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Nature LandesPays Basque
Chemin creux entre talus de sable fauve, champ de maïs et chênes têtards

La Chalosse, le pays des collines landaises

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La Chalosse occupe la rive gauche de l'Adour, au sud des Landes, sur des coteaux qui montent à 150 ou 200 mètres là où le reste du département reste plat. Trois bourgs la tiennent : Montfort-en-Chalosse, bastide bâtie vers 1290, Mugron, ancien port de l'Adour, et Saint-Sever, née autour d'une abbaye fondée en 988. Le musée de la Chalosse, installé à Montfort dans un domaine agricole du 19e siècle, ouvre de mars à octobre du mardi au dimanche, 8 € l'entrée. Le bœuf qui porte le nom du pays est abattu à trente mois au plus tôt, après six mois de finition au maïs.

La Chalosse tient sur la rive gauche de l’Adour, dans le sud du département des Landes. Le fleuve la borne au nord, le Béarn au sud-est, le pays d’Orthe à l’ouest du côté de Peyrehorade, le Tursan à l’est vers la vallée du Gabas. Passé l’Adour, le plateau sableux et ses pins reprennent la main. Ici le sol porte des limons, la terre se laboure, et le paysage monte et descend sans arrêt.

Un pays qui ne figure sur aucune carte administrative

Le nom apparaît dans les textes médiévaux sous des formes flottantes : Silossa et Sialosse en 1270, Xielose en 1384, Chelosse en 1423. Le gascon dit shalòssa. Les linguistes rattachent ces graphies à un terme aquitain, zelaiotza, qui désignait un ensemble de plaines et de plateaux cultivés.

L’usage découpe le pays en trois. La Basse Chalosse s’étend autour de Pouillon, la Moyenne Chalosse autour de Montfort-en-Chalosse et de Mugron, la Haute Chalosse du côté de Hagetmau et d’Amou. Aucune de ces limites n’a jamais eu de valeur officielle, et personne ne les trace exactement au même endroit. Deux intercommunalités couvrent le cœur du territoire : Terres de Chalosse, dont les bureaux d’accueil sont installés à Montfort (55 place Foch) et à Mugron (8 rue Vincent Depaul), et Chalosse Tursan, dont le siège est à Saint-Sever. Dax, sur l’Adour, sert de porte d’entrée au nord-ouest.

Trois vallées, des crêtes à 200 mètres

Le relief chalossais fait la transition entre le plateau landais et le piémont pyrénéen. Les crêtes se tiennent entre 150 et 200 mètres, ce qui suffit à changer complètement la lecture du paysage : depuis la place François-Dupaya à Montfort ou depuis la place Frédéric-Bastiat à Mugron, on voit la chaîne des Pyrénées au sud et la forêt de pins au nord. Les communes elles-mêmes affichent des écarts d’altitude qui seraient banals ailleurs et qui ne le sont pas dans les Landes : 26 à 108 mètres à Montfort, 14 à 111 mètres à Mugron, 26 à 118 mètres à Saint-Sever.

Sous les cultures, le sous-sol mêle des sables fauves du miocène, qui donnent au sol sa teinte jaune, des limons, des alluvions anciennes et des affleurements de calcaire tertiaire. Trois rivières découpent l’ensemble en lanières orientées sud-est nord-ouest. Le Gabas descend du plateau de Ger sur 116 kilomètres et rejoint l’Adour à Toulouzette ; son cours a été barré en 2005 par un ouvrage de 28 mètres de haut qui retient une vingtaine de millions de mètres cubes sur cinq kilomètres de long. Le Louts naît vers Thèze, dans les Pyrénées-Atlantiques, court sur 86 kilomètres et se jette dans l’Adour à Goos, à l’est de Dax. Le Luy, enfin, naît de la rencontre de deux rivières, le Luy de France (85 kilomètres) et le Luy de Béarn (77 kilomètres), à moins d’un kilomètre à l’ouest du château de Gaujacq ; il rejoint l’Adour en aval de Tercis-les-Bains, après avoir traversé onze communes landaises.

En aval, ces eaux se perdent dans les barthes de l’Adour, les prairies inondables qui bordent le fleuve. Au nord, la pinède commence, et avec elle le parc naturel régional des Landes de Gascogne, un tout autre pays.

