La palombière, la chasse au filet qui tient les Landes en octobre
11 min de lecture
Les Landes comptent 1 867 palombières au filet et 1 215 palombières au fusil. La campagne 2024-2025 y a donné 121 381 pigeons ramiers, dont 43 640 pris vivants sous les pantes. La capture au filet court de l'ouverture générale, fixée au 13 septembre 2026, au 20 novembre inclus. Maille de 40 mm au minimum, sols de 300 mètres carrés au plus, 300 mètres entre deux installations : le détail est dans un arrêté ministériel du 3 août 2009.
La palombe est le pigeon ramier, Columba palumbus, qui descend chaque automne du nord de l’Europe vers la péninsule Ibérique et traverse le Sud-Ouest en quelques semaines. La palombière est l’installation d’où on l’attend. Dans les Landes, deux modèles cohabitent : celui qui prend les oiseaux vivants sous des filets horizontaux posés au sol, et celui qui les tire au fusil quand ils se sont posés dans les arbres. Le recensement de la fédération départementale en dénombre 1 867 du premier type et 1 215 du second, pour 16 927 chasseurs et 680 000 hectares chassables.
Une cabane, des couloirs et des sols
L’installation tient dans un bois, le plus souvent une pinède de la forêt des Landes de Gascogne. Au centre, une cabane de guet surélevée, orientée vers le nord ou le nord-est, face au passage. C’est de là que partent toutes les ficelles qui commandent les appeaux, et c’est là que se tient celui qui dirige la chasse. Les paloumayres girondins l’appellent l’ouèyte, du gascon guèyte, le guet.
Autour, un réseau de couloirs couverts relie la cabane aux autres postes. Ils servent à circuler sans être vus des oiseaux posés. La réglementation landaise fixe leur hauteur à plus de 1,30 mètre au-dessus du terrain naturel et interdit les postes enterrés, en tout ou en partie. Deux installations voisines ne peuvent pas communiquer entre elles, et leurs couloirs doivent rester à 50 mètres l’un de l’autre au minimum.
Les sols sont des aires dégagées, planes, débarrassées de la végétation, où l’on veut faire descendre les oiseaux. Leur surface cumulée ne peut pas dépasser 300 mètres carrés par installation. On y sème quelques grains, on y ménage un point d’eau. Une cabane annexe, à l’écart, abrite les appeaux la nuit et le matériel. Certaines palombières ajoutent un garage camouflé, parce qu’une voiture arrêtée sous les pins se voit de haut.
Les pantes, deux filets qui se referment sur un sol
Chaque sol est flanqué de deux filets horizontaux, les pantes, tendus de part et d’autre et rappelés par des ressorts. Quand les palombes sont descendues et qu’elles picorent, le chasseur déclenche : les deux nappes se rabattent l’une vers l’autre et se croisent au-dessus des oiseaux. Avant les ressorts, les filets s’appelaient des tirasses et se fermaient à la corde, le chasseur se jetant en arrière de tout son poids.
L’arrêté du 3 août 2009 relatif aux conditions de chasse de la palombe dans les Landes fixe le reste. Les mailles ne descendent pas sous 40 millimètres de nœud à nœud. Le poste de déclenchement ne peut se trouver à plus de 30 mètres d’aucun des filets qu’il commande. Le 20 novembre au soir, les filets sont neutralisés, et enlevés deux jours au plus tard après la clôture de la période de capture. Un oiseau qui n’est pas un colombidé et qui se retrouve sous la nappe doit être relâché aussitôt.
Faire descendre les oiseaux
Rien de tout cela ne fonctionne sans les appeaux. Ce sont des pigeons vivants, domestiques ou ramiers, fixés sur une raquette au sommet d’un arbre. En inclinant la raquette par une ficelle depuis la cabane, le chasseur fait perdre l’équilibre à l’oiseau, qui bat des ailes pour le retrouver : vu d’en haut, cela ressemble à une palombe qui se pose. Le geste porte un nom, semérer, et il se fait face au vent.
Ces appeaux portent une clume, une coiffe de fer-blanc qui leur masque la vue et les empêche de s’affoler. Un oiseau échappe à la règle, l’espion : laissé libre de regarder, souvent dans une petite cage devant la cabane, il penche la tête vers ce que le chasseur n’a pas vu, un vol de retour ou un épervier en approche. Au bord du sol, une cage grillagée appelée piouquèy tient un oiseau qui picore à découvert, pour dire aux autres que le terrain est sûr. L’arrêté landais interdit l’emploi d’appelants aveugles ou mutilés, et le texte national sur les appelants ne tolère que des oiseaux non aveuglés et non mutilés.
