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Bassin maçonné fumant au milieu d'une prairie en ruine, brume du matin sur la chênaie

Le Trou de Madame à Préchacq-les-Bains, la source chaude à ciel ouvert

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À un kilomètre des thermes de Préchacq-les-Bains, dans la prairie du Sesca, une source sulfurée remplit un bassin maçonné à environ 30 °C, en accès libre et gratuit. On y arrive par 1,2 kilomètre de route forestière puis 150 mètres de sentier, soit 2,8 kilomètres aller-retour et une heure de marche au plus. Le terrain appartient aux thermes depuis 1998 et reste ouvert toute l'année, mais il occupe une barthe de l'Adour : la prairie prend l'eau à la fin de l'hiver, et les derniers mètres restent gras longtemps après. C'est là qu'a commencé le thermalisme de Préchacq, en 1620.

Le départ se prend avenue des Sources, à Préchacq-les-Bains, sur le parking du Clos Pité, en face de l’hôtel-restaurant du même nom, au 1348 avenue des Sources. Le stationnement est gratuit et un panneau Trou de Madame ouvre la route juste à côté. Préchacq se trouve à une dizaine de kilomètres en amont de Dax et de ses thermes, dans la plaine de l’Adour, à une altitude qui dépasse à peine celle du fleuve.

Le chemin depuis le parking du Clos Pité

La première partie du trajet emprunte une route forestière large, roulante, sur environ 1 200 mètres. Elle traverse des chênaies et longe la lisière des prairies. Une clairière marque la fin de cette piste : c’est là que le fléchage reprend la main et qu’un sentier plus étroit part sur la gauche, sur environ 150 mètres.

Ces derniers mètres changent de nature. Le sol devient humide, parfois franchement boueux, et une petite passerelle en bois franchit le ruisseau qui collecte les écoulements du secteur. Ses planches deviennent glissantes dès qu’il a plu. On débouche ensuite dans la prairie du Sesca, à découvert, et le bassin apparaît au milieu des ruines.

Compté aller-retour, le parcours mesure 2,8 kilomètres et demande entre trente minutes et une heure selon l’allure. Il n’y a pas de dénivelé : la barthe est plate. Des chaussures fermées suffisent par temps sec, des chaussures qui acceptent la boue sont nécessaires le reste de l’année. Les chiens sont admis et un emplacement de stationnement pour autocar existe au départ. Une boucle plus longue, de 9,8 kilomètres pour 38 mètres de dénivelé cumulé, relie la source aux trois lavoirs communaux restaurés par l’association l’AVOIR.

Le bassin, l’eau et ce qui pousse dedans

La source est captée dans une maçonnerie irrégulière d’environ deux mètres sur trois, dont le fond est occupé par une masse de boues végéto-minérales. L’eau sort à environ 30 °C, ce qui la place bien en dessous de la température du corps. Elle est chlorurée sulfurée sodique, avec une minéralisation proche de 2 100 milligrammes par litre.

Sa clarté surprend. Selon la lumière, elle vire au bleu ou au vert, et on voit distinctement le fond du bassin. L’odeur, en revanche, se sent avant d’arriver : c’est celle de l’hydrogène sulfuré, proche de l’œuf pourri, et elle ne s’atténue pas pendant la visite. Cette eau n’est pas potable.

Deux signes de vie thermale se lisent à la surface. Des filaments verts d’abord, qui prospèrent grâce à la lumière, à la chaleur et à la minéralité. Des amas blanchâtres et floconneux ensuite, ce que l’on appelle la glairine, produite par des bactéries sulfuraires qui vivent dans les eaux soufrées. Autour du bassin subsistent des pieux de bois, des fondations, des dalles et des tuiles rongées par le temps. En automne, les feuilles mortes s’accumulent dans le bassin et il faut un filet pour les retirer.

Un site privé, ouvert et gratuit

Le terrain et la source appartiennent aux Thermes de Préchacq-les-Bains depuis 1998. Cette propriété privée n’empêche pas la visite : le site est en accès libre, gratuit, ouvert toute l’année, sans horaire ni billet. L’office de tourisme Terres de Chalosse, au 05 58 98 58 50, organise par ailleurs des visites accompagnées sur rendez-vous, comptées trente minutes pour un visiteur seul et une heure trente pour un groupe.

Reste la question que pose forcément un bassin d’eau tiède au milieu d’une prairie. Aucun texte n’autorise la baignade dans le Trou de Madame, aucun arrêté ne l’interdit, et le site n’est présenté nulle part comme une baignade aménagée. Le contrôle sanitaire des eaux de baignade porte sur les zones que les communes recensent chaque année avant la saison, et qui font ensuite l’objet de prélèvements réguliers pour la recherche d’Escherichia coli et d’entérocoques intestinaux. Cette source n’entre pas dans ce dispositif : son eau n’est ni analysée ni classée, et personne n’en surveille la qualité bactériologique.

Ce qui est documenté, c’est l’usage. L’office de tourisme départemental écrit qu’on vient encore au Trou de Madame pour des affections de la peau, eczéma et psoriasis, ou simplement pour regarder les vestiges. Au XIXe siècle, les femmes se baignaient tout habillées dans le trou voisin, à l’eau boueuse, pour leurs rhumatismes. Une version de l’origine du nom tient d’ailleurs à cela : seules les femmes venaient s’y tremper.

