traditionnellement réservé aux hommes. Certaines habitantes ont créé un Alarde mixte parallèle. Les traditions bougent, parfois difficilement, au contact de la société contemporaine. Si vous en êtes témoin, respectez les deux positions.

Le mont Jaizkibel

Le mont Jaizkibel culmine à 545 mètres et domine Hondarribia avec toute la côte environnante. Par temps clair, la vue porte jusqu'aux Pyrénées et embrasse la baie de Txingudi, l'estuaire de la Bidassoa et la côte française jusqu'à Biarritz. Peu de monde y monte.

On y accède en voiture par la route panoramique GI-3440, qui serpente jusqu'au sanctuaire de Guadalupe : vingt minutes depuis Hondarribia. À pied, comptez deux heures aller-retour depuis le port, et ça grimpe sérieusement. Les sentiers balisés du sommet occupent facilement une matinée complète.

Par temps de brume, les contours s'effacent et il ne reste que les silhouettes. La fin d'après-midi reste le bon moment pour le coucher de soleil. Prévoyez une lampe si vous traînez à la redescente.

Combiner avec les villages de l'arrière-pays

Le Guipuscoa intérieur reste négligé par ceux qui campent sur la côte, et Hondarribia en est une bonne base. Trente minutes de voiture suffisent pour changer de paysage : vallées verdoyantes, villages aux maisons blanches à pans de bois, parties de pelote basque sur les frontons le dimanche matin.

Quelques prolongements possibles. La vallée d'Oiartzun et le parc naturel d'Aiako Harria, moyenne montagne et randonnées faciles d'accès. Les villages de Lezo et Pasaia, où subsiste une activité maritime réelle. Vers le sud, la vallée navarraise de Baztan, ses maisons-tours et ses fromages de brebis.

L'idée n'est pas de courir un marathon touristique. Hondarribia fait partie d'un territoire basque qui se déploie vers l'intérieur, loin des clichés balnéaires, avec une identité rurale et montagnarde aussi forte que celle de la côte.

Les adresses qu'on ne trouve pas dans les guides

Le marché du samedi matin

Chaque samedi matin, le marché s'installe dans la calle San Pedro, au cœur du quartier du port. Des producteurs locaux, et non des revendeurs de produits industriels déguisés en « terroir » : fromage de brebis affiné en cave, chorizo d'Urdax, légumes de saison, miel de montagne.

L'ambiance vaut le déplacement. C'est là qu'on croise les habitants, qu'on entend parler euskara entre les étals, qu'on saisit le rythme de vie local. Les discussions durent, on prend des nouvelles, on goûte avant d'acheter. Arrivez entre 9 h et 10 h, avant les visiteurs qui viennent parfois faire un tour depuis Hendaye.

Les ateliers d'artisans du Casco Antiguo

Dans les ruelles du quartier historique, quelques ateliers d'artisans perpétuent des savoir-faire traditionnels : un potier qui travaille la terre locale, un fabricant d'espadrilles, un atelier de linge basque où l'on tisse encore sur des métiers à bras. Ces lieux se cachent souvent dans des arrière-cours, presque invisibles depuis la rue. Il faut pousser les portes, oser entrer.

On y trouve des pièces qu'on ne verra nulle part ailleurs, loin des boutiques qui vendent des bérets fabriqués en Asie et des tee-shirts « I love Pays Basque ». Les prix sont plus élevés, certes. En échange, l'objet a une histoire, et vous aurez peut-être croisé le regard de celui qui l'a fait.

La fin de journée sur les quais du port

En fin de journée, allez sur les quais du port de pêche, côté est, vers l'embouchure de la Bidassoa. Asseyez-vous sur le muret, face à Hendaye et aux Trois Couronnes, et regardez la lumière baisser sur l'estuaire.

C'est là que les locaux prennent l'apéro : thermos de café, canette de bière, parfois une bouteille de txakoli. Pas de mise en scène, pas de terrasse avec vue facturée quinze euros. Les couleurs sur l'eau, les silhouettes des bateaux qui rentrent, le bruit des mouettes.

Après une journée à arpenter les ruelles pavées et à enchaîner les pintxos, la pause tombe bien. Avant de repartir, ou avant d'aller dîner : le soir, les façades colorées s'illuminent et l'animation monte dans la Marina.