Le dossier
Le thermalisme dans les Landes et au Pays Basque, station par station
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Six stations thermales fonctionnent aujourd'hui entre l'Adour et la Nive : Dax, Saint-Paul-lès-Dax, Saubusse, Préchacq-les-Bains et Eugénie-les-Bains dans les Landes, Cambo-les-Bains au Pays Basque. Les établissements landais ont reçu 58 594 curistes en 2024, près de 15 % du marché français, dont plus de 33 000 à Dax. Chaque station est agréée pour une ou deux des douze orientations thérapeutiques reconnues, et pour rien d'autre. La cure de dix-huit jours se prescrit et se rembourse à 65 % ; le spa thermal, lui, se paie à l'entrée, à partir de 18 € les deux heures.
Six établissements thermaux fonctionnent aujourd’hui entre l’estuaire de l’Adour et la vallée de la Nive. Cinq sont landais, un seul est basque. Les listes anciennes en comptent davantage, parce que plusieurs sources ont été exploitées puis abandonnées au cours du siècle dernier, et que deux communes portent encore « les Bains » dans leur nom sans avoir de thermes. Ce qui suit s’en tient aux stations où l’on peut réellement suivre une cure en 2026, avec la nature de leur eau, l’agrément dont elles disposent et leurs dates d’ouverture.
Ce qu’un agrément thermal autorise, et ce qu’il n’autorise pas
L’Assurance maladie reconnaît douze orientations thérapeutiques, et douze seulement : rhumatologie, voies respiratoires, phlébologie, dermatologie, gynécologie, neurologie, affections digestives et maladies métaboliques, affections urinaires et maladies métaboliques, affections des muqueuses bucco-linguales, maladies cardio-artérielles, affections psychosomatiques, troubles du développement chez l’enfant. Un établissement est agréé pour une ou deux d’entre elles. La pathologie inscrite sur l’ordonnance doit correspondre à l’orientation de la station choisie, sans quoi le dossier ne passe pas.
Cette liste ferme le sujet. La fibromyalgie, par exemple, n’y figure pas : elle est prise en charge à l’intérieur de l’orientation rhumatologie, sous forme de programmes complémentaires que plusieurs établissements dacquois ont développés, et non comme une orientation distincte. Sur le territoire, quatre orientations sont représentées : la rhumatologie partout, la phlébologie dans le Bas-Adour, les voies respiratoires à Préchacq et à Cambo, les affections urinaires et métaboliques à Eugénie.
| Station | Eau | Orientations agréées | Saison 2026 |
|---|---|---|---|
| Dax (40) | Hyperthermale sulfatée calcique, chlorurée sodique, 64 °C | Rhumatologie, phlébologie | 19 février au 14 décembre |
| Saint-Paul-lès-Dax (40) | Chlorosulfatée, bicarbonatée, sodique et calcique | Rhumatologie, phlébologie | 12 janvier au 20 décembre |
| Saubusse (40) | Chlorurée sodique, 39 °C | Rhumatologie, phlébologie | 23 février au 12 décembre |
| Préchacq-les-Bains (40) | Sulfureuse, sulfatée calcique et magnésienne, 60 °C | Rhumatologie, voies respiratoires | 4 mai au 7 novembre |
| Eugénie-les-Bains (40) | Sulfatée bicarbonatée sodique ; sulfurée sodique calcique magnésienne | Rhumatologie, affections urinaires et maladies métaboliques | 23 février au 28 novembre |
| Cambo-les-Bains (64) | Sulfurée, sulfatée calcique et magnésienne, 22 °C | Rhumatologie, voies respiratoires | 23 février au 12 décembre |
Dax et Saint-Paul-lès-Dax, la moitié du thermalisme français du Sud-Ouest
L’eau arrive à 64 °C sans qu’on la chauffe. Elle est captée par cinq forages installés le long de l’Adour, et la ville en distribue environ 800 000 m³ par an aux établissements et à l’atelier qui fabrique la boue. La Fontaine chaude, au centre, enferme la source de la Nèhe et laisse couler 2 400 000 litres par jour dans son bassin rectangulaire. Personne ne s’y baigne : c’est un déversoir, pas un bain.
La particularité dacquoise tient surtout au péloïde, produit par une régie municipale sous la marque Terdax. Les limons anciens de l’Adour sont extraits dans les marais de Saubagnacq, à quelques centaines de mètres du centre, puis mélangés à l’eau minérale et à des cyanobactéries. Après maturation, la boue est conditionnée en sachets de dix kilos portant un numéro de lot et une date limite d’utilisation, sous certification Aquacert. Tous les établissements de Dax et de Saint-Paul appliquent la même. Le limon vient des mêmes barthes de l’Adour, ces marais inondables qui bordent le fleuve.