Quand les barthes prennent l’eau

La prairie du Sesca fait partie des barthes de l’Adour, ces plaines alluviales qui bordent le fleuve sur 80 kilomètres, de Pontonx-sur-l’Adour à Tarnos, et couvrent quelque 20 000 hectares classés au titre de Natura 2000. Leur fonction hydraulique est d’absorber les crues : elles servent de champ d’expansion quand le fleuve déborde, et la durée moyenne de submersion y atteint dix à quinze jours par an.

Ces épisodes se concentrent sur la fin de l’hiver et le début du printemps, quand les sols du bassin de l’Adour sont saturés. Vigicrues suit le secteur sous le nom de tronçon Adour des Barthes, entre Pontonx-sur-l’Adour et Port-de-Lanne. La dernière vigilance orange sur ce tronçon date du 16 février 2026, avec des débordements attendus dans la nuit du lundi au mardi vers Dax.

À Préchacq, l’inondation touche surtout des bois et des prairies, mais elle atteint aussi la route des Thermes. Ce fut le cas en février 2018, puis en décembre 2020, quand l’hôtel-restaurant et le moulin ont été touchés et que l’Adour a culminé à 5,54 mètres à Dax, onzième crue la plus forte depuis le début des mesures.

Concrètement, la sortie se décale. Pendant l’épisode et les jours qui suivent, la piste et la prairie sont sous l’eau ou impraticables, et le sentier terminal reste gras plusieurs semaines après le retrait. De juin à octobre, le terrain est sec et la marche ne pose aucune difficulté. C’est aussi la période où le chemin croise le plus de curistes, puisqu’elle recouvre la saison thermale.

Là que le thermalisme de Préchacq a commencé

L’activité thermale de la commune démarre ici, en 1620, sur des eaux que les Romains connaissaient déjà. Étienne de Vignolles, dit La Hire, compagnon de Jeanne d’Arc et natif de Préchacq, mentionnait ces bains chauds au XVe siècle ; l’allée où siège aujourd’hui la mairie porte son nom. Montaigne serait venu se soigner dans le secteur vers 1580.

Le site atteint sa forme la plus aboutie en 1922. Des constructions en pierre couvertes de tuiles entourent alors le bassin, avec un hôtel de deux niveaux dont l’étage aligne dix chambres. Autour de la zone de bains, un vestiaire, une baignoire, des douches et un local abritant une pompe et une chaudière, qui portait l’eau de 30 à 37 °C. Une guinguette y attirait le dimanche curistes et habitants du village.

L’exploitation, assurée par des particuliers, s’arrête en 1963. La commune rachète le site, envisage une restauration au début des années 1970, puis y renonce ; les bâtiments sont démolis dans la même décennie. Depuis 1998, les thermes en sont propriétaires et entretiennent ce qui reste. Un projet de mise en valeur du lieu, mêlant mémoire thermale et milieu naturel, a été annoncé pour 2026.

Les thermes, à un kilomètre de là

L’établissement actuel est exploité par la Chaîne Thermale du Soleil et reçoit environ 2 500 curistes par an, en rhumatologie et en voies respiratoires. La saison 2026 court du 4 mai au 7 novembre. Elle s’est ouverte après un chantier de trois millions d’euros mené pendant l’hiver 2025-2026, qui a porté le nombre de cabines d’illutation à quatorze et ajouté dix cabines d’étuve locale du dos, des vestiaires à casiers numériques et une zone de repos.

Les eaux utilisées pour les soins ne sont pas celles du Trou de Madame. Quatre forages captent vers trente mètres de profondeur une eau sulfatée calcique qui jaillit à 60 °C, tandis qu’un forage à quatorze mètres donne une eau sulfurée sortant à 18 °C, réservée aux voies respiratoires. La source de la prairie du Sesca, à 30 °C, reste en dehors de ce circuit : elle coule pour elle-même.

La boue des barthes a cessé d’être récoltée

Jusqu’à la saison 2025, la matière première des illutations venait du même paysage inondable. Chaque hiver, l’Adour recouvrait une dizaine d’hectares de terrains réservés à cet usage et y déposait ses alluvions, une pellicule végétale et une couche fine d’argile. Ces alluvions étaient récoltées, affinées douze à vingt-quatre mois dans de grands bassins extérieurs, puis mélangées à l’eau thermale sulfatée calcique à 60 °C avant d’être appliquées sur les articulations.

Ce cycle s’est arrêté. Le prélèvement de matière sur les berges de l’Adour se heurte désormais aux règles de protection du milieu naturel, et l’exigence de qualité sanitaire du produit fini est devenue difficile à tenir avec un matériau ramassé dehors. Depuis la réouverture de mai 2026, l’établissement travaille avec une argile française de qualité médicale et cosmétique fournie par la société O’minéral, conditionnée en poche microperforée : 120 grammes d’argile sèche qui absorbent l’eau thermale jusqu’à peser 500 grammes. Barbotan-les-Thermes, dans le Gers, avait basculé un an plus tôt.

Le raisonnement de l’exploitant tient en une phrase : c’est l’eau thermale portée à bonne température et maintenue longtemps au contact de la peau qui agit, pas le support qui la transporte. Reste que le lien direct entre les crues du fleuve et la cabine de soins, qui faisait la singularité de Préchacq comme il fait encore celle de Cambo-les-Bains avec ses propres ressources, appartient maintenant au passé. Les dix hectares, eux, continuent d’être inondés chaque hiver.

Pour prolonger la sortie, les barthes voisines se parcourent en vélo comme à pied, et le département compte d’autres milieux humides accessibles au promeneur, du courant d’Huchet parcouru en barque aux sentiers recensés dans notre panorama des activités de plein air des Landes et du Pays Basque.