Le Pays Basque et les Landes, côté terrain Bayonne · Biarritz · Dax · Saint-Jean-de-Luz
Nature LandesPays Basque
Portail de fer forgé aux deux grands-bis devant une chapelle romane à clocher-mur

Notre-Dame des Cyclistes, la chapelle où les champions laissent leur maillot

9 min de lecture

L'ancienne chapelle de Géou, bâtie à la fin du XIe siècle sur une villa gallo-romaine, est devenue le sanctuaire national du cyclisme le lundi de Pentecôte 18 mai 1959. Plus de sept cents maillots y pendent sur trois rangs, d'André Darrigade à Eddy Merckx. Elle ouvre du 1er mai au 15 octobre, un euro l'entrée, à deux kilomètres et demi de Labastide-d'Armagnac par la D626. Celui de Lance Armstrong a été décroché le 26 octobre 2012.

Le portail est en fer forgé, avec deux grands-bis dessinés dans la ferronnerie. Il ouvre sur une église romane de campagne, posée en léger retrait de la D626, à deux kilomètres et demi du bourg de Labastide-d’Armagnac. À l’intérieur, sept cents maillots de coureurs pendent au-dessus des bancs, sur trois rangs et sur toute la longueur de la nef.

Horaires, tarif et accès

La chapelle ouvre du 1er mai au 15 octobre, et reste fermée le reste de l’année. Du 1er mai au 30 juin, puis du 1er septembre au 15 octobre, elle accueille les visiteurs de 15 h à 18 h tous les jours sauf le lundi. En juillet et en août, les horaires s’élargissent : 10 h à 12 h et 15 h à 18 h, avec deux exceptions, le lundi où elle reste close, et le dimanche matin.

L’entrée coûte un euro, guide du visiteur compris. Les groupes d’au moins vingt personnes disposent d’une visite commentée, toute l’année cette fois, sur réservation préalable et pour deux euros par personne ; la réservation passe par l’association gestionnaire, à l’adresse notredamedescyclistes@gmail.com, ou par téléphone au 05 58 44 86 46.

L’adresse postale est route de Cazaubon, quartier de Géou, 40240 Labastide-d’Armagnac. Depuis la place Royale de la bastide, on prend la direction de Cazaubon et l’on roule deux kilomètres et demi : le portail aux grands-bis se voit depuis la route. Le terrain autour de la chapelle, avec son parking et son aire de pique-nique, reste accessible même quand la porte est fermée, ce qui sauve la halte des cyclistes de passage en avril ou en novembre.

Les cyclistes, justement, arrivent souvent par la Scandibérique, la partie française de l’EuroVelo 3 qui relie Trondheim à Saint-Jacques-de-Compostelle sur près de 1 700 kilomètres en France. L’itinéraire traverse Labastide-d’Armagnac, où une aire de repos et un point d’eau sont installés. Rien à voir avec la Vélodyssée qui longe l’océan : on est ici à une soixantaine de kilomètres des plages, dans les vignes du Bas-Armagnac.

Une église du XIe siècle posée sur une villa gallo-romaine

La notice des monuments historiques date l’église du dernier quart du XIe siècle, entre 1075 et 1100. Elle devient église paroissiale dans les années 1270 et le reste jusqu’à la Révolution, avec une interruption : pillée en 1569 pendant les guerres de Religion, elle retrouve son statut de paroisse indépendante de 1572 à 1749, avant d’être rattachée à Labastide-d’Armagnac. Le château de Géou, lui, avait été rasé en 1355 par le Prince Noir. Il n’en reste plus rien.

Sous l’église dort un site archéologique fouillé de longue date. J. Lauffray y dégage en 1960 et 1961 des hypocaustes et une mosaïque à décor géométrique. Les fouilles systématiques commencent en 1970 sous la direction de Jean-Pierre Bost, avec des sondages complémentaires au printemps 1976. Elles montrent une villa gallo-romaine du Bas-Empire, abandonnée avant les grandes invasions du début du Ve siècle, puis un terrain qui sert successivement de carrière de pierre et de cimetière. Des fours de potiers des Ve et VIe siècles y ont été retrouvés, ainsi que des sarcophages médiévaux dont les constructeurs avaient réemployé des fragments de la mosaïque antique comme dépôt funéraire.