Le vocabulaire de la palombière
La plupart des mots viennent du gascon et ne se traduisent pas. Ils sont restés dans l’usage des chasseurs bien après que la langue a reculé dans le reste de la conversation.
| Mot | Ce qu'il désigne |
|---|---|
| Paloumayre | Le chasseur de palombes |
| Ouèyte | Le poste de guet, où aboutissent toutes les commandes |
| Appeau | Pigeon vivant fixé sur une raquette, en haut d'un arbre |
| Clume | Coiffe de fer-blanc posée sur la tête de l'appeau |
| Semérer | Manœuvrer les ficelles des appeaux au passage d'un vol |
| Espion | Oiseau laissé sans clume, qui signale vols et rapaces |
| Sol | L'aire dégagée où l'on veut poser les oiseaux |
| Piouquèy | Petite cage grillagée au bord du sol, avec un oiseau qui picore |
| Pante | Filet horizontal, rabattu sur le sol |
| Pantière | Filet vertical, tendu en travers d'un col |
| Peseille | Contrepoids qui tend les câbles et les ficelles des mécaniques |
| Tuc | Butte, point haut où l'on installe volontiers la cabane |
Les dates de la campagne 2026-2027
L’arrêté préfectoral n° 2026/714, signé le 28 mai 2026, ouvre la chasse dans les Landes le 13 septembre 2026 à 8 heures et la ferme le 28 février 2027 au soir. Le pigeon ramier ouvre avec l’ouverture générale.
La capture aux pantes, elle, s’arrête beaucoup plus tôt : du 13 septembre au 20 novembre 2026 inclus, sans prolongation possible. Les abris et installations temporaires servant à cette chasse ne peuvent être utilisés qu’entre le 1er octobre et le 20 novembre, et à 300 mètres au moins des postes fixes existants. Après le 20 novembre, il reste le fusil. Le tir du pigeon ramier ferme le 10 février 2027, puis se poursuit du 11 au 20 février à poste fixe matérialisé de main d’homme, uniquement au posé dans les arbres, avec des appelants vivants ou artificiels.
Aucun plafond de prélèvement journalier ne s’applique aux colombidés dans le département. À la place, la fédération remet à chaque installation un formulaire de suivi des prélèvements, à renseigner et à retourner dès la fermeture, le 20 février. Deux interdictions encadrent la saison de tir : l’agrainage, et, à partir du 1er octobre, le tir sur et au-dessus des parcelles agricoles récoltées et non réensemencées.
Le passage se joue en trois jours
Six semaines d’attente pour quelques matinées. Depuis 1999, quatre postes d’observation comptent les vols transpyrénéens à Urrugne, Sare, Banca et Arnéguy, tenus par les techniciens des fédérations de Nouvelle-Aquitaine et de Midi-Pyrénées. À l’automne 2018, ils ont relevé 2 557 374 pigeons ramiers, dont 91,5 % sur trois journées : le 23 octobre, puis les 3 et 4 novembre. En 2024, le total s’est établi à 2 225 538 oiseaux, le seul poste d’Urrugne en concentrant 47 %.
Le calendrier de ce comptage a bougé. Il courait du 15 octobre au 11 novembre en 2018 ; il a été mené du 22 octobre au 18 novembre en 2024. Les oiseaux migrateurs des Pyrénées se suivent aussi à quelques kilomètres de là, depuis le col d’Organbidexka, sans fusil ni filet.
Voir passer les palombes ne veut pas dire les prendre. Le réseau de suivi girondin, qui repose sur les carnets d’une soixantaine d’installations, a mesuré une moyenne de 342 vols observés par palombière sur une saison, dont 30 % environ ont pu être posés. La proportion s’effondre avec la taille du vol : 45 % pour les groupes de moins de dix oiseaux, 16 % au-delà de trois cents. L’essentiel des effectifs passe donc au-dessus des cabanes sans s’arrêter.
Qui peut installer des pantes
Une palombière au filet ne se monte pas où l’on veut. La création est soumise à une autorisation du préfet, délivrée au détenteur du droit de chasse, et le dossier se dépose à la direction départementale des territoires et de la mer, à Mont-de-Marsan. La demande porte deux signatures, celle du détenteur du droit de chasse et celle du futur titulaire de l’installation, plus l’accord écrit du propriétaire du terrain.
Trois conditions comptent. La nouvelle installation doit se trouver à 300 mètres au moins de tout poste existant, ce qui suppose de matérialiser l’emplacement sur le terrain avant de déposer le dossier. Elle ne peut pas être placée en réserve de chasse et de faune sauvage, où tout acte de chasse est interdit. Le titulaire certifie enfin qu’il ne possède aucune autre installation à pantes dans les Landes : une par personne, pas deux.
