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Mouchoir blanc posé sur le sable d'une piste d'arènes vides aux barrières rouge et blanc

La course landaise, ce que fait l'écarteur quand la vache charge

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L'écarteur appelle la coursière depuis le centre de la piste et la laisse passer au creux de ses reins d'un quart de tour. Un écart extérieur se note de 1 à 5 points, un écart intérieur de 1 à 7, et la vache reçoit elle aussi une note, de 1 à 10. Une course de challenge compte treize sorties et dure environ deux heures. Le classement de la saison porte un nom, l'escalot, et le Championnat de France se tient le 4 octobre 2026 à Nogaro.

L’écarteur se tient au centre de la piste. La coursière part de l’autre bout, lancée au galop, la tête reliée à une corde que tient un homme sur le côté. Au moment de la rencontre, l’écarteur jette une jambe du côté opposé à celui où il compte tourner ; dès que la bête mord au leurre, il pivote d’un quart de tour et la laisse passer au creux de ses reins. La Fédération française de la course landaise décrit la figure ainsi : dévier la trajectoire de la coursière pour passer le plus près possible du berceau des cornes.

L’écart, un quart de tour au dernier moment

Deux exigences gouvernent la note. L’écarteur doit rester sur sa ligne de passage sans se mettre à distance de l’animal, et il doit attendre. L’attente est le cœur de l’exercice : plus l’homme retarde son pivot, plus la vache est engagée, plus la figure vaut. Un écart réussi se juge en trois secondes sur trois critères, l’attente, la perte de terrain et la proximité.

Le côté choisi change tout. L’écart en dehors, ou extérieur, s’exécute du côté opposé à la corde : le cordier voit venir la charge, contrôle la tête de la coursière et permet à l’écarteur de dessiner sa figure. C’est le plus pratiqué. L’écart en dedans, ou intérieur, s’exécute côté corde, sans aucune protection du cordier. Il rapporte davantage de points parce que le danger y est décuplé, et les écarteurs s’en servent aussi pour redresser une vache qui s’est habituée à une série d’extérieurs et qui commence à développer sa défense.

Le vocabulaire de la piste emprunte au gascon. Un écart en dehors se dit dehòra, un écart en dedans en dehens. La fédération appelle l’acteur le torère. Quand la vache touche l’homme et le renverse, on parle d’une tumada, et le mot revient souvent : la corde limite le risque, elle ne le supprime pas.

Les écarts qui portent un nom

La feinte est née à Laurède en 1831, inventée par les frères Darracq. L’écarteur attend immobile, bras croisés sur la poitrine, pieds rivés au sol. D’un mouvement du corps il annonce à la vache qu’il va tourner d’un côté, puis il tourne de l’autre. Beaucoup de feinteurs jettent leur mouchoir blanc à terre et posent les pieds dessus : si l’étoffe est encore sous leurs semelles après le passage de la bête, ils n’ont pas perdu un centimètre de terrain.

L’écart sur le saut est l’autre figure courante. À cinq mètres de la rencontre, l’écarteur effectue un saut d’appel, balance sa jambe pour orienter la vache, retombe au plus près du berceau des cornes jambes écartées, puis pivote sur la pointe des pieds qu’il joint. Quand le tempo tombe juste, les amateurs disent que l’écart s’est fait suu mus, sur le museau. Partir trop tôt crée un temps mort avant le coup de rein ; partir trop tard, c’est le choc.

Le reste du répertoire s’est construit par ajouts successifs. L’écart sur le double saut remplace le saut d’appel par deux bonds courts, ce qui fait rentrer la coursière. Le tourniquet ajoute une rotation complète sur soi-même avant la feinte : l’écarteur perd la vache de vue et se retourne au dernier instant. Guillaume Vis, dit Ramuntchito, en est l’auteur. Robert Boisvert, dit Monaco, a laissé la monacoline, où l’homme attend un genou à terre et se relève juste avant de tourner. Pour l’écart corde à terre, l’écarteur demande d’un geste de la main que le cordier n’intervienne pas.

Les sauts, du pieds joints à la rondade flip

Le sauteur franchit la vache au lieu de l’esquiver. Charles Dunouau, dit Kroumir, a réalisé le premier saut périlleux à Peyrehorade en 1886. Michel Agruna a exécuté le premier saut de l’ange à Samadet en 1964, le premier saut vrillé à Saint-Justin l’année suivante. Nicolas Vergonzeanne a présenté la rondade à Pomarez en 2004, pendant le festival Art et Courage. Louis Ansolabéhère a ajouté la rondade flip à Bascons en 2018.

