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Nature LandesPays Basque
Meule d'Ossau-Iraty entamée, avec de la confiture de cerise noire

L'Ossau-Iraty, le fromage de brebis qui ne ressemble à aucun autre

6 min de lecture

Une croûte orangée qui craque sous le couteau, un goût de noisette au milieu du lait de brebis. L'Ossau-Iraty vient de deux versants, béarnais et basque, de trois races de brebis et de 3 000 ans de pastoralisme. Son cahier des charges AOP fixe les races, l'aire de production et les deux mois où la traite s'arrête. Fermiers, laitiers, coopératives : aucun ne le fait pareil. Et c'est l'affinage qui décide du reste, lacté à 3 mois, corsé passé 10 mois.

La croûte orangée craque sous le couteau. Dessous, une pâte souple, et un goût de noisette qu'on n'attend pas d'un lait de brebis. L'Ossau-Iraty se fabrique à cheval sur deux cultures, basque et béarnaise, qui se parlent depuis toujours par les estives et les cayolars. Son cahier des charges AOP attache le fromage à trois races, à une saison et à une montagne. Et pourtant, deux Ossau-Iraty ne se ressemblent pas. Fermiers, laitiers, coopératives : chacun tire le lait de son côté.

Un fromage né entre deux mondes

Le mariage du Béarn et du Pays Basque

Le nom dit l'alliance. Ossau, c'est le pic du Midi d'Ossau, près de 2 900 mètres, qui domine la vallée du même nom. Iraty, c'est la forêt basque et ses hêtres. Deux traditions pastorales cousines, jamais tout à fait identiques, réunies sous une seule étiquette. Ce qu'elles ont en commun tient en deux mots : la brebis, la montagne.

Ces vallées portent les traces d'un pastoralisme vieux de plus de 3 000 ans. Dès la protohistoire, les bergers caillaient le lait de brebis dans les cabanes d'altitude. Le fromage servait alors de réserve pour les longs mois d'isolement, rien de plus.

De la transhumance aux caves d'affinage

Le cycle pastoral tient toujours. Chaque été, les troupeaux montent en estive, et une partie des fromages se fait là-haut, dans les cayolars, ces cabanes de bergers accrochées aux pentes. Les gestes passent d'une génération à l'autre.

La reconnaissance en AOC arrive en 1980, l'AOP en 1996. L'Ossau-Iraty est l'une des trois seules AOP fromagères au lait de brebis de France, et la seule des Pyrénées.

Ce qui le sépare des autres fromages de brebis

Trois races, et rien d'autre

Le cahier des charges n'autorise que trois races locales : la Manech Tête Rousse, la Manech Tête Noire et la Basco-Béarnaise. Des brebis rustiques, taillées pour des pentes escarpées où peu d'animaux tiennent debout. Leur lait, riche en arômes, fait toute la matière première du fromage. L'alimentation est cadrée elle aussi : pâture et fourrages locaux, complétés par des céréales sans OGM. Et la traite s'arrête. Septembre et octobre, deux mois sans une goutte de lait ni un fromage moulé, ce qui fait de l'Ossau-Iraty un fromage saisonnier par construction.

De la cuve à la cave

Le lait, cru chez les fermiers, cru ou traité thermiquement chez les laitiers, part à 28-35 °C. On l'ensemence de ferments lactiques, on l'emprésure, puis on tranche le caillé en petits grains qu'on brasse et qu'on chauffe un peu. Moulage en moules circulaires, pressage pour chasser l'humidité. Jusque-là, rien que de très classique.

L'affinage, lui, sépare les deux versants. En caves sèches au Pays Basque, les tommes sont frottées ; en caves humides en Béarn, elles sont lavées. D'où des croûtes gris cendré d'un côté, rouge orangé de l'autre. Les durées minimales ne se discutent pas : 80 jours pour les petites tommes de 1,8 à 3,3 kg, 120 jours pour les grandes de 3,8 à 6 kg. Les fromagers, eux, attendent plutôt 6 à 8 mois.

Trois façons de le faire

D'autres AOP sortent des fromages qui se ressemblent tous. Pas celle-ci. Des fermiers élèvent leurs brebis et transforment leur propre lait, des laitiers collectent chez plusieurs éleveurs, des coopératives rassemblent les productions. L'un sera doux et fondant, l'autre plus ferme et typé, celui-ci percé de petites ouvertures dans la pâte, celui-là compact.