L’architecture porte encore la trace de tout cela. La maçonnerie est mêlée, avec des blocs romains remployés dans les murs. La nef est étroite, recoupée tardivement, et s’ouvre à l’est sur une petite abside en hémicycle percée de meurtrières, épaulée à l’extérieur par deux masses obliques qui font office de contreforts. Le clocher est un ouvrage de bois couvert en croupes.

La chapelle est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du 27 février 1996, sous la référence PA40000006. La protection porte sur l’église et sur le sol comme le sous-sol de la parcelle B 256, ce qui couvre les vestiges enfouis autant que le bâti. Les abords, sur 2,4 hectares, sont par ailleurs inscrits comme site d’intérêt pittoresque par un arrêté ministériel du 26 mars 1980. Le propriétaire est la commune.

1958 et 1959, l’idée de l’abbé Massie

Le 22 août 1958, l’abbé Joseph Massie, curé de Créon-d’Armagnac, de Mauvezin-d’Armagnac et de Lagrange, devait dire la messe pour les enfants d’une colonie. Une pluie continue rendait tout déplacement impossible jusqu’à Mauvezin, à quelques kilomètres. On se replia sur la chapelle de Géou, voisine de quelques centaines de mètres, alors envahie par le lierre et les broussailles. C’est en sortant de l’office que le curé eut l’idée d’y installer une chapelle pour les cyclistes.

Il avait un modèle en tête : la Madonna del Ghisallo, près de Bellagio et du lac de Côme, que Pie XII avait proclamée patronne universelle des cyclistes en 1948. Les démarches aboutirent en moins d’un an. Un décret de la Congrégation des rites, daté du 11 mai 1959, fit officiellement de la chapelle de Géou le sanctuaire national du cyclisme et du cyclotourisme. L’inauguration eut lieu une semaine plus tard, le lundi de Pentecôte 18 mai 1959, avec l’accord de Jean XXIII, sous le vocable de Notre-Dame de la Visitation.

Joseph Massie a desservi le sanctuaire jusqu’à sa mort, en décembre 1999. Quarante ans. Le département des Landes compte deux autres chapelles de ce genre, dédiées non pas à un métier ou à une confrérie mais à un sport : Notre-Dame-de-la-Course-Landaise à Bascons et Notre-Dame-du-Rugby à Larrivière-Saint-Savin.

Sept cents maillots sur trois rangs

Les maillots ont été déposés en ex-voto, un par un, par des coureurs de passage ou par leurs familles. Ils sont aujourd’hui plus de sept cents, suspendus sur trois rangées superposées, tout le long de la nef. On y reconnaît les couleurs d’André Darrigade, le sprinteur landais qui fut le premier à en laisser un, de Jacques Anquetil, Louison Bobet, Roger Lapébie, Tom Simpson, Jean Stablinski, Bernard Hinault, Raymond Poulidor, Eddy Merckx et Luis Ocaña. Greg LeMond y a laissé son maillot jaune en 1989. Jeannie Longo et Richard Virenque figurent aussi au tableau.

À côté des champions, les clubs amateurs ont apporté leur part : environ six cents casquettes et pièces d’équipement complètent l’accrochage. L’entrée de la chapelle est occupée par des bicyclettes anciennes qui racontent l’évolution de la machine depuis la fin du XIXe siècle, du grand-bi au vélo du facteur. L’une d’elles a servi au tournage des Cracks, le film d’Alex Joffé sorti en 1968.

Cette accumulation de tissu dans un bâtiment de pierre du XIe siècle pose un problème que les gestionnaires connaissent bien. Le dossier de restauration monté en 2019 mentionnait l’humidité ambiante comme une gêne directe pour la conservation des objets exposés, au même titre que la dégradation du bâtiment lui-même. Une partie des travaux visait précisément à assainir l’ensemble.

Le maillot décroché : Armstrong, 26 octobre 2012

Le 22 octobre 2012, l’Union cycliste internationale entérine les conclusions de l’agence américaine antidopage et retire à Lance Armstrong ses sept victoires au Tour de France. Quatre jours plus tard, le 26 octobre, son maillot est décroché des murs de Notre-Dame des Cyclistes. La décision revient à l’association des Amis de Notre-Dame-des-Cyclistes, dont le président Claude Nadeau la présente comme un geste symbolique qui ne fait que suivre celle de l’UCI. L’information a été rapportée le jour même par Sud Ouest.