Chaque saut a sa contrainte. Le saut de l’ange se prend après une course d’élan : corps déployé, pieds serrés, jambes tendues, dos cambré parallèle au dos de l’animal, réception sur les mains suivie d’une roulade dont le sauteur ressort debout, pieds joints, sans s’aider des mains. Le saut périlleux est une rotation complète en l’air, tête passée derrière le frontal de la vache, la partie la plus haute et la plus dure de sa tête. Le vrillé ajoute un demi-tour au périlleux, de sorte que le sauteur retombe face à la bête. Le pieds joints est la seule figure sans élan : jambes liées par une cravate, pieds enfermés dans un béret, l’homme n’a que sa détente.

En course de challenge, la sortie appelée vache sauts impose six sauts et leur composition est écrite : deux pieds joints, deux sauts de l’ange, un périlleux, un vrillé. La course d’élan et l’appel doivent respecter la grille des sauts appliquée en compétition, faute de quoi la figure est pointée zéro. Tout saut non autorisé est pointé zéro également.

La cuadrilla, la ganaderia et les couleurs

Une course landaise se joue à une dizaine contre dix vaches. L’équipe s’appelle la cuadrilla et elle est attachée à un ganadero, l’éleveur dont sortent les bêtes du jour. Elle réunit un chef de cuadrilla, un teneur de corde, deux entraîneurs, des sauteurs et cinq écarteurs au minimum. Le règlement de challenge exige au défilé d’ouverture cinq écarteurs, un sauteur, deux entraîneurs et un cordier, tous de première catégorie.

Les entraîneurs amènent la vache au refuge en bout de piste, posent la têtière, choisissent de lâcher l’animal côté corde ou côté opposé et tiennent compte de sa patte forte pour optimiser le départ. Le cordier est le poste le plus délicat : il donne le coup de corde au moment exact où la vache arrive sur l’écarteur, et son intervention doit rester invisible du public. Le second court derrière l’écarteur, mouchoir blanc en main, pour rappeler la vache une fois la figure passée. Ce mouchoir est le seul accessoire toléré ; un gilet ou une cape agités à sa place font pointer la figure zéro.

La tenue est fixée depuis la fin du XIXe siècle : pantalon blanc, chemise blanche, ceinture et cravate, auxquels les écarteurs ajoutent un gilet et un boléro de velours brodé de paillettes. Ceintures et cravates portent les couleurs de la ganaderia, et quatre couturières brodeuses vivent encore de ce travail, qui demande près d’un mois par boléro. Les acteurs sont licenciés, comme les joueurs de pelote basque, et il faut quinze ans révolus pour entrer en piste. Quatre ganaderias courent en première catégorie en 2026 : l’Armagnacaise, Dal, Dargelos et Deyris.

Les treize sorties d’une course de challenge

Le programme est écrit sortie par sortie. La première partie compte sept sorties dont l’ordre est libre : quatre vaches encordées sur lesquelles huit écarts sont effectués, la vache de l’avenir, une vache sauts où un seul sauteur enchaîne les six sauts imposés, et la vache sans corde, sur laquelle les dix premières figures sont pointées mais seules les sept meilleures comptent. Un entracte de quinze minutes est possible.

La seconde partie compte six sorties dans un ordre imposé. Les sorties 8 et 9 portent huit écarts, la sortie 10 est la seconde vache sauts, les sorties 11, 12 et 13 portent neuf écarts. Sur ces cinq sorties encordées, un saut peut remplacer un écart. Dix vaches différentes doivent sortir au cours de la course, sous peine de vingt points de pénalité par bête manquante, et chacun des cinq écarteurs doit exécuter au moins cinq écarts, sous peine de deux points par écart manquant.

La course dure environ deux heures et le règlement pousse à faire vite : cinq points de bonus s’ajoutent au total si elle tient en une heure quarante-cinq. Le spectacle doit commencer à l’heure exacte de l’affiche, aux premières notes de la Cazérienne, l’air joué par la formation musicale présente dans les gradins. Ces courses s’insèrent presque toujours dans le programme des fêtes patronales du village, et un animateur, le débisaïre, commente la piste et annonce les brindis, ces figures qu’un acteur dédie à un spectateur.

Ce que note le jury, et ce qu’il retire

Le corps arbitral siège à la pitrangle, la tribune située au-dessus des loges dans l’axe de la piste. Il réunit deux jurés, un délégué comptable et un délégué sportif. Les jurés notent chaque figure et attribuent une note à chaque vache. Le délégué comptable saisit les notes et chronomètre. Le délégué sportif représente la fédération et tranche sur la qualité de la piste, la météo, la sécurité.

