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Plateforme de tête de puits sur pilotis au milieu du lac, rive de pins au fond

Parentis-en-Born, le village landais qui pompe du pétrole sous son lac

8 min de lecture

Le puits P1 a touché le pétrole le 25 mars 1954, à Parentis-en-Born, et a ouvert le plus gros gisement de France métropolitaine. Soixante-douze ans plus tard, le canadien Vermilion en tire encore 200 000 litres de brut par jour, avec 60 puits en activité sur les 123 forés, dont 40 posés en pleine eau. Les pompes à balancier se voient depuis la route du Lac, les plateformes depuis un bateau au départ de Gastes, et le dépôt lui-même s'ouvre gratuitement au public trois matinées par été. La loi du 30 décembre 2017 fixe le terme : aucune concession d'hydrocarbures ne sera prolongée en France au-delà du 1er janvier 2040.

Sur le lac de Biscarrosse et de Parentis, à une heure de Bordeaux, des plateformes métalliques sortent de l’eau à plusieurs centaines de mètres du rivage. Ce ne sont pas des pontons de pêche. Ce sont des têtes de puits de pétrole, et elles produisent encore.

Ce que le gisement donne aujourd’hui

Vermilion, l’exploitant, communique pour 2026 le compte suivant : 123 puits forés sur le champ de Parentis depuis 1954, dont 60 restent en activité, et 40 de ces 60 sont installés sur le lac. La production quotidienne s’établit à 200 000 litres de brut, soit environ 1 250 barils. Deux cents personnes travaillent sur le site.

Vermilion Energy est un groupe canadien. Il a racheté le champ à Esso Rep en 1997 et a installé son siège français à Parentis même, route de Pontenx, à la sortie nord-est du bourg. À l’échelle du pays, l’entreprise sort plus de 1 400 m³ par jour, environ 8 000 barils, ce qui représente 70 % de la production pétrolière française et un demi pour cent de ce que la France consomme. Plus de 450 puits actifs et 21 concessions figurent à son inventaire, du bassin d’Aquitaine au bassin parisien.

Le brut de Parentis ne reste pas sur place. Un dépôt sépare l’eau, le gaz et le pétrole, puis 90 kilomètres de pipeline conduisent le liquide jusqu’à Ambès, en amont de Bordeaux, où il rejoint les installations de stockage de l’estuaire.

25 mars 1954, le puits P1

Esso Rep prospecte le nord des Landes à partir de 1951. Sa première machine s’installe le 18 avril 1953 à Ychoux, une quinzaine de kilomètres à l’est. Le forage ne donne pas de gisement exploitable, mais il confirme que les couches profondes de ce secteur méritent qu’on insiste. L’équipement est démonté et remonté près du lac de Parentis, sur une structure géologique repérée par les géophysiciens.

Le 25 mars 1954, le puits Parentis 1 rencontre le pétrole. Il se révèle largement productif : 159 000 litres par jour à lui seul, un débit sans précédent en France à cette date. Le champ devient le plus important du territoire métropolitain, titre qu’il n’a jamais perdu. La commune, alors bourgade forestière de quelques milliers d’habitants, hérite du surnom de Texas français, des redevances minières et d’une population qui grimpe.

À partir du printemps 1959, le brut part vers une raffinerie de la région bordelaise plutôt que d’être expédié par wagons. Esso Rep exploite le champ pendant quarante-trois ans avant de le céder à Vermilion en 1997. Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 avaient entre-temps justifié une vingtaine de forages sous le plan d’eau : les techniques employées ici comptent parmi les premières applications européennes du forage en milieu lacustre.

Aller chercher le pétrole sous vingt mètres d’eau

Le lac de Biscarrosse et de Parentis couvre 3 540 hectares, ce qui en fait le deuxième des lacs landais, dont la chaîne va d’Hossegor à Léon. Il s’étire sur une dizaine de kilomètres, descend à une vingtaine de mètres au point le plus creux et baigne quatre communes : Biscarrosse, Parentis-en-Born, Gastes et Sainte-Eulalie-en-Born. Le réservoir de pétrole, lui, se trouve à environ 2 200 mètres sous le fond.

D’où la méthode. Plutôt que de multiplier les ouvrages, l’exploitant regroupe plusieurs puits sur une même plateforme fixe et fore en dévié pour aller chercher le gisement en biais, parfois loin du point d’entrée. Sur l’ensemble du territoire du Born et du Buch, Vermilion détient huit concessions d’exploitation, à terre et sous le lac, et y compte 118 plateformes portant chacune un ou plusieurs puits. La logistique lacustre mobilise un port dédié et une quinzaine d’embarcations, puisque chaque intervention de maintenance se fait par bateau.

Les installations relèvent du classement Seveso seuil haut. Elles supposent des études de dangers, une étude d’impact, un plan de surveillance environnementale et des moyens d’intervention en cas de fuite. Le lac est par ailleurs inscrit au réseau Natura 2000 depuis 2012 et classé site inscrit depuis août 1977 : les deux régimes cohabitent sur le même plan d’eau.

Ce qu’on voit depuis la rive

Du centre de Parentis, la route du Lac descend vers l’ouest jusqu’au port de plaisance et à la plage du Port. C’est le point d’observation le plus simple. Les pompes à balancier, ces bras articulés en forme de tête de cheval, sont plantées le long des rives et sur les parcelles de pinède alentour ; elles fonctionnent en continu, avec un mouvement lent qu’on entend à peine. Depuis la plage, les plateformes lacustres se distinguent à l’horizon, petites silhouettes claires posées sur l’eau.