L’accrochage tient du palmarès autant que du musée. Il suit les décisions des instances sportives, et quand le palmarès change, le mur change.

Les vitraux, les statues et la pierre

Les vitraux ne sont pas anciens. Ils ont été dessinés par Henry Anglade, ancien coureur professionnel et champion de France, et réalisés par le maître verrier Étienne Nouvet. Le sujet du plus connu d’entre eux est une scène de course : Fausto Coppi et Gino Bartali se passant un bidon en pleine ascension, l’image la plus reproduite du cyclisme italien d’après-guerre. Un autre représente Luis Ocaña en plein effort.

Le mobilier liturgique est postérieur aux guerres de Religion, le précédent ayant disparu en 1569. Deux statues valent le coup d’œil. La première est une Notre-Dame en noyer du XVIe siècle. La seconde se tient derrière l’autel, à l’entrée du chœur : une Vierge couronnée en pierre des Pyrénées, scellée sur un chapiteau, l’Enfant tenant le globe terrestre à la main. Elle a été offerte à la chapelle quelques jours avant l’inauguration de 1959 et sa sculpture est rapportée au XVe siècle.

Reste la pierre elle-même, qui se lit sans commentaire quand on regarde les murs de près : des blocs antiques récupérés sur la villa voisine alternent avec des moellons bruts. L’abside est éclairée par des fentes étroites qui laissent peu de jour. C’est un bâtiment sombre, et la lumière y vient surtout des vitraux modernes.

La restauration a été financée en partie par le Loto du patrimoine, la chapelle ayant été retenue par la Mission Bern en 2019. La collecte lancée en octobre de cette année-là a réuni 19 517 euros, dont 6 517 euros de dons et 13 000 euros de la mission. Les travaux ont porté sur la façade ouest, à l’intérieur comme à l’extérieur, sur la couverture, et sur la charpente du clocher attaquée par les insectes xylophages. Le chantier a démarré en décembre 2020 et s’est achevé en mai 2021.

Ocaña, la Pentecôte et les passages du Tour

Luis Ocaña n’est pas seulement un maillot sur un mur. L’Espagnol, arrivé enfant dans le Gers, coureur au club de Mont-de-Marsan puis vainqueur du Tour de France 1973 avec 15 minutes et 51 secondes d’avance et six étapes à son compte, s’est marié dans cette chapelle. C’était le 24 décembre 1966, avec Josiane Calède, après un mariage civil au Houga. Il s’installa ensuite comme exploitant agricole à Caupenne-d’Armagnac, dans le Gers. Ses obsèques ont été célébrées au même endroit le 24 mai 1994, cinq jours après sa mort.

Chaque lundi de Pentecôte, une messe est dite pour les cyclistes, et la journée tient aussi de la fête : randonnées le matin, célébration, repas. La date suit le calendrier liturgique et se déplace d’une année sur l’autre. En 2027, elle tombe le lundi 17 mai.

Le Tour de France est passé cinq fois devant la chapelle : en 1984, 1989, 1995, 2000 et 2023. Le dimanche 9 juillet 1989, la huitième étape est même partie de Labastide-d’Armagnac pour rejoindre Pau, sur 157 kilomètres, quelques jours avant l’entrée dans les Pyrénées. Le 4 juillet 2023, la quatrième étape reliant Dax au circuit Paul-Armagnac de Nogaro a placé son sprint intermédiaire au kilomètre 83,8, exactement devant Notre-Dame des Cyclistes.

La chapelle sert aussi de halte à des cyclistes qui ne courent pas : ceux qui roulent vers Lourdes, et ceux qui descendent vers Saint-Jacques-de-Compostelle par la voie des pèlerins. Le pays autour se visite dans la foulée, entre la bastide de Labastide-d’Armagnac, ses chais et les alambics qui distillent l’armagnac et le floc de Gascogne. Plus au sud, le chemin de Saint-Jacques traverse le Pays Basque avant de passer la frontière, et les autres itinéraires de la région sont détaillés du côté des Landes et du Pays Basque à pied et à vélo.