Un écart extérieur se note de 1 à 5 points, un écart intérieur de 1 à 7. Le jury pèse la présentation de l’écarteur, l’attaque, le dessin de la figure et la finition, mais aussi le risque consenti et la valeur de la vache. Les incidents ont leur propre barème : un coup de plein fouet vaut 1 point sur un écart extérieur et 2 sur un intérieur, une chute provoquée par une patte avant 1,5 point, par une patte arrière 2 points, avec un point de plus en intérieur. Les vaches encordées, les vaches sauts et la vache sans corde reçoivent une note de 1 à 10 ; la vache de l’avenir est jugée à part, de 1 à 5 pour la présentation et de 1 à 10 pour le comportement.

La fédération réserve une mention aux belles figures. Un écart extérieur noté 4 points et plus, ou un intérieur noté 5,5 et plus, sur une vache elle-même notée 7 au minimum, entre dans le décompte du trophée Bernard Huguet en territoire Landes-Béarn ; en Armagnac, le débisaïre annonce alors un écart de qualité. Les sanctions suivent la même logique comptable : un carton jaune coûte 50 € et cinq points sur le total de la course, un carton rouge 200 €, l’exclusion immédiate de la piste et trois spectacles de suspension. Un carton blanc écarte l’acteur déclaré inapte par le médecin, un carton bleu arrête la course en cas de suspicion de commotion.

L’escalot, le classement qui court sur toute la saison

Le classement de la course s’appelle l’escalot. Trois écarteurs y montent à l’issue de chaque course de challenge. Le calcul retient les dix meilleurs écarts de la journée, à condition que l’écarteur ait réalisé au moins quatre écarts par vache sur deux vaches encordées différentes, et dix écarts au total. En cas d’égalité, c’est l’écart le mieux noté qui départage, augmenté du dixième de la note de la vache affrontée.

Les ganaderias, elles, jouent leur propre compétition. Le challenge Landes-Béarn se calcule sur les sept meilleurs scores de la saison, à condition d’avoir pris part à sept courses au moins ; le challenge de l’Armagnac se calcule sur l’ensemble des courses, avec un minimum de cinq. La moyenne se départage à la troisième décimale. S’y ajoutent des trophées à barème serré : le Bernard Huguet retient les vingt-cinq meilleurs écarts de la saison, le trophée du Tursan la moyenne des quinze meilleurs sauts, le Mousquetaire écarteur les cinquante meilleurs écarts.

Le Championnat de France des écarteurs et sauteurs, créé à Nogaro en 1956, ferme la saison au début d’octobre. Les six premiers écarteurs et les quatre premiers sauteurs de l’escalot s’y retrouvent devant les meilleures coursières du moment. L’édition 2026 se tient à Nogaro le 4 octobre. Le Championnat de France des vaches sans corde a lieu à Mimizan le 18 août 2026, celui des jeunes à Saint-Loubouer le 20 septembre. Le sud-ouest a d’autres sports nés du travail rural et passés au règlement écrit, dont la force basque.

Les arènes, la saison, et la vache qui repart vivante

La saison de compétition s’ouvre le 1er mars et se ferme le troisième samedi de septembre pour les courses de challenge, le championnat prolongeant l’automne. Sur l’ensemble de l’aire de pratique, la fédération recense 175 arènes dont onze couvertes, 450 spectacles par saison et plus de 250 000 spectateurs. La piste est en sable ; la fédération donne pour référence 40 à 45 mètres de long sur 30 à 35 de large, en rectangle plutôt qu’en cercle. Une barrière de bois, la talenquère, la ceinture et porte les refuges où les acteurs se mettent à l’abri.

Les arènes tiennent dans les villages landais la place que le fronton occupe dans les villages basques. Cinq d’entre elles sont inscrites au titre des monuments historiques : Amou, Bascons et Roquefort depuis le 25 avril 2007, Dax depuis le 29 novembre 2013, Estang dans le Gers depuis le 15 novembre 1993. En août, les courses se donnent souvent de nuit, à 21 h ou 22 h 30, et le calendrier se resserre autour du 15 : Bascons le 14, Pomarez et Arboucave le 15, Roquefort le 16 pour la seule année 2026.

Reste la différence avec une corrida, et c’est une donnée de règlement, pas une nuance d’opinion. La bête est une vache et non un taureau, elle n’est ni piquée ni mise à mort, elle remonte dans le camion à la fin du spectacle et rentre à l’élevage jusqu’au week-end suivant. Ses cornes portent des tampons, un enrobage de chatterton généralisé entre 1886 et 1890. Elle débute vers 3 ou 4 ans, court une dizaine d’années, puis finit sa vie au campo. Les coursières ont un nom, le public les connaît, et les arènes de Nogaro élisent chaque 14 juillet la Corne d’or, la meilleure vache de l’année. La pratique est inscrite depuis juin 2020 à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel du ministère de la Culture.