Montfort-en-Chalosse, la seule bastide des trois

Les trois bourgs qui structurent la Chalosse sont souvent présentés en bloc comme des bastides. Un seul l’est. Montfort-en-Chalosse a été bâtie vers 1290-1300, sous Édouard Ier, alors duc d’Aquitaine et roi d’Angleterre, selon le plan rectangulaire caractéristique de ces fondations : huit îlots, une Grand-Rue fermée à chaque extrémité par une porte fortifiée. La Fédération des bastides d’Aquitaine en recense neuf dans les Landes, et Montfort est la seule en Chalosse. Mugron, dont le nom est attesté au 11e siècle, s’est développée bien avant sur un éperon qui portait un château de bois. Saint-Sever a grandi autour de son abbaye, avec une charte en 1100 et un conseil de jurats obtenu en 1270.

La bastide compte aujourd’hui 1 242 habitants sur 11,57 kilomètres carrés. L’église Saint-Pierre remonte au 11e ou 12e siècle, avec son clocher-tour et ses chapiteaux historiés. Les maisons dites capcazalières du 17e siècle, rares dans le département, marquent le passage d’une bastide de guerre à un bourg de propriétaires terriens. François Ier y fit halte le 24 mars 1526, au retour de sa captivité espagnole. Dax est à une vingtaine de kilomètres par la D 32.

Le musée de la Chalosse, un domaine agricole entier

Le musée occupe le domaine de Carcher, en contrebas du village, au 480 chemin du Sala. Ouvert en 1984 sous le nom de musée des arts et traditions populaires de Chalosse, il porte le label Musée de France. Ce n’est pas une collection dans des vitrines : c’est une exploitation agricole du 19e siècle conservée avec ses bâtiments et son fonctionnement. La maison de maître voisine avec la maison du métayer, ce qui rend lisible d’un coup d’œil le rapport social qui organisait la campagne chalossaise. On y trouve aussi un four à pain en état de marche, un pressoir monumental, un potager et des bœufs.

Le musée ouvre de mars à octobre, du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h. De novembre à février, il ne reçoit que les groupes, du lundi au vendredi et sur rendez-vous ; il ferme entièrement du 19 décembre 2026 au 3 janvier 2027. L’entrée coûte 8 € en plein tarif, 5 € pour les 18-25 ans et les étudiants, 3 € pour les 6-17 ans, et le pass famille (deux adultes, deux enfants) revient à 20 €. L’exposition temporaire se paie à part, 4 €. Les moins de six ans entrent gratuitement, de même que le troisième enfant d’une famille. Le musée est labellisé Tourisme et Handicap depuis 2022, avec des parcours multisensoriels et des supports en langage simplifié. Téléphone : 05 58 98 69 27.

Mugron l’ancien port, Saint-Sever la ville de l’abbaye

Mugron, 1 348 habitants, fut longtemps le dernier port navigable de l’Adour. Le port de Menet voyait partir les gabarres chargées de vins et d’eaux-de-vie de Chalosse, de Tursan, parfois de Jurançon ou de Madiran, vers Bayonne puis vers les acheteurs hollandais et anglais. Il en reste le chai d’Antin, bâtiment du 17e siècle dont la charpente de chêne couvre trois niveaux de plus de 800 mètres carrés chacun. L’économiste Frédéric Bastiat (1801-1850) s’installa au logis de Sendresse, sur une propriété d’environ 250 hectares morcelée en une douzaine de métairies ; c’est de là qu’il écrivit, en 1843, sur l’effondrement du commerce viticole local. Le village a aussi ses arènes, dites de la Condrette, et un fronton daté de 1907.

Saint-Sever, 5 043 habitants, tient sur un rebord de plateau au-dessus de l’Adour. Guillaume Sanche, duc de Gascogne, y fonde une abbaye bénédictine en 988, après sa victoire sur les Normands à Taller. L’église abbatiale que l’on visite aujourd’hui a été relevée après l’incendie de 1060 par l’abbé Grégoire de Montaner, sur le modèle de Cluny : 71 mètres de long, 31 mètres de large pour la nef, 41 pour le transept, et un chevet à sept absidioles échelonnées dont il ne subsiste que deux exemples en France. Environ 150 chapiteaux garnissent l’édifice. Classée monument historique en 1911, l’abbatiale est inscrite depuis 1998 au patrimoine mondial au titre des chemins de Compostelle, comme plusieurs étapes du chemin de Saint-Jacques au Pays Basque. L’intérieur a été restauré de 2013 à 2020 et rouvert le 12 novembre 2021. Le Beatus de Saint-Sever, manuscrit enluminé du milieu du 11e siècle qui a fait la réputation artistique de l’abbaye, n’est pas conservé sur place : il se trouve à la Bibliothèque nationale de France, à Paris. Le couvent des Jacobins, voisin, abrite le musée d’art et d’histoire. Le marché se tient le samedi matin, de 6 h à 12 h 30, place du Tribunal et sous les halles.

