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Blonde d'Aquitaine à la robe froment dans une prairie clôturée, coteau labouré derrière

Le bœuf de Chalosse, un mode d'élevage plutôt qu'une race

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Le bœuf de Chalosse ne désigne pas une race bovine. Son cahier des charges admet trois races à viande, blonde d'Aquitaine, limousine et bazadaise, plus leurs croisements, et il fixe surtout des durées : trente mois d'âge minimum à l'abattage pour les femelles, trente-deux pour les bœufs castrés, neuf ans au plus, et six à douze mois d'engraissement à l'auge au maïs grain. Le Label Rouge date de fin 1991, l'IGP du règlement européen du 12 juin 1996. La zone couvre 301 communes des Landes et des Pyrénées-Atlantiques.

Le bœuf de Chalosse ne désigne aucune race bovine. Le nom couvre une manière d’élever, puis d’engraisser, des animaux dans les collines du sud des Landes comprises entre l’Adour et le gave de Pau. Deux textes se cumulent : un cahier des charges Label Rouge homologué fin 1991 sous le numéro LA 18/91, et un cahier des charges d’indication géographique protégée enregistré par le règlement européen n° 1107/96 du 12 juin 1996. L’ancêtre du produit tirait la charrue. Les archives départementales des Landes recensent 1 395 mâles castrés de cinq à sept ans abattus en Chalosse en 1852, après une carrière de trait et un engraissement final aux céréales de la ferme.

Trois races, et leurs croisements

Le cahier des charges IGP règle la question génétique en une ligne. Les animaux sont de races à viande reconnues : blonde d’Aquitaine, limousine, bazadaise, « et leurs croisements ». Cette dernière mention compte, parce que la plupart des présentations du produit s’arrêtent aux trois noms et laissent croire à une liste plus fermée qu’elle ne l’est. Un animal né d’une mère limousine et d’un taureau blond d’Aquitaine reste éligible.

Le sexe, en revanche, est verrouillé. Seules les femelles et les mâles castrés avant l’âge d’un an peuvent porter l’indication. Les mâles entiers sont exclus, taurillons compris, ce qui écarte la filière d’engraissement rapide qui domine ailleurs. Les conditions Label Rouge fixées par l’arrêté du 18 mars 2024 encadrent la castration elle-même : anesthésie ou analgésie obligatoire, intervention chirurgicale réservée au vétérinaire, pince de Burdizzo à partir d’un mois, élastique avant trois semaines, surveillance de l’animal pendant deux semaines après le geste.

Les veaux sont conduits en troupeau allaitant, au pis. La poudre de lait est interdite et le sevrage n’intervient pas avant quatre mois.

Trente mois au minimum, neuf ans au plus

C’est ici que le produit se sépare du reste du Label Rouge bovin. Le socle commun autorise l’abattage à partir de vingt-huit mois. Le cahier des charges du bœuf de Chalosse relève la barre : trente mois pour les vaches et les génisses, trente-deux mois pour les bœufs castrés. Le plafond est de neuf ans. Un animal de quatre ou cinq ans passé sous le couteau n’a donc rien d’une exception dans cette filière, il correspond au cœur de cible.

Le texte décrit l’animal comme passant près de ses trois premières années à l’herbe, complété par des fourrages produits majoritairement sur l’exploitation : foin, ensilage d’herbe ou de maïs. Les règles chiffrées, elles, viennent du socle Label Rouge. Cinq mois de pâturage par an au minimum, hors année de finition. Trente ares de prairie par unité gros bétail en moyenne annuelle. Un chargement plafonné à quatre unités par hectare de surface fourragère. Litière végétale obligatoire dans les bâtiments, caillebotis intégraux interdits, curage complet au moins une fois l’an.

Le séjour dans la zone tient à deux verrous. Le dernier détenteur doit garder l’animal quatre mois au moins avant l’abattage, et la finition se fait chez lui, pas ailleurs. L’aire couvre 301 communes, dont 206 dans les Landes et 95 dans les Pyrénées-Atlantiques, autour de Dax et de Hagetmau. Les prairies de fond de vallée, notamment les barthes de l’Adour, portent une partie de ce pâturage.

Six à douze mois de maïs à l’auge

La finition est la phase qui fait le produit. Le cahier des charges lui donne une fourchette large, six à douze mois, l’animal restant à l’auge pendant toute cette période. La transition part d’une ration fourragère et arrive à une ration très concentrée en farine de maïs grain. L’éleveur commence à deux kilos de maïs par jour pour juger de la réponse de la bête, puis monte progressivement jusqu’à une dizaine de kilos en fin de période. Le texte chiffre le total : plus d’une tonne de farine de maïs avalée par animal.

Le détail qui distingue vraiment la Chalosse tient à la forme du maïs. Les éleveurs ont gardé la récolte en épis. Les épis sèchent à l’air libre dans des cribs, ils sont broyés le jour même et distribués avec la rafle, deux fois par jour. La ration est complétée de foin ou d’herbe fauchée le matin même. Ce maïs n’est pas un ingrédient importé pour l’occasion : la céréale est arrivée en France par le sud des Landes avant 1600, et elle occupait déjà près de 65 % de la surface agricole de la Chalosse quand le dossier IGP a été déposé. Le même bassin de maïs alimente le foie gras des Landes.

