Le vin de Tursan et le baroque, cépage des Landes
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Le Tursan est la seule appellation viticole des Landes : 36 communes autour de Geaune, à 35 kilomètres au sud-est de Mont-de-Marsan, et 222 hectares réellement plantés en 2024. Reconnu VDQS en 1958, le vignoble a attendu le décret du 24 octobre 2011 pour obtenir l'AOC. Son blanc repose sur le baroque, un cépage passé de 5 656 hectares en 1958 à 56 en 2018, presque tous plantés ici. La cave de Geaune regroupe la quasi-totalité des vignerons et vend la bouteille entre 4,60 et 7,40 euros.
Le Tursan occupe le sud-est du département des Landes, sur 36 communes réparties autour de la bastide de Geaune, à 35 kilomètres au sud-est de Mont-de-Marsan et à 70 kilomètres de l’océan. C’est la seule appellation d’origine contrôlée viticole du département. Trente-cinq communes sont landaises, la trente-sixième, Ségos, appartient au Gers ; huit d’entre elles ne sont retenues que pour une partie de leur territoire, dont Aire-sur-l’Adour, Duhort-Bachen et Pimbo.
Un vignoble de coteaux, éclaté entre les vallées
Le cahier des charges inscrit l’aire dans un triangle. La vallée du Gabas en forme la base ; au nord, la vallée de l’Adour entre Aire-sur-l’Adour et Saint-Sever ; à l’est, la vallée du Lées, qui rejoint l’Adour à l’entrée d’Aire. En aval commencent les barthes de l’Adour, terrain de prairies inondables sans rapport avec la vigne.
Au cœur de la zone, des vallées parallèles orientées nord-ouest / sud-est présentent un versant raide tourné vers l’ouest et un versant en pente douce tourné vers l’est. La vigne s’installe sur ces pentes, au milieu d’une agriculture où le maïs domine largement. D’où un vignoble morcelé, dispersé par paquets, dont la densité décroît à mesure qu’on s’éloigne de Geaune.
La formation qui porte l’essentiel des parcelles date du Serravallien : les sables fauves, faits de sable, de bancs de graviers et de passages argileux. La molasse miocène affleure plus bas sur les coteaux exposés au couchant, où les bancs calcaires font pousser des prairies à orchidées. S’y ajoutent les nappes à galets, dont celle de Maucor, qui court sur les hauteurs de Mauriès à Geaune et colluvionne sur les pentes. Il pleut de 900 à 1 000 millimètres par an, répartis sur 180 jours.
Geaune, fondée en 1318 par le sénéchal de Gascogne, était le centre de la vicomté de Tursan. Le vin y descendait l’Adour en bateau depuis Saint-Sever jusqu’au port de Bayonne. Au XVIIe siècle, la vigne couvrait plus de 14 % des surfaces agricoles de la région ; vers 1789, les difficultés de transport apparaissent, et vingt-cinq ans plus tard l’exportation a cessé.
Cinquante-trois ans entre le VDQS et l’AOC
L’arrêté du 11 juillet 1958 reconnaît le tursan en vin délimité de qualité supérieure, sur 39 communes, avec le baroque à 90 % minimum en blanc et le tannat, le bouchy et le pinenc en rouge et rosé. Le syndicat de défense s’était constitué en 1952, la cave coopérative de Geaune ouvre en 1955.
Le passage en appellation d’origine contrôlée intervient par le décret n° 2011-1366 du 24 octobre 2011, publié au Journal officiel du 27 octobre. Cinquante-trois ans séparent les deux textes. Le cahier des charges a été modifié une première fois par le décret du 2 décembre 2013, puis par l’arrêté du 10 novembre 2016, qui ramène l’aire de 41 à 36 communes.
Le renouveau des années 1980 doit beaucoup à Michel Guérard, cuisinier installé à Eugénie-les-Bains, devenu vigneron à Duhort-Bachen et conseillé par l’œnologue Denis Dubourdieu. Le thermalisme et la table ont porté le vignoble autant que le commerce : les Landes comptent trois stations thermales, et Dax reste la première de France par la fréquentation. L’organisme de défense et de gestion est le Syndicat de défense et de contrôle des vins de Tursan, 46 route de Samadet à Geaune.
