L'église de L'Hôpital-Saint-Blaise, la coupole mauresque de la Soule
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Une église de moins de dix-huit mètres de long, bâtie vers 1140-1150 par les chanoines de Sainte-Christine du Somport, avec une coupole dont huit nervures se croisent en étoile au-dessus du transept. Elle ouvre tous les jours de l'année, de 9 h à 17 h en hiver et de 10 h à 19 h du 1er avril au 2 novembre. Un spectacle de seize minutes est projeté sous la coupole, huit fois par jour, à 6 euros. Classée monument historique le 3 mars 1888, inscrite au patrimoine mondial le 2 décembre 1998 avec les chemins de Saint-Jacques.
L’église Saint-Blaise se trouve à L’Hôpital-Saint-Blaise, commune de 55 habitants de la Basse-Soule, à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest d’Oloron-Sainte-Marie. Le village porte ce nom parce qu’il est né autour d’un hôpital de pèlerins du XIIe siècle, aujourd’hui disparu. L’église en est le seul reste debout.
Ce qui la distingue tient en un mot : sa coupole. Huit nervures de pierre s’y croisent pour dessiner une étoile, selon un procédé mis au point dans l’Espagne musulmane et pratiquement absent du reste de la France.
Horaires, tarifs et accès
Quand c’est ouvert
L’église ouvre tous les jours, sans exception, et l’année se coupe en deux régimes. Du 1er janvier au 31 mars, de 9 h à 17 h. Du 1er avril au 2 novembre, de 10 h à 19 h. Entrer et regarder ne coûte rien : la visite libre de la nef reste gratuite en permanence, y compris hors saison, quand le spectacle ne tourne plus.
Les séances du spectacle scénographique s’égrènent d’avril aux vacances de la Toussaint, à 11 h, 12 h, 14 h, 15 h, 16 h, 17 h, 18 h et 18 h 30. Un office peut décaler la dernière séance certains jours de fête.
Ce que coûte quoi
| Prestation | Tarif |
|---|---|
| Visite libre de l'église | gratuite |
| Audioguide, 8 minutes | participation libre |
| Spectacle scénographique, adulte | 6 € |
| Spectacle scénographique, enfant jusqu'à 14 ans | 3 € |
| Moins de 4 ans | gratuit |
| Groupe à partir de 20 personnes | 5 € par personne |
| Visite des extérieurs | + 1 € |
| Visite du moulin | + 1 € |
Un détail qui fait rebrousser chemin à des visiteurs chaque saison : les cartes bancaires ne sont pas acceptées. Il faut des espèces ou un chéquier. Le premier distributeur est à Mauléon ou à Navarrenx, à une dizaine de minutes de route.
Y aller, se garer
L’adresse est le 60 rue du Lausset, 64130 L’Hôpital-Saint-Blaise, et le téléphone le 05 59 66 07 21. Le village est posé sur la D25, entre Oloron-Sainte-Marie et Mauléon-Licharre. Depuis Oloron, on prend la D936 en direction de Navarrenx sur 12 kilomètres, puis la D25 sur la gauche vers Mauléon : le village arrive 5 kilomètres plus loin.
Le parking des visiteurs se trouve derrière l’église. Une aire pour les camping-cars est aménagée près de la mairie. L’église se visite en fauteuil roulant : rampes d’accès, aucune marche au seuil, sanitaires adaptés.
La coupole, ce qu’on voit en levant la tête
Elle couvre la croisée du transept, au centre exact du bâtiment. On se place dessous, on lève les yeux, et le dessin apparaît d’un coup : huit nervures de section carrée, aucune ne traverse le centre. Elles se croisent deux à deux à mi-parcours, dégagent un octogone au milieu, et leurs pointes forment une étoile à huit branches. L’octogone central n’est pas bouché. Il monte vers le lanternon, l’étage supérieur du clocher de croisée, par où le jour tombe.
Entre deux pointes de l’étoile, du côté du chevet, deux petites ouvertures sont fermées par des claustras, des plaques de pierre ajourées d’un dessin géométrique. C’est le même vocabulaire que celui des fenêtres de la nef, et il vient d’Al-Andalus.
Le principe de la coupole nervurée, où les arcs se croisent sans se rejoindre au sommet, apparaît vers 963 dans les trois coupoles de la mosquée de Cordoue construites sous al-Hakam II. Il suppose une géométrie que l’Occident chrétien ne maîtrisait pas encore. Le maître d’œuvre de L’Hôpital-Saint-Blaise l’avait apprise quelque part au sud de la chaîne.