Une quinzaine d’établissements thermaux et un hôpital thermal se répartissent entre les deux communes. Les Thermes Bérot ouvrent du 23 février au 12 décembre 2026, les Thermes Borda du 2 mars au 12 décembre, ceux du Grand Hôtel du 1er mars au 28 novembre. À Saint-Paul-lès-Dax, l’eau change légèrement de composition, chlorosulfatée et bicarbonatée, et trois établissements se partagent la saison : Christus du 2 mars au 28 novembre, Les Chênes du 18 février au 26 novembre, Sourcéo du 12 janvier au 20 décembre. Dax a reçu plus de 33 000 curistes en 2024, et le département 58 594, en hausse de 1 % sur un an. Quarante-cinq pour cent des lits hôteliers landais se trouvent en zone thermale. La ville, en dehors des soins, a ses arènes, sa feria d’août et ses marchés.
Saubusse, Préchacq et Eugénie, trois stations de campagne
Saubusse, la source Raja à 39 °C
Sept cent vingt habitants, quinze kilomètres de Dax, un établissement resté familial et indépendant depuis 1922. L’eau de la source Raja est chlorurée sodique et sort à 39 °C, la plus chaude du territoire après celle de Dax et de Préchacq. La maison y ajoute une boue qui lui est propre, la « Pélose », mélange de tourbe et d’eau thermale renouvelé chaque jour. Agrément en rhumatologie et en phlébologie, saison du 23 février au 12 décembre 2026.
Préchacq-les-Bains, rouvert après trois millions d’euros de travaux
Préchacq compte cinq cents habitants et une eau hyperthermale à 60 °C, sulfureuse, sulfatée calcique et magnésienne. L’établissement appartient à la Chaîne thermale du Soleil et cumule deux orientations, rhumatologie et voies respiratoires. Sa saison 2026 est courte, et pour une raison précise : le bâtiment a été refait de fond en comble à partir de l’hiver 2025, pour trois millions d’euros, avec de nouveaux vestiaires, des cabines de bains cloisonnées et une salle de repos. Les curistes sont attendus du 4 mai au 7 novembre 2026 seulement. Qui réserve pour mars ou pour début avril se trompe de station.
Eugénie-les-Bains, la seule à traiter l’appareil urinaire
Cinq cent vingt habitants dans le Tursan, et trois sources d’analyses différentes. Saint-Loubouer et Impératrice donnent une eau sulfatée bicarbonatée sodique ; Christine-Marie une eau sulfurée, sodique, calcique et magnésienne, chargée en plancton thermal. Eugénie est agréée en rhumatologie et en affections urinaires et maladies métaboliques, orientation qu’aucune autre station du territoire ne porte. La saison va du 23 février au 28 novembre 2026. Le village abrite aussi La Ferme thermale, ouverte du 2 mars au 29 novembre 2026, où les bains de boue se prennent en bassin individuel, sans prescription.
Cambo-les-Bains, seule station thermale du Pays Basque
Une seule commune basque exploite une eau agréée, et c’est Cambo. L’agence de développement touristique des Pyrénées-Atlantiques la présente d’ailleurs comme la station thermale unique du Pays Basque. L’eau de la source Honorine sort à 22 °C, sulfurée, sulfatée calcique et magnésienne, avec du cuivre et du zinc. Elle est donc réchauffée pour les soins de rhumatologie, alors qu’elle sert telle quelle en voies respiratoires. Les deux orientations peuvent se cumuler dans une même cure.
Le bâtiment, entouré de douze hectares de parc planté de palmiers, date des années 1920 et porte la marque de l’architecte Pierre Sajous, dans un registre Art déco assez éloigné des façades à colombages du Labourd. La station doit une part de sa réputation à un malade célèbre : Edmond Rostand, atteint d’une pleurésie, s’installe à Cambo en 1900 sur conseil médical, y reste et fait construire Arnaga. Une douzaine d’anciens sanatoriums subsistent dans la commune, reconvertis en centres de soins. La saison 2026 court du 23 février au 12 décembre. À une vingtaine de kilomètres de la côte, la station se combine facilement avec la visite de la villa Arnaga et de ses jardins.
