La crypte de Saint-Girons à Hagetmau, quatorze chapiteaux sous l'abbatiale disparue
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La crypte de Saint-Girons est tout ce qui reste de l'abbatiale d'Hagetmau, abattue en 1904. Sous la salle actuelle, quatorze chapiteaux romans sculptés au début du XIIe siècle entourent le socle de 3,80 m sur 4,20 m qui portait le tombeau du saint. Quatre d'entre eux racontent une histoire : le mauvais riche et Lazare, Daniel empoisonnant le dragon, la délivrance de saint Pierre, un homme qui dispute ses grappes à un oiseau. Ouverture du mardi au dimanche de 14 h 30 à 18 h 30 pendant les vacances de printemps, d'été et de la Toussaint, 4 € l'entrée.
La crypte se visite au 875 avenue Corisande, à Hagetmau, en Chalosse, à une quinzaine de kilomètres au sud de Saint-Sever. Rien ne dépasse au-dessus du sol : le bâtiment d’entrée occupe l’emplacement du chœur de l’ancienne église, transformé en vestibule. On y descend par deux escaliers de quinze marches, ménagés dans l’épaisseur du mur, qui débouchent de part et d’autre de la salle basse.
Ce qu’on voit en descendant
La salle mesure 11,20 mètres sur 8,05 mètres. Elle est divisée en trois nefs de trois travées chacune, prolongée vers l’est par un chevet polygonal que la période gothique a substitué à l’abside romane d’origine. Les voûtes d’arêtes qui la couvrent aujourd’hui ne sont pas médiévales : les voûtes d’ogives gothiques, disloquées par les mouvements d’un terrain en pente que mine un ruisseau, ont été refaites au moment de la démolition de l’église haute.
Au centre, un socle de pierre de 3,80 mètres sur 4,20 mètres. C’est là que reposait le sarcophage contenant les reliques de saint Girons, et c’est pour lui que toute la salle a été construite. Quatre colonnes de marbre en occupent les angles. Elles sont de couleurs différentes et proviennent d’un édifice antique, remployées telles quelles ; comme leur longueur ne convenait pas, trois ont été raccourcies et la quatrième complétée par un fût de pierre. Les douze bases de la crypte varient, mais la plupart portent deux tores très inégaux et des boules aux angles de la plinthe.
La lumière entre chichement, par des fenêtres étroites en grande partie refaites. Trois d’entre elles s’ouvrent à l’ouest, et elles ont une fonction précise : elles permettaient aux pèlerins de vénérer les reliques sans descendre à l’intérieur, en regardant depuis l’extérieur du bâtiment. À l’est, sous la fenêtre d’axe, un enfeu creusé dans le mur contenait encore au XIXe siècle un petit cercueil de pierre rempli d’ossements.
Quatorze chapiteaux, et comment ils se répartissent
L’ensemble compte quatorze chapiteaux romans. Douze portent les voûtes : quatre couronnent les colonnes de marbre du centre, huit sont engagés dans les murs, sur des colonnes de pierre dont les bases reposent sur une banquette moulurée qui court tout autour de la salle. Les deux derniers ont été remployés sous les arcs par lesquels les escaliers débouchent dans la crypte, et ils y ont perdu leur tailloir.
La construction date du tout début du XIIe siècle. Les chapiteaux historiés, eux, appartiennent à une phase un peu plus tardive, deuxième ou troisième décennie du siècle, quand le goût des « histoires » a pris le pas sur le décor purement végétal des premiers ateliers de la région.
Le plafond est bas et les corbeilles se lisent de près. C’est l’intérêt de l’endroit : dans une église, la même sculpture serait à dix mètres au-dessus des têtes, illisible sans jumelles. Ici, on tourne autour de chaque colonne et on suit une scène face après face.
Les quatre chapiteaux qui racontent quelque chose
Le plus commenté associe deux récits bibliques sur ses quatre faces. Sur la première, le mauvais riche de la parabole est assis à une table chargée de plats, entre deux compagnons ; à leurs pieds, Lazare est allongé, nu, et des chiens penchés sur lui lèchent ses ulcères. Sur la face voisine, les rôles se sont retournés : Lazare se tient debout entre deux anges qui le soutiennent, et le riche, couché en dessous, montre d’un geste suppliant sa langue desséchée par la soif. C’est l’Évangile de Luc, chapitre 16, et c’est un avertissement contre l’avarice, l’un des deux péchés qui ont le plus occupé les sculpteurs romans avec la luxure.