Le bœuf de Chalosse, trente mois au minimum

La viande a pris le nom du pays, et cette fois le nom est encadré par un cahier des charges. Le bœuf de Chalosse obtient le Label Rouge en 1991, puis l’indication géographique protégée en 1996. Le premier garantit la qualité gustative, la seconde la zone d’élevage, qui couvre le sud des Landes et le nord des Pyrénées-Atlantiques. Trois races sont admises, seules ou croisées entre elles : la blonde d’Aquitaine, qui fournit plus des trois quarts des volumes, la limousine et la bazadaise.

Le veau tète sa mère au moins quatre mois. L’animal passe ensuite au minimum six mois par an à l’herbe, en général d’avril à novembre, et alterne pré et étable le reste du temps. Sa ration est entièrement végétale, sans OGM, produite pour l’essentiel sur l’exploitation, et la finition dure six mois au moins, maïs en tête. L’abattage n’intervient pas avant trente mois, alors que la filière bovine française travaille couramment des animaux plus jeunes, et la limite haute est fixée à neuf ans. La carcasse pèse en moyenne 550 kilos. Environ 250 éleveurs produisent chaque année de l’ordre de 1 500 carcasses éligibles au label, ce qui reste une production confidentielle à l’échelle nationale. L’association qui gère la marque siège à Hagetmau. Curnonsky faisait déjà figurer ce bœuf dans son Trésor gastronomique de France en 1933. Le concours annuel se tient à Montfort-en-Chalosse, le dernier samedi de juillet.

Le reste de la table chalossaise suit la même logique de polyculture : volailles, canards gras que l’on retrouve dans le foie gras des Landes, et vins. Les coteaux de chalosse, reconnus comme vin de pays en 1986 puis intégrés à l’IGP Landes en 2009, assemblent en rouge du tannat, du cabernet franc et de l’egiodola, avec un rendement plafonné à 80 hectolitres par hectare.

Traverser la Chalosse à vélo, en car ou à pied

Une ancienne voie ferrée du 19e siècle a été transformée en voie verte par le département en 2007. Elle relie Hinx à Augreilh, quartier ouest de Saint-Sever, sur une trentaine de kilomètres, en passant par Gamarde-les-Bains, Montfort-en-Chalosse, Nousse, Lourquen et Mugron. Deux points méritent d’être connus avant de partir : le revêtement est un stabilisé peu roulant, qui convient mal aux vélos de route et aux montures chargées, et la partie centrale, autour d’Hauriet, ferme pendant la chasse à la palombe, avec un itinéraire de report. La voie ne dessert pas les centres-villes : elle s’arrête à 7 kilomètres de Dax et à 3 kilomètres de Saint-Sever. Un prolongement de 30 kilomètres entre Saint-Pierre-du-Mont et Hagetmau, par Saint-Sever, est engagé depuis 2023. Pour un itinéraire au long cours et goudronné, mieux vaut viser la Vélodyssée, qui longe la côte.

Sans voiture, la ligne régionale 527 relie Saint-Sever à Dax quatre fois par jour, du lundi au vendredi, en desservant Montaut, Mugron, Montfort-en-Chalosse et Hinx. Le trajet coûte 2,50 €.

Trois arrêts complètent la traversée. À Brassempouy, le préhistosite présente le site des grottes du Pape, d’où sortit en 1894 la Dame à la capuche, statuette d’ivoire de mammouth de 3,65 centimètres taillée il y a quelque 29 000 ans. L’original ne s’y trouve pas : il est exposé au musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Le musée seul coûte 11 € en plein tarif, 16 € avec la visite du site archéologique, laquelle se réserve à l’avance. À Hagetmau, la crypte de Saint-Girons, seul vestige d’une abbaye disparue, conserve un ensemble roman du début du 12e siècle sur 12 mètres par 7,60. À Pomarez, enfin, les arènes construites en ciment en 1931 et couvertes en 1958 accueillent 3 000 spectateurs et une quinzaine de spectacles par an ; l’école taurine du village est la seule à enseigner la course landaise.