222 hectares, pas 450
Beaucoup de pages annoncent 450, voire 500 hectares et 30 000 hectolitres. Ces chiffres additionnent l’AOC et les vins d’indication géographique protégée que produisent les mêmes vignerons, IGP Landes et IGP Coteaux de Chalosse. Les déclarations transmises aux douanes donnent, pour la seule appellation en 2024 : 70 hectares de rouge pour 2 474 hectolitres, 115 hectares de rosé pour 4 278 hectolitres, 37 hectares de blanc pour 1 765 hectolitres. Soit 222 hectares plantés et 8 517 hectolitres récoltés.
Le rosé est donc la première couleur du Tursan en surface, et le blanc la dernière, avec un sixième du vignoble. Cette hiérarchie ne saute pas aux yeux quand on lit que le baroque fait la réputation de l’appellation. Sur la moyenne 2022-2024, la répartition tourne autour de 40 % de rouge, 40 % de rosé et 20 % de blanc.
Les rendements autorisés sont de 55 hectolitres par hectare en rouge, avec un butoir à 63, et de 60 en blanc et en rosé, butoir à 68. Personne n’en approche : en 2024, les vignerons ont sorti 35 hectolitres par hectare en rouge, 37 en rosé, 47 en blanc. Le gel de 2021 avait ramené la récolte de rouge à 973 hectolitres pour l’appellation entière. La densité minimale de plantation est fixée à 4 000 pieds par hectare, la taille se fait en cordon de Royat ou en guyot simple ou double.
Le baroque, un cépage tombé de 5 656 à 56 hectares
Le baroque est un blanc gascon. Avant 1850, le vin blanc du Tursan reposait surtout sur la claverie, plant fragile que l’arrivée de l’oïdium a ruiné ; on cultivait aussi le piquepoul blanc, disparu depuis. Le baroque, assez résistant à l’oïdium comme au black rot, s’est répandu après le phylloxéra et a pris la place laissée vide.
Sa chute est brutale et récente. Le catalogue français des variétés de vigne recense 5 656 hectares de baroque en 1958, l’année même du classement en VDQS, et 56 hectares en 2018. Un centième en soixante ans. Ce qui subsiste se trouve pour l’essentiel dans les Landes, ce qui explique qu’on ne le croise pratiquement nulle part ailleurs.
Techniquement, le baroque débourre environ une semaine après le chasselas et mûrit en troisième époque, quatre semaines après lui : c’est un cépage tardif, qui profite des arrière-saisons douces et longues du bassin de l’Adour. Vigoureux, à port dressé, il se conduit en taille longue. Ses grappes compactes le rendent très sensible à la pourriture grise, et il peine à mûrir lors des sécheresses marquées. Quatre clones ont été agréés en 1975 : les numéros 351, 390, 391 et 392. Le cahier des charges lui demande 170 grammes de sucre par litre de moût, contre 187 aux deux mansengs.
Les cépages admis, couleur par couleur
| Couleur | Cépages principaux | Cépages accessoires |
|---|---|---|
| Blanc | baroque B, gros manseng B | chenin B, claverie B, petit manseng B, raffiat de Moncade B, sauvignon B, sauvignon gris G |
| Rouge et rosé | cabernet franc N, tannat N | cabernet-sauvignon N, fer N, merlot N |
Deux séries de règles s’appliquent. À la vigne, les cépages principaux doivent représenter au moins 70 % de l’encépagement de l’exploitation pour la couleur considérée, chacun d’eux au moins 20 %. Au chai, l’assemblage contient obligatoirement les deux cépages principaux, ensemble à 50 % minimum, et chacun d’eux plafonne à 60 %.
Conséquence directe et rarement écrite : un Tursan blanc contient toujours du gros manseng à côté du baroque, et un baroque pur ne peut pas porter l’appellation. La cave de Geaune en produit un, vinifié en barriques de chêne gascon ; elle le vend sous l’étiquette IGP Landes, à 8,75 euros la bouteille. Même logique pour le sucre : l’AOC plafonne les sucres fermentescibles à 4 grammes par litre en blanc et en rosé, 3 en rouge. Le Tursan est un vin sec, et les moelleux produits dans le secteur relèvent eux aussi des IGP.