Pendant l’engraissement, le cahier des charges interdit les additifs alimentaires, les anticoccidiens et les antibiotiques comme adjuvants. Les hormones sont proscrites sur toute la vie de l’animal. Le socle Label Rouge ajoute une alimentation sans OGM sous 0,9 %, l’interdiction de l’urée et de ses dérivés, une autonomie alimentaire du troupeau d’au moins 80 %, et aucun traitement antibiotique pendant les quatre derniers mois. Un animal soigné dans cette fenêtre voit son abattage reporté, ou perd le label.

Deux signes, deux dates

Une poignée d’éleveurs et de bouchers fondent l’Association Bœuf de Chalosse en 1989, parce que la Chalosse s’est mise au maïs et à la volaille et que les bouchers du secteur ne trouvent plus de bœufs gras. Le Label Rouge tombe fin 1991. Il porte sur la qualité supérieure du produit, mesurée contre une viande courante dont la maturation tient en trois à cinq jours. L’IGP suit avec le règlement du 12 juin 1996, sous le numéro IG/35/94, et garantit autre chose : que l’animal a bien vécu et fini là où le nom le dit.

Les carcasses sont triées à l’abattoir par un agent mandaté. Conformation E, U ou R sur la grille européenne, état d’engraissement 2 ou 3, et un poids plancher qui varie selon la catégorie : 300 kilos pour une génisse, 320 pour une vache, 350 pour un mâle castré. Dans les faits, les bêtes sont bien au-dessus. La filière a labellisé 1 554 carcasses en 2020, pour un poids moyen de 548 kilos, payées 5,12 euros le kilo à l’éleveur. Environ 240 éleveurs approvisionnent le circuit, sept sur dix dans les Landes.

Le plan de contrôle est écrit noir sur blanc : deux visites inopinées par an chez chaque éleveur, une visite par lot d’engraissement, dix contrôles annuels par abattoir, une surveillance permanente au moment de la sélection des carcasses, un contrôle par an chez le grossiste, la moitié des points de vente visités chaque année, et un test organoleptique annuel. L’organisme certificateur est Qualisud, l’organisme de gestion siège 55 avenue du Général Gilliot à Hagetmau.

Ce que ça change dans l’assiette

Les mois de maïs déposent du gras à l’intérieur du muscle. C’est le persillé, visible sous forme de fines veines claires dans la tranche, et il fond à la cuisson en gardant la fibre humide. Un bovin abattu à vingt-huit mois après une finition courte n’en développe pas autant. La couleur du gras de couverture change aussi. L’herbe jaunit la graisse par accumulation de bêta-carotène ; le maïs grain, lui, ne la jaunit pas. Un bœuf de Chalosse arrive donc avec une viande rouge sombre, d’animal âgé, et un gras blanc crème, d’animal fini au grain. Les deux ensemble sont une signature.

La maturation prolonge le travail. Les conditions Label Rouge imposent dix jours pleins au minimum entre l’abattage et la vente au détail pour les viandes à griller et à rôtir, treize jours si la pièce est présentée sous vide. La hampe, l’onglet et le filet échappent à ce délai ; les morceaux à braiser et à bouillir se contentent de deux jours. Le pH ultime est mesuré systématiquement et doit rester à 5,8 ou en dessous, ce qui élimine les viandes à coupe sombre.

Pour une côte, l’association recommande la cuisson lente. Sortir la pièce du froid une heure avant, la saisir quatre minutes à l’huile chaude sur toutes ses faces, puis la passer au four à 80 degrés avec une sonde plantée au centre sans toucher l’os. Compter environ deux heures pour une côte de 1,3 kilo. La sonde décide : 50 degrés à cœur pour du saignant, 55 pour à point, 60 pour bien cuit. La viande supporte ensuite une heure d’attente au four réglé sur la température atteinte.

Reconnaître la viande chez le boucher

La distribution passe par la boucherie traditionnelle agréée, et par elle seule. Le réseau tourne autour de quatre-vingts points de vente répartis dans toute la France. L’association tient la liste à jour depuis Hagetmau, et le cahier des charges lui donne les moyens de la tenir : chaque certificat de carcasse porte le nom du détaillant destinataire.

Le signe le plus fiable en boutique n’est pas l’étiquette collée sur la vitrine, c’est le certificat. Le cahier des charges oblige le détaillant à l’afficher en vue du consommateur, et ce document nomme l’abattoir, la date d’abattage, l’adresse de l’éleveur qui a assuré la finition, le numéro d’identification de l’animal, sa date de naissance, son sexe, son classement et le poids correspondant. Une pièce de bœuf de Chalosse est traçable jusqu’à une ferme précise, et le boucher peut la nommer. À la découpe, la marque du logo apposée à l’encre alimentaire sur la carcasse reste en place et n’est retirée qu’au dernier moment.

Restent les critères visuels. Un persillage franc dans une entrecôte ou une basse côte, un gras de couverture épais et ferme, blanc à crème, une chair d’un rouge profond plutôt que vif. Une côte taillée dans une carcasse de 550 kilos est large : c’est aussi un indice. Pour voir les bêtes vivantes, le Trophée Bœuf de Chalosse se tient chaque année en juillet à Montfort-en-Chalosse, avec un concours de bœufs gras, de vaches et de génisses le matin. Le Musée de la Chalosse, 480 chemin du Sala dans la même commune, retrace la ferme chalossaise du XIXe siècle et ouvre de mars à octobre, du mardi au dimanche, de 10 heures à 18 heures.

Dans la région, le bœuf de Chalosse partage le rayon avec deux autres viandes sous signe officiel, le jambon de Bayonne, qui tire lui aussi son aire du bassin de l’Adour, et le porc Kintoa de la vallée des Aldudes.