Les deux autres faces du même chapiteau changent de livre. Daniel, de profil, lance une boulette empoisonnée au dragon que les Babyloniens adoraient (Daniel, chapitre 14). Le monstre a un corps massif, de longues ailes, des anneaux couverts d’écailles qui se déroulent et se replient dans l’agonie ; sous la volute d’angle, une boulette est restée coincée entre ses mâchoires.
Le troisième chapiteau historié est engagé dans le mur méridional et représente la délivrance de saint Pierre. Un ange tranche de sa lance les liens qui enserrent l’apôtre. La prison est gardée par deux soldats équipés comme des chevaliers du XIIe siècle : casque, cuirasse, écu pointu, épée. Au-dessus de la scène, un oiseau tient un fleuron dans son bec. Les arcades qui encadrent les personnages portent une inscription, et elle est fautive : on lit FEREA QUID CUSTODES / COIRUM SIC CECUNT / HOSTIA PETRO SOLVE / RE ANG S. PETRUM, texte déformé au point d’être à peu près inintelligible par un sculpteur qui, de toute évidence, ne comprenait pas ce qu’il recopiait.
Le quatrième met en scène des hommes et des oiseaux. À chaque angle, un homme debout dispute à un grand oiseau les fruits ou les grappes qu’il tient dans son bec. Les visages sont modelés avec des détails réalistes, les vêtements tombent en plis souples, les plumes sont dessinées une à une. C’est la pièce la mieux taillée de la crypte.
Lions souriants, oiseaux affrontés, feuillages
Les dix autres chapiteaux n’ont pas de récit, et ils intéressent pourtant les historiens de l’art autant que les quatre premiers, parce qu’ils désignent deux mains différentes. Les deux du bas des escaliers et l’un de ceux du mur ouest reprennent la manière des sculpteurs qui ont orné le chevet de l’abbatiale de Saint-Sever : dés très saillants, volutes à longue hampe portant un enroulement en coquille d’escargot, feuilles nues incurvées ou roulées à leur pointe. Sur deux corbeilles des murs sud et ouest, des lions souriants passent sur un fond de fines pendeloques, et des oiseaux affrontés étreignent un masque entre leurs serres, exactement comme dans les absidioles sud de Saint-Sever.
D’autres pièces reprennent les mêmes thèmes en les traitant autrement. Des oiseaux en fort relief joignent leurs pattes très haut au milieu de la face principale ; leurs plumes, leur œil, leur bec, les feuillages qu’ils picorent sont dessinés d’une autre main. Les lions du mur nord sont entourés d’un type de feuille qu’on ne connaît pas à Saint-Sever, et qui revient ici plusieurs fois, notamment sur le beau chapiteau à feuillage d’une des colonnes de marbre. On retrouve ces caractères dans un groupe d’églises de l’Agenais, à Mézin, à Vianne, à Saint-Pierre-de-Buzet. Deux courants de sculpture, l’un landais et l’autre venu de l’est, se sont donc croisés sur ce chantier.
L’abbaye qui se tenait au-dessus
La tradition locale fait de Girons un compagnon de saint Sever, envoyé évangéliser l’Aquitaine et tué par les Wisigoths ariens, puis raconte que Charlemagne, passant en 778 vers l’Espagne, ordonna de lui élever un tombeau monumental. Les textes anciens sont plus sobres : ils ne lui donnent que le titre de confesseur, c’est la tradition qui l’a fait évêque et martyr. Aucun document, aucun vestige n’atteste une église ou un monastère à cet endroit avant 1116 et 1117, dates des premières mentions certaines d’une communauté.
L’abbaye bénédictine n’a jamais eu un très grand rayonnement. En 1330, quand l’abbé Guillaume Loup s’entend avec Garcia, évêque d’Aire, pour partager les revenus de leurs possessions communes, les douze localités concernées se trouvent toutes dans un rayon d’une quinzaine de kilomètres autour du monastère. C’est aussi l’année où l’établissement est sécularisé et confié à un chapitre de chanoines.