Quelques autres obligations méritent d’être connues avant d’ouvrir une bouteille. Les rosés sont vinifiés par pressurage direct, la saignée est exclue. L’égrappage est obligatoire en rouge, la fermentation malolactique doit être achevée, et les pressoirs continus sont interdits pour toutes les couleurs. Le degré naturel minimum est de 11 % en blanc et en rosé, 11,5 % en rouge ; après enrichissement, le titre total ne dépasse pas 13 %. Les vins ne circulent pas avant le 1er décembre de l’année de récolte.
Ce que le baroque donne dans le verre
Les blancs sont secs, avec une acidité franche et un peu de gras. Le cahier des charges décrit une complexité aromatique où dominent les fleurs blanches et les fruits exotiques, sur un équilibre construit entre fraîcheur et rondeur. Le catalogue ampélographique parle, pour le baroque seul, de vins fins, vifs et fruités. Le Guide Hachette retient des senteurs de fruits blancs, de verveine et de tilleul, et un caractère nerveux.
La bouteille se sert entre 8 et 10 °C et se boit jeune : deux à trois ans, pas davantage. Sur le baroque vinifié seul, la cave propose les crudités, les coquillages, les poissons grillés, les viandes blanches et les fromages. Un blanc de ce profil tient aussi devant les entrées de la table landaise, plus grasses que le poisson.
Les rouges jouent une autre partition. Le tannat apporte la matière et la structure, le cabernet franc la souplesse et le fruit ; ce sont des vins directs, qui n’exigent pas de longue garde pour se laisser boire, même s’ils tiennent quatre à huit ans. On les sert entre 15 et 17 °C, sur une grillade, un confit, une garbure. Ils accompagnent aussi les préparations grasses que le département a rendues célèbres, à commencer par le foie gras des Landes. Les rosés, structurés par leur tanin, se comportent en vins de repas plutôt qu’en vins d’apéritif : charcuterie, grillade.
Pour situer le Tursan parmi ses voisins : le vin d’Irouléguy, à une centaine de kilomètres au sud-ouest, partage le tannat et le cabernet franc mais joue sur des pentes bien plus raides et un tout autre cépage blanc. Du côté du Gers commence le domaine de l’Armagnac et du Floc de Gascogne, où la vigne sert d’abord à distiller.
Où l’acheter et où le goûter
La cave des Vignerons de Tursan, 30 rue Saint-Jean à Geaune (05 58 44 51 25), rassemble une soixantaine de vignerons et environ 400 hectares en comptant les IGP. Le magasin ouvre du lundi au vendredi de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h 30, le samedi de 9 h à 12 h 30, et passe à 9 h 30 - 12 h 30 puis 14 h - 18 h en juillet, août et septembre. Fermé le dimanche et les jours fériés.
Une visite guidée du chai avec dégustation comparée des AOP Tursan et des IGP Landes se tient tous les mardis d’avril à fin août à 14 h 30, avec une séance supplémentaire à 10 h en juillet et août. Comptez 1 h 30 et 5 euros par personne à partir de 18 ans, sur inscription au même numéro. Chaussures fermées obligatoires, animaux refusés. En boutique, les cuvées AOP vont de 4,60 à 7,40 euros la bouteille. Le groupe coopératif tient aussi des magasins à Capbreton, Messanges, Mugron et Pouillon.
Deux propriétés indépendantes reçoivent sur rendez-vous. Le château de Bachen, 99 chemin de Bachen à Duhort-Bachen, appartient à la famille Guérard depuis 1983 ; premier millésime en 1987, chai construit en 1991, bâtiment inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 5 juillet 1994. Les visites se font du lundi au vendredi à 10 h et 15 h, hors jours fériés, sur réservation. Le vignoble Dulucq, château de Perchade, 910 route des Pyrénées à Payros-Cazautets (05 58 44 50 68), accueille toute l’année sur rendez-vous, de 9 h à 12 h 30 et de 14 h à 18 h, dégustation comprise.