Reconnaître et choisir un vrai Ossau-Iraty

Ce qu'il y a sur l'étiquette

Les étals débordent de fromages « style basque » qui n'en sont pas. Trois marques distinguent le vrai : le logo AOP européen sur l'étiquette, la tête de brebis marquée dans la croûte, et le nom « Ossau-Iraty » écrit noir sur blanc. Le reste se lit à l'œil. Forme cylindrique régulière, croûte naturelle, jamais cirée ni peinte. Sa couleur change avec l'affinage et la cave, mais elle garde toujours cet aspect un peu vivant, parfois légèrement fleuri.

Jeune, affiné ou vieux : lequel choisir

Tout dépend de ce que vous comptez en faire. À 3 ou 4 mois, il est doux, lacté, fondant : les enfants l'aiment, les néophytes aussi. À 6 à 8 mois, la noisette prend le dessus, la pâte se raffermit sans durcir, les arômes se compliquent. C'est l'âge où beaucoup le trouvent le plus juste. Passé 10 mois, il devient corsé, franchement brebis, avec des cristaux de tyrosine qui craquent sous la dent et une pâte presque granuleuse. Pour un plateau varié, prenez un affinage moyen. Pour la cuisine, un jeune. Pour le manger seul, allez au vieux.

Durée d'affinage Texture Arômes Idéal pour
3-4 mois Fondante, douce Lacté, subtil Découverte, enfants
6-8 mois Ferme mais souple Noisette, beurre frais Dégustation, plateau
Plus de 10 mois Ferme, granuleuse Corsé, typé brebis Amateurs confirmés

Le déguster comme il le mérite

Les arômes que vous allez découvrir

La noisette revient presque à chaque fois, avec du beurre frais et du foin sec derrière. Selon l'affinage, on croise aussi l'amande douce ou le caramel. La pâte doit rester souple à ferme, ni sèche ni collante, et fondre en bouche. Face au Manchego espagnol ou au Pecorino italien, la différence tient à la douceur : l'Ossau-Iraty n'attaque jamais, il s'installe et reste longtemps.

Accords gourmands qui subliment le fromage

Les accords du pays sont les plus simples : une confiture de cerises noires d'Itxassou, une gelée de coing, un miel de montagne. Le sucre répond au sel. On peut aller chercher ailleurs : des noix fraîches, dont l'amertume relance la noisette, du pain de campagne grillé pour le contraste de texture, des pommes acides pour la fraîcheur. Côté vin, un Irouléguy rouge ou blanc, un Jurançon sec, un Madiran jeune. Plus dépouillé encore, le pain et le piment doux suffisent à le servir.

En cuisine

Il fond sans filer et tient tête aux autres ingrédients sans les écraser, à chaud comme à froid. Fondant sur une salade verte aux noix. Râpé sur une piperade, où il calme le piment et la tomate. En copeaux sur un carpaccio de cèpes d'automne, ou glissé dans une tourte à la viande pour l'onctuosité. La recette qui met tout le monde d'accord sur les tables basques reste l'omelette aux cèpes et Ossau-Iraty : des œufs frais, des cèpes revenus à la poêle, des copeaux jetés au dernier moment.

Où le trouver et comment le conserver

Les bons endroits pour l'acheter

Les fromageries spécialisées du territoire battent la grande distribution sur le choix, sur les affinages et sur le conseil. Les marchés locaux valent le détour eux aussi : beaucoup de producteurs y vendent leur production en direct, on goûte avant d'acheter et on parle fabrication. Certains ouvrent même leur atelier aux visiteurs curieux. Dernier point : achetez à la coupe. Le pré-emballé cache la texture de la pâte et la couleur de la croûte, et il n'y a rien à goûter.

Le garder dans les règles de l'art

Sortez-le du réfrigérateur 30 minutes avant de le servir. Le froid endort les arômes et durcit la pâte. Gardez-le dans son papier d'origine, ou dans un papier spécial fromage qui laisse la pâte respirer, jamais dans du film plastique : il étouffe le fromage et le goût s'en ressent. Direction le bac à légumes, la zone la moins froide du réfrigérateur, où la température bouge le moins. Bien tenu, il se bonifie encore plusieurs semaines.

Et si une moisissure blanche pointe en surface, pas d'inquiétude : grattez-la doucement, le fromage se mange sans souci et n'a rien perdu de ses qualités.