Les stations qui n’existent plus, et celles qui sont en Béarn
Deux communes landaises portent « les Bains » sans avoir d’établissement en activité. Tercis-les-Bains, à sept kilomètres de Dax, exploitait des eaux sulfurées calciques et chlorurées sodiques ; ses thermes ont fermé en 2003, d’après l’historique publié par la mairie. Le site avait pourtant une histoire longue, léproserie au Moyen Âge, station fréquentée après-guerre. Gamarde-les-Bains a cessé plus tôt encore : la station ferme en 1926, sa concession s’éteint en 1955, et si une nouvelle autorisation d’exploitation a été délivrée en 1993, l’eau de la source du Buccuron part depuis 2006 dans les crèmes d’un laboratoire de dermo-cosmétique installé sur place.
L’autre confusion est géographique. Salies-de-Béarn, Eaux-Bonnes et Eaux-Chaudes se rangent régulièrement sous l’étiquette basque : les trois sont en Béarn. Salies, à une quarantaine de kilomètres de Bayonne, exploite une eau salée à 60 g par litre, agréée en rhumatologie, en gynécologie et en troubles du développement chez l’enfant, et ouvre du 16 mars au 12 décembre 2026. Eaux-Bonnes et Eaux-Chaudes se trouvent dans la vallée d’Ossau, à plus de deux heures de route de la côte basque, et l’établissement d’Eaux-Bonnes est fermé pour rénovation. Aucune de ces trois stations n’est basque, ni par la géographie, ni par la langue.
Sur ordonnance : dix-huit jours, un accord préalable, 65 %
La cure conventionnée obéit à une mécanique fixe. Un médecin, traitant ou spécialiste, la prescrit pour une pathologie relevant de l’une des douze orientations, et l’ordonnance reste valable un an. Le dossier part ensuite à la caisse d’assurance maladie, qui doit donner son accord préalable : sans cet accord, rien n’est remboursé. La cure dure dix-huit jours de soins effectifs, généralement répartis sur vingt et un jours de présence, six jours sur sept.
Côté argent, deux forfaits se distinguent. Le forfait thermal, qui paie les soins, est remboursé à 65 % d’un tarif conventionnel variable selon l’orientation. Le forfait de surveillance médicale, qui couvre les trois consultations obligatoires du médecin thermal, en début, milieu et fin de cure, est remboursé à 70 % sur une base de 28 € par consultation en simple orientation. Une complémentaire santé prend souvent le reste.
L’hébergement et le transport, eux, ne suivent pas. Ils ne sont pris en charge que sous condition de ressources : le plafond s’établit à 14 664,38 € de revenu annuel pour une personne seule, majoré de moitié par personne à charge, et c’est le revenu de 2025 qui compte pour une cure suivie en 2026. Sous ce plafond, le transport est remboursé à 55 % sur la base d’un billet SNCF de deuxième classe, et l’hébergement à 65 % d’un forfait de 150,01 €, soit un peu moins de 98 €. Au-dessus, trois semaines de logement restent intégralement à la charge du curiste. C’est le vrai poste de dépense, bien plus que le ticket modérateur.
Sans ordonnance : mini-cures, spas thermaux et thalasso
Tous les établissements du territoire vendent aussi des séjours courts et des entrées à la journée, hors de tout parcours de soins. Ces formules n’ouvrent aucun droit à remboursement, et elles ne demandent ni prescription ni accord de caisse. Elles utilisent la même eau, dans les mêmes bassins, souvent dans une aile distincte du bâtiment.
À Saint-Paul-lès-Dax, Sourcéo ouvre sept jours sur sept, de 10 h à 20 h 30, avec des bassins à 33 °C, un hammam, un sauna et une salle de cardio-training. Deux heures coûtent 18 € en tarif adulte, 14 € pour un étudiant ou un enfant de 3 à 15 ans, quatre heures 23 €, la journée 27,50 €, et la dernière heure de la soirée 12 €. À Cambo, le spa thermal occupe 1 700 m² et trois bassins d’eau thermale, accessibles sans prescription. À Eugénie, La Ferme thermale vend ses bains de boue à l’unité. Saubusse propose des mini-cures de quelques jours.
Reste la thalassothérapie, qu’on confond souvent avec le thermalisme alors que rien ne les rapproche sur le plan administratif. La thalasso emploie de l’eau de mer pompée au large, des algues et des boues marines ; le thermalisme, une eau souterraine minéralisée et agréée. La thalassothérapie n’est plus remboursée depuis 1998. La côte en compte plusieurs établissements, à Biarritz, à Anglet, à Saint-Jean-de-Luz et à Hendaye, tous adossés à un hôtel. Aucun n’est agréé pour une orientation thérapeutique, et aucun ne délivre le formulaire que réclame la caisse.