Une correction s’impose sur un point que beaucoup de pages répètent. Cette coupole n’est pas seule de son espèce en France. L’église Sainte-Croix d’Oloron-Sainte-Marie, à une vingtaine de kilomètres, en possède une autre, de la même famille et de la même inspiration. Ce sont les deux seules au nord des Pyrénées, ce qui reste peu, mais deux et non une.
Le reste de l’édifice, du portail aux fonts baptismaux
Dehors
L’église tient dans moins de dix-huit mètres de long et un peu plus de douze au niveau du transept. Elle est montée en moellons de grès brun, pas en pierre de taille, ce qui donne aux murs leur épaisseur et cette surface irrégulière qui accroche la lumière rasante.
Deux clochers, ce qui est beaucoup pour un édifice de cette taille. Une tour carrée s’appuie au nord de la façade occidentale, couverte d’une simple toiture à double pente : c’est le premier. Le second s’élève au centre, sur la croisée, à deux étages, dont le plus large correspond au dôme intérieur.
Le portail occidental est en applique sur un mur de façade nu. Il compte six archivoltes qui reposent de chaque côté sur quatre colonnes en arrière du mur et une colonne en avant. Les chapiteaux engagés portent des entrelacs végétaux et des oiseaux fabuleux. Au-dessus, une corniche court sur une série de modillons.
Le tympan montre un Christ en majesté dans sa mandorle, entouré du tétramorphe, les quatre figures des évangélistes. La sculpture est très érodée et se lit mal en plein midi ; la lumière du matin ou de fin d’après-midi la rend plus nette. Ce portail a été repris entre 1903 et 1906, en pierre d’Arudy.
La toiture protège une charpente de chêne dont une grande part remonte au XIIe siècle, comme l’ont montré les travaux des années 1980-1990. La couverture, elle, a changé trois fois : ardoise à l’origine, bardeaux de chêne posés entre 1988 et 1996, bardeaux d’acacia depuis 2011.
Dedans
Le plan en croix grecque se lit aussi bien de l’intérieur que sur un relevé. Quatre travées voûtées d’arêtes forment les branches, la croisée occupe le centre, et la branche est se prolonge par une abside à pans coupés : trois pans, trois arches, trois fenêtres étroites. De grands arcs brisés à double arête bordent la croisée et reposent sur des colonnes doubles.
L’abside abrite le maître-autel. Autel-tombeau en bois décoré de guirlandes dorées, de la fin du XVIIe siècle, surmonté d’un tabernacle à ailes et d’un retable dont les colonnes sont ornées de vignes et de grappes. Le trumeau porte un tableau de saint Blaise, évêque et médecin. Le bras nord du transept abrite la chapelle du Sacré-Cœur, le bras sud celle de saint Blaise, chacune avec son autel-tombeau en bois, orné d’une simple croix.
À l’entrée, une tribune en châtaignier coupe la première travée à mi-hauteur. Son poids repose sur deux poutres prises dans les chapelles latérales, de façon à ne pas rétrécir la vue depuis le fond. Les fonts baptismaux sont creusés dans un cylindre de pierre plein, forme choisie pour qu’on ne puisse pas les renverser. Dans un angle de la chapelle du Sacré-Cœur, deux pierres tombales de la famille Mercatbide ont été sauvées lors du réaménagement de l’enclos paroissial ; l’une est celle d’Engrâce Cazenave, veuve de Daniel Mercatbide, morte en 1744.
Le spectacle scénographique de seize minutes
Le dispositif projette lumières et images sur les voûtes et sur la coupole, avec une bande-son. Durée : seize minutes. Le récit couvre neuf siècles d’histoire du bâtiment et du village, le pèlerinage médiéval et le travail des bâtisseurs. La jauge est de 60 personnes par séance.
Le point technique qui compte pour qui vient d’abord voir de l’architecture : aucun câble ni projecteur n’est visible depuis la nef. Le matériel est dissimulé, l’édifice garde son aspect nu entre deux séances. On peut donc regarder la coupole tranquillement, puis rester pour la projection sans avoir l’impression de visiter un plateau.
Le spectacle existe en cinq langues : français, basque, anglais, allemand et espagnol. Hors séance, un audioguide de huit minutes fait office de commentaire, en participation libre. La visite des extérieurs, facturée un euro de plus, ajoute le tour du chevet et la lecture du portail depuis le parvis.