Le déplacement d’un poste devenu inutilisable échappe à l’autorisation préalable, mais il doit être déclaré au préfet avant utilisation, avec l’accord du détenteur du droit de chasse et du propriétaire. Un poste abandonné se démonte, et le terrain se remet en état. Une infraction grave à la police de la chasse entraîne le retrait de l’autorisation.
Filet et fusil dans le même bois
Les deux modes se pratiquent souvent sur la même installation, et les chiffres landais permettent de les séparer. Sur la période déclarée du 8 septembre au 20 novembre 2024, les palombières du département ont prélevé 121 381 pigeons ramiers : 43 640 au filet, 77 741 au fusil. S’y ajoutent 9 572 pigeons colombins, dont 1 951 au filet. Le filet pèse donc un peu plus du tiers du tableau landais.
Ailleurs, la proportion change du tout au tout. En Gironde, le réseau de suivi a compté 926 prises au filet sur 8 702 palombes une saison récente, soit 11 %, et 21 % dans les seules palombières qui pratiquent les deux.
Le tir obéit à ses propres bornes. Dans les Landes, les appelants ne sont autorisés que pour le tir au posé dans les arbres, jamais pour le tir au vol. Les installations surélevées destinées au tir au vol sont interdites à l’est d’une ligne formée par les routes départementales 652, 626, 79 et 810, c’est-à-dire sur toute la moitié intérieure du département. Les chasses au fusil menées dans les champs labourés avec appelants, dites rouquetaires, restent autorisées du 1er octobre au 20 novembre à condition d’avoir été recensées.
Au Pays basque, les filets sont verticaux
Passé l’Adour, le décor change. Les palombières basques et béarnaises sont bâties à la cime des arbres, hêtres ou chênes, parfois à plus de 25 mètres du sol, dans des bois de feuillus comme ceux qui bordent la hêtraie d’Iraty. On y monte par une échelle, on y guette par des meurtrières, et l’on y tire au fusil : les filets au sol ne sont autorisés que dans les Landes, la Gironde, le Gers et le Lot-et-Garonne.
Restent les pantières, une dizaine en France, réparties entre le Pays basque et le Béarn. Le filet y est vertical, tendu entre deux arbres en travers d’un col. Des rabatteurs échelonnés le long de la vallée lancent des palettes de bois blanches et agitent des drapeaux, le xatar, pour imiter l’attaque d’un épervier ; les palombes plongent vers le sol pour échapper au rapace et se jettent dans la nappe. L’arrêté du 10 septembre 2007 applicable aux Pyrénées-Atlantiques autorise la capture de l’ouverture générale au 20 novembre inclus, réserve la pratique aux filets existant avant 1939 et impose la même maille de 40 millimètres. Au col de Lepeder, dans la vallée des Aldudes, la chasse mobilise quinze à dix-sept personnes de la mi-octobre au 20 novembre, chacune tenant un poste précis.
Une pratique attaquée devant le juge
La capture au filet relève d’un régime dérogatoire. Le code de l’environnement autorise le ministre à admettre des modes de chasse consacrés par les usages traditionnels, mais seulement pour des oiseaux de passage prélevés en petites quantités, de manière sélective et dans des conditions strictement contrôlées. Cinq arrêtés ministériels échelonnés de 2006 à 2009 couvrent le Gers, la Gironde, les Landes, le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques.
Le 12 février 2025, la Commission européenne a annoncé porter l’affaire devant la Cour de justice de l’Union européenne. Elle reproche à la France de ne pas avoir démontré la sélectivité des filets ni l’absence d’autre solution satisfaisante, le tir au fusil visant la même espèce. Paris a répondu le 26 février 2025 que le pigeon ramier est abondant, qu’il figure parmi les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts, que les captures accidentelles peuvent être relâchées vivantes et que la pratique n’entraîne ni plomb ni détonation. Devant l’Assemblée nationale, le 25 novembre 2025, le ministère a reconnu que la démonstration n’avait pas été suffisante et annoncé une expérimentation confiée à l’Office français de la biodiversité et au Muséum national d’Histoire naturelle pour mesurer la sélectivité de la capture.
Un second front s’est ouvert en interne. Le 7 août 2025, l’association One Voice a saisi le Conseil d’État pour obtenir l’abrogation des cinq arrêtés. La même juridiction avait déjà suspendu l’arrêté autorisant la capture de l’alouette des champs aux pantes dans quatre départements du Sud-Ouest. Dans l’intervalle, la chasse continue : l’arrêté préfectoral du 28 mai 2026 mentionne toujours la chasse à pantes des pigeons ramiers, et la préfecture publie encore le texte de 2009. Le débat n’est pas propre à la palombe, il traverse aussi le foie gras des Landes, autre production locale rattrapée par la discussion réglementaire.