Ce qui amenait du monde, c’était le tombeau. Hagetmau est une étape sur la route de Compostelle par la voie de Vézelay, que le GR 654 suit toujours entre Saint-Sever, Hagetmau et Orthez ; les trois fenêtres ouest de la crypte disent assez le flux de visiteurs qu’il fallait écouler sans encombrer la salle. Les marcheurs d’aujourd’hui poursuivent vers le Béarn puis vers Saint-Jean-Pied-de-Port, dernière halte française avant les cols, et le chemin de Saint-Jacques au Pays Basque reprend là où la Chalosse s’arrête.
Pourquoi l’église a disparu et pas la crypte
En 1569, les capitaines huguenots pillent et incendient l’abbatiale. Six chanoines y sont tués, les reliques dispersées. L’édifice ne s’en remet pas vraiment. La municipalité prend possession des lieux le 5 juillet 1790, le chapitre est supprimé l’année suivante.
Le sort des deux bâtiments se joue en 1840, puis en 1862 : la crypte est portée sur la liste des monuments historiques, classée par la liste de 1862, et l’église, elle, en est toujours restée exclue. Toute la fin du XIXe siècle voit se succéder des projets de restauration, appuyés par des sommités archéologiques nationales et locales. Aucun n’aboutit. En 1904, l’église haute est abattue sans qu’aucun autre document que deux photographies en soit conservé. La plupart des pierres partent dans la construction d’un hospice, beaucoup d’autres sont volées, et les deux chapiteaux qui subsistaient à l’entrée du transept disparaissent.
De 1905 à 1908, l’architecte Henri Léon Rapine restaure ce qui reste : il refait les voûtes en voûtes d’arêtes, plus conformes au style général que les ogives gothiques, reprend un mur sud effondré et élève au-dessus de la crypte la salle qu’on traverse en arrivant. Une seconde campagne, de février 2013 à mai 2014, a repris l’accessibilité et les abords. Le jardin qui entoure le bâtiment a changé deux fois : d’abord un jardin médiéval, puis une roseraie de vingt-quatre variétés. L’avenue, elle, porte le nom de Corisande, du surnom de Diane d’Andoins, née à Hagetmau en 1554 et morte dans la même ville en 1621.
Horaires, tarifs et accès
La crypte ouvre du mardi au dimanche, de 14 h 30 à 18 h 30, pendant les vacances de printemps, l’été et les vacances de la Toussaint. L’entrée en visite libre coûte 4 €, 3 € en tarif réduit, et elle est gratuite pour les moins de 10 ans.
En juillet et en août, une visite guidée intitulée « Décrypte la crypte » a lieu chaque mercredi à 16 h, sur réservation : 5 €, 4 € en tarif réduit, gratuit pour les moins de 6 ans. Trois nocturnes guidées s’ajoutent au programme d’été, les 22 juillet, 6 et 20 août, à 7 € et 5 € en tarif réduit, gratuites pour les moins de 10 ans. Pendant les Journées européennes du patrimoine, en septembre, l’entrée est libre. Les groupes sont reçus sur rendez-vous toute l’année, y compris hors saison.
| Adresse | 875 avenue Corisande, 40700 Hagetmau |
|---|---|
| Téléphone | 05 58 79 38 26 (office de tourisme Landes Chalosse) |
| Ouverture | Mardi au dimanche, 14 h 30 - 18 h 30, vacances de printemps, été, vacances de la Toussaint |
| Tarifs | 4 € plein, 3 € réduit, gratuit - 10 ans |
| Visite guidée | Mercredis 16 h en juillet et août, 5 € / 4 €, sur réservation |
Hagetmau se rejoint depuis Dax ou depuis Mont-de-Marsan, par la route qui traverse la Chalosse. La visite dure ce qu’on veut y passer, et une salle de onze mètres sur huit se regarde longtemps quand on prend chaque chapiteau l’un après l’autre. Pour un autre volume creusé dans le sol landais et basque, cette fois par l’eau et occupé bien avant les moines, les grottes d’Isturitz et d’Oxocelhaya se visitent à une heure de route.