La baignade, elle, demande une vérification préalable. Après les analyses de l’ARS Nouvelle-Aquitaine du 3 août 2026, la plage du Port, qui n’est pas surveillée, et la plage de Moutéou ont été interdites à la baignade par arrêté municipal en raison des cyanobactéries. La mairie (05 58 78 40 02) publie l’état des arrêtés et l’office de tourisme tient à jour une carte des plages surveillées du secteur.

Les alentours du lac se parcourent bien à vélo. La Vélodyssée traverse les Landes et passe précisément par Parentis-en-Born : l’étape depuis Biscarrosse-Plage fait 25,5 kilomètres. Le réseau local ajoute environ 145 kilomètres de pistes cyclables reliant Biscarrosse, Sanguinet, Parentis, Gastes, Sainte-Eulalie-en-Born, Lüe et Ychoux, ce qui permet de longer une bonne partie du plan d’eau sans voiture.

Ce qu’on voit depuis un bateau

La sortie qui approche le mieux les plateformes part du port des Calicobas, à Gastes, sur la rive sud. La Pinasse Papillon y propose une navigation de deux heures sur le lac sud, à bord d’un bateau électrique, donc sans bruit de moteur. Comptez 20 € pour un adulte, 10 € pour un enfant de 5 à 12 ans, gratuit en dessous, avec une saison qui court de mars à octobre. La privatisation revient à 250 € la demi-journée de quatre heures et 390 € la journée de sept heures.

Le parcours longe les installations pétrolières, les roselières, les rives de Sainte-Eulalie-en-Born, de Gastes, de Parentis et de Biscarrosse, et passe devant d’anciennes cabanes de résiniers reconverties en maisons de vacances. Vu de l’eau, l’écart de gabarit entre une plateforme et le paysage de pins qui l’entoure saute aux yeux mieux que depuis n’importe quel point de la rive.

D’autres embarcations naviguent depuis le port de Navarrosse, côté Biscarrosse : la Compagnie des Lacs propose une promenade commentée d’une heure quinze à 14 € pour un adulte et 9,50 € pour un enfant de 4 à 11 ans, ainsi que des sorties apéritif à 21 € et des croisières déjeuner à 41 €. Les bateliers bénévoles du musée des traditions de Biscarrosse font également des circuits de deux heures autour de la formation des dunes et des lacs. Pour une sortie en barque d’un tout autre genre dans les Landes, le courant d’Huchet se descend en galupe, plus au sud.

Entrer sur le site, gratuitement

Vermilion ouvre son site au public quelques matinées par été, sans faire payer. En 2026, trois créneaux ont été programmés : le 30 juillet et le 13 août à 9 h 30, le 18 août à 13 h 30. L’accueil se fait quinze minutes avant, à l’entrée des bureaux, au fond de la contre-allée, route de Pontenx, à Parentis-en-Born.

La réservation passe obligatoirement par l’office de tourisme, au 05 58 78 20 96, avec les noms de tous les participants. Les conditions sont strictes : 22 personnes au maximum par visite, 4 personnes par famille, âge minimum 10 ans, chaussures fermées obligatoires, pièce d’identité ou livret de famille à présenter sur place. L’exploitant se réserve le droit d’annuler si les conditions de sécurité ne sont pas réunies ou si la visite gêne l’exploitation.

La séance dure deux heures. Elle commence en salle par une présentation de l’entreprise, de ses activités sur le lac et de ce qui l’attend, puis se poursuit sur le terrain, avec un transfert en véhicule de cinq minutes entre le dépôt et les pompes. C’est le seul moyen d’approcher les installations à pied : le reste du domaine minier est fermé, comme tout site industriel classé.

2031, puis 2040 : la fin est déjà écrite

La loi n° 2017-1839 du 30 décembre 2017 a mis fin à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures en France. Elle interdit la délivrance de nouveaux permis de recherche et, pour les concessions déjà accordées, elle pose une borne : aucune prolongation ne peut porter au-delà du 1er janvier 2040. L’exploitation nationale s’éteint donc à cette date, quel que soit l’état du gisement.

Pour Parentis, l’échéance intermédiaire tombe plus tôt. La concession a été prolongée de vingt-cinq ans par arrêté du 26 juin 2006 : elle court jusqu’en 2031. Le sous-sol, lui, pourrait suivre bien plus longtemps, la direction de Vermilion France ayant estimé en 2017 que le champ tiendrait techniquement jusqu’aux années 2055-2060. Le rythme de fermeture se lit déjà sur le terrain. En 2026, l’entreprise consacre neuf millions d’euros à boucher définitivement des puits sans intérêt économique, avec une plateforme de bouchage installée au quartier de Herran ; l’un des ouvrages traités a été foré en 1957 et n’avait plus produit depuis 1971, servant depuis lors de puits-école pour la formation des équipes de réparation.

La reconversion a commencé par la chaleur. L’eau remontée avec le pétrole sort à 60 ou 70 °C, et Vermilion la cède depuis 2008 à la coopérative maraîchère Tom d’Aqui, voisine du champ, qui chauffe ainsi 15 de ses 25 hectares de serres à tomates. Le même principe alimente 550 logements d’un écoquartier de La Teste-de-Buch depuis 2016. Hydrogène, stockage de CO2, extraction de lithium dans les eaux souterraines : les autres pistes évoquées par l’exploitant en sont au stade de l’étude. Ce qui est acquis, c’est que le paysage du lac perdra ses plateformes avant 2040, et que Parentis restera une commune de 7 500 habitants au bord du deuxième plan d’eau des Landes, à vingt minutes des plages où on surfe la côte landaise.