Un hôpital de miséricorde bâti au milieu du XIIe siècle
Au XIIe siècle, la petite route qui traverse aujourd’hui le village était un passage entre le sud de la France et la péninsule ibérique. Chevaliers, marchands, religieux et migrants l’empruntaient vers les royaumes chrétiens du Sud, alors en pleine expansion sur les terres musulmanes. Le roi d’Aragon et le vicomte de Béarn ont fait bâtir tout un réseau d’établissements d’accueil au nord des Pyrénées, et en ont confié la gestion à l’hôpital Sainte-Christine du Somport.
Les chanoines de Sainte-Christine fondent ici, au milieu du siècle, un hôpital de miséricorde. L’église sort de terre vers 1140-1150. La communauté associe quelques religieux et des laïcs appelés donats, qui se sont donnés à l’établissement et l’entretiennent. C’est aussi une commanderie, avec des bâtiments, des terres, des droits de pâturage et des dîmes qui la font vivre.
Le déclin vient vite. Dès le XIIIe siècle, les itinéraires transpyrénéens se déplacent, et les voyageurs cessent de s’arrêter là. Les archives gardent la trace du lieu sous plusieurs graphies : la Commanderie de Misericordi chez les notaires d’Oloron en 1334, Saint-Blas dans un règlement des États de Navarre en 1670. La commanderie tient jusqu’à la Révolution. Les bâtiments d’accueil, eux, ont entièrement disparu. Ce sont surtout des pèlerins de Compostelle, à partir du XVIe siècle, qui s’y arrêteront, et un seul a laissé une trace écrite de son passage.
Le culte de saint Blaise est attesté ici depuis le XVIe siècle. Évêque de Sébaste, en Arménie, il est fêté le 3 février et passe pour guérir les maux de gorge ; les éleveurs l’invoquaient aussi pour leur bétail. Un pèlerinage local réunit encore la population au début de février. Le nom basque du village est Ospitalepea.
Classée en 1888, inscrite au patrimoine mondial en 1998
La première protection est un classement au titre des monuments historiques, prononcé le 3 mars 1888. La notice de la base Mérimée porte la référence PA00084398 et indique que l’église est propriété de la commune. Le classement est arrivé au bon moment : le bâtiment était alors en mauvais état et la ruine n’était pas loin. Deux campagnes de restauration ont suivi, la première de 1903 à 1906, la seconde de 1985 à 2002.
La seconde protection est plus récente. Le 2 décembre 1998, à Kyoto, le Comité du patrimoine mondial a inscrit le bien « Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France », numéro 868 sur la liste. Ce bien en série rassemble 71 monuments et 7 sections de sentier, soit 78 composantes réparties sur dix régions françaises. L’église de L’Hôpital-Saint-Blaise en est l’une des composantes.
La nuance mérite d’être posée, parce qu’elle est souvent brouillée sur les panneaux comme sur les brochures. L’église n’est pas inscrite pour elle-même au patrimoine mondial. Elle l’est comme élément d’un ensemble qui documente le pèlerinage vers Compostelle, au même titre que la collégiale d’une grande ville ou qu’un pont de campagne. Sa fondation hospitalière la range précisément dans cette catégorie. Elle se situe sur la voie du Piémont pyrénéen, l’un des itinéraires qui mènent vers Saint-Jean-Pied-de-Port et le col de Roncevaux.
Le village, le moulin et le GR 78
La commune couvre 2,11 km² et fait partie du canton de Montagne Basque, de l’arrondissement d’Oloron-Sainte-Marie et de la communauté d’agglomération du Pays Basque. Elle est traversée par le Lausset, une rivière de 39,3 kilomètres qui prend sa source à Sauguis-Saint-Étienne et rejoint le gave d’Oloron à Narp. Les maisons du bourg, serrées autour de l’église, datent pour la plupart des XVIe et XVIIe siècles.
Le moulin du XVIIe siècle a été restauré en 2014 et se visite pour un euro en supplément du billet. Un sentier d’interprétation, court, relie l’église au moulin et explique le fonctionnement de la roue et du bief.
Le GR 78, qui suit la voie du Piémont pyrénéen, traverse le village. L’étape suivante vers l’ouest descend sur Mauléon-Licharre. Les marcheurs qui font ce tronçon trouvent un gîte communal sur place. Au-delà, la Soule s’enfonce vers le sud et vers ses reliefs : les gorges de Kakuetta et la passerelle d’Holzarte sont à une heure de route. La commune appartient enfin à la zone d’appellation de l’ossau-iraty, et l’agriculture, maïs et élevage, occupe l’essentiel du